Dans une société qui ne consomme plus que le caviar et les mets somptueux, logée dans des appartements à Gemmayzé et à Hamra, la classe moyenne ne cesse de s’effriter, rejoignant la classe pauvre et devenant ainsi dépourvue de l’apport des services gouvernementaux, même ceux touchant à l’un des droits fondamentaux de l’être humain : l’éducation.
Depuis l’indépendance, plusieurs institutions gouvernementales se sont succédé. Une grande partie a partiellement ou totalement échoué, tandis que d’autres se sont forgé une notoriété internationale. Le nom de l’une de ces institutions est porté par ses étudiants qui occupent aujourd’hui les postes les plus prestigieux de la planète, que ce soit à la NASA ou au CERN pour l’ingénierie, l’OMS et l’Inserm pour la médecine, sans parler des milliers d’autres organisations et universités mondiales accueillant ces dévoués de l’innovation à mains ouvertes. Cette institution n’est autre que l’Université libanaise.
Cette université est totalement différente des dizaines d’autres présentes dans le pays. Son accessibilité l’a rendue la plus populaire aux yeux du peuple, mais aussi la plus maudite aux yeux de la classe politique qui essaye, depuis une trentaine d’années déjà, de la démanteler, favorisant ainsi les établissements privés qui se partagent les parts du marché. C’est pourquoi on diminue son budget chaque année, on détruit son infrastructure, sa base professorale et surtout sa base étudiante. On lui fait subir les pires genres de torture connus à ce jour avec un sang-froid inhumain qui, un jour, portera atteinte à l’éducation supérieure d’une centaine de milliers de Libanais.
Des établissements sont privés d’eau, de papiers toilettes, de savons, de fenêtres, de portes, de tout… Certaines conférences sont parfois données sous la lumière des portables et parfois des bougies. Pendant les intempéries, l’eau s’infiltre par les murs et les sols, conduisant même parfois à des chutes du plafond. Cette situation inacceptable a conduit à une grève aussi large qu’impressionnante, avec tout le corps professoral protestant dans les rues, et plus de 80 000 étudiants délaissés dans les maisons et qui, hélas, sont tous inconnus des politiciens. La cause ? Pas de réaction médiatique pour venir en aide à cette vague de protestations. Mais où est donc la déclaration des droits de l’homme, stipulant que l’éducation doit être gratuite et que c’est le droit de toute personne? Où sont donc les ONG soutenant cette cause ? Est-ce logique qu’une centaine de milliers d’étudiants soient interdits d’éducation ? C’est le chaos dans tous ses sens. L’éducation est maintenant touchée dans son essence, dans quelques années l’Université libanaise sera complètement anéantie et réduite en cendre. C’est le plus gros scandale de l’État libanais !
C’est une première de voir des étudiants protestant dans la rue et dans les établissements en implorant leur droit le plus élémentaire : continuer leurs études et sauver leur université. Des pressions politiques ont été exercées sur les professeurs, les conduisant à suspendre inopinément la grève pour une durée limitée et provoquant par la suite les réactions négatives des étudiants qui ont refusé cette décision illogique après des mois d’arrêt des cours sans avoir marqué aucun point. Les étudiants désirent la reprise des cours, mais pas avant de sauver leur université, l’université du peuple.
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