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Culture

Les expos à voir, cette semaine, à Beyrouth

Sélection
Zéna ZALZAL | OLJ
02/07/2019

Cette éternelle quête du sublime…

Qu’est donc l’art, sinon une éternelle quête du sublime ? Une recherche de transcendance esthétique et philosophico-spirituelle que mène aussi bien l’artiste à travers sa pratique que le receveur de l’œuvre dans le regard qu’il y pose. Une expérience, une sensation qui submerge et fascine, émeut ou donne une amplitude nouvelle au raisonnement. Et que le visiteur de la galerie Tanit, à Beyrouth, ne manquera pas d’éprouver face à l’une ou l’autre des 17 œuvres d’autant d’artistes exposées jusqu’au 9 août, sous l’intitulé « Toward the Sublime ». Signés, entre autres, Ayman Baalbaki, Elger Esser, Danièle Génadry, Lamia Joreige, Nabil Nahas, Michelangelo Pistoletto, Fadi Yazigi ou Youssef Abdelke, les peintures, dessins, sculptures, photos ou installations qui ponctuent l’espace d’exposition, tout en pénombre et silence de cathédrale, entraînent le visiteur qui veut bien prendre son temps dans un interstice de contemplation. Un intervalle hors du temps, à partir duquel jaillit l’expérience du sublime, aussi bien d’un simple rayon de soleil filtrant à travers une vitre capté par la caméra que des majestueuses branches d’un cèdre peint… D’un intrigant sommier métallique compressé et reconverti en art pauvre autant que d’une saillante installation de pics entremêlés. D’une fulgurante force exprimée à travers des natures mortes au fusain ou encore de ce mélange d’effroi et de poésie distillé par une série de pattes d’oiseau alignées sous plexiglas, comme des notes sur un papier à musique… Une exposition (extra)ordinaire, qui vous entraîne dans un champs d’œuvres éclectiques, à découvrir absolument !

Galerie Tanit, immeuble Kettaneh ; Mar Mikhaël.

De l’enfance et ses énigmes…

Du haut des cimaises de la galerie Art on 56th qu’elles occupent jusqu’au 6 juillet, une vingtaine de frimousses d’enfants dardent les visiteurs de leurs regards étonnamment… adultes. Signés Rita Massoyan, leurs portraits dégagent en effet un mélange paradoxal d’innocence et d’énigmatique mélancolie. Ces fillettes et garçonnets aux grands yeux expressifs, que l’artiste représente toujours en solo dans un tracé illustratif et une composition fragmentée, n’ont rien d’enfantin. Ni de naïf. Solitaires, pensifs, l’attitude frontale, les yeux imprégnés de secret ou de détachement, le sourire rarement esquissé, ils évoquent plutôt des adultes piégés dans des corps de petits êtres.

Une série d’acryliques sur toile qui, sous la vivacité des couleurs, recèlent de mystérieux messages sur l’univers de l’enfance, ses arcanes et ses souvenirs qui rejaillissent à tout moment dans l’éternel enfant caché en chacun de nous…

Diplômée en arts plastiques de l’ALBA en 2002, l’artiste libano-arménienne a poursuivi sa formation à Paris, à l’ENSBA et l’ENSA P- Cergy. Aujourd’hui, professeure d’arts plastiques, notamment à l’ALBA, elle possède à son actif de nombreuses expositions, dont plus d’une participation au Salon d’automne du musée Sursock.

Art on 56th, rue Youssef Hayek, Gemmayzé.

« Mémorial pour la faune » d’un ex-chasseur

L’art est fils de son temps, dit-on. Une affirmation que confirme le nombre croissant d’expositions/installations qui tirent la sonnette d’alarme face à la dégradation de l’environnement et de la nature au Liban. La dernière en date, intitulée Memorial for Wildlife (Mémorial pour la faune), inaugure la Upper Gallery, un nouvel espace au sein de la Saleh Barakat Gallery dédié à des accrochages différents. Signée Hassan el-Samad, cette installation murale, qui y est présentée jusqu’au 25 juillet, est composée de près de 150 petites peintures de natures mortes… aux oiseaux. Une œuvre mosaïque dressant le répertoire pictural des espèces menacées que l’artiste, lui-même ex-chasseur repenti, a également ponctué de quelques représentations peintes de panneaux signalétiques (réglementant la chasse) sauvagement criblés de balles… Pour une éloquente dénonciation des comportements barbares des chasseurs locaux.

Né à Beyrouth, en pleine guerre libanaise, Hassan el-Samad est diplômé de l’Institut des beaux-arts, où il été notamment l’élève de Abdel Hamid Baalbaki, de Mohammad el-Rawas et de Ali Chams… Outre sa casquette d’artiste, il est directeur du département des beaux-arts de la troisième branche de l’Université libanaise et membre du comité des collections d’art du ministère de la Culture.

Si la thématique de cette composition ne manquera pas d’interpeller les défenseurs des animaux, sa belle facture est aussi un point à relever en faveur de ce jeune peintre, dont la précédente exposition, inspirée de la crise des déchets, exprimait déjà son intérêt pour l’environnement au pays du Cèdre.

Saleh Barakat Gallery, rue Justinien, Clemenceau.

« Kan ya ma kan » en papier mâché

Le titre de cette exposition peut induire en erreur. Ce « Kan ya ma kan », emprunté au vocable des conteurs orientaux, renvoie en général à des histoires inspirées des traditions et du patrimoine libanais. Alors qu’en choisissant cet intitulé, Arlette Sauveur a voulu plutôt faire référence à sa démarche de récupération et de recyclage. À son travail de reconversion du papier journal – « souvent annonceur de mauvaises nouvelles », selon elle, et des débris d’objets « jetés, délaissés, perdus », qu’elle ramasse en bord de mer – en œuvres artistiques. C’est donc à partir de « ce qui a été et puis qui n’a plus été » que l’artiste belge vivant au Liban compose ses sculptures de personnages en papier mâché et techniques mixtes (bois flotté, bouts de ferraille, coquillages…), qu’elle présente pour la première fois en galerie, en l’occurence la galerie 392Rmeil393, jusqu’au 18 juillet. Des personnages majoritairement féminins qui, nonobstant leur facture inégale, dégagent par leurs postures, leurs allures souvent insolites et, surtout, leur disposition par groupes une atmosphère bavarde, évocatrice d’histoires, de récits, de chuchotements… féminins.

Galerie 392Rmeil393, rue Gouraud, Gemmayzé.

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