L'art dans la ville

Sept œuvres dans la ville…

Sans être nécessairement monumentales, ces sept œuvres inscrites dans le paysage beyrouthin sont importantes car emblématiques de l’évolution de l’art sculptural libanais. Depuis les premières décennies du siècle dernier jusqu’à nos jours. Suivez le parcours…

01/07/2019

« Les Pleureuses » de Youssef Hoyek
Quelques années après la création du Grand Liban, les autorités du mandat français commandent au grand sculpteur libanais Youssef Hoyek (1883-1962) un monument aux martyrs. La sculpture qu’il réalise représente deux femmes, l’une musulmane et voilée, l’autre chrétienne aux cheveux découverts, pleurant au-dessus d’une tombe. Cette belle œuvre allégorique, entièrement taillée dans la pierre libanaise, est placée en 1932 au cœur de la place des Canons (devenue depuis place des Martyrs). Elle ne fait cependant pas l’unanimité, certains estimant « qu’on ne pleure pas les martyrs qui ont donné leur vie pour une cause ». Démise de la place publique, elle est récupérée, dans les années 50, par le musée Sursock où elle a naturellement trouvé sa place à l’entrée du grand portail extérieur.

« Poem in Four Verses » de Saloua Raouda Choucair


Il faut se rendre sur le campus de l’Université américaine de Beyrouth pour admirer ce sculptural Poème en 4 versets signé Saloua Raouda Choucair (1916 - 2017), la pionnière de l’art abstrait dans le monde arabe. Un ensemble de 4 blocs de pierre qui tiennent, sans aucun matériau de fixation, par le seul équilibre parfait de leur assemblage. Cette sculpture, que l’artiste avait conçue au début des années 1960 et qu’elle avait toujours voulu voir exécutée à une échelle monumentale, a en fait été réalisée à la demande d’un donateur pour l’AUB, Samah Gharzeddine, le tailleur de pierre qui a travaillé régulièrement avec elle durant plusieurs décennies. Achevée la veille même de sa disparition, en 2017, cette pièce tellement moderne, qui mesure 2,7 mètres de haut et pèse sept tonnes, est emblématique de l’œuvre réfléchie, structurée, philosophée, faite d’emboitements et d’interpénétrations géométriques, mais toujours vibrante d’une émotion contenue de cette figure majeure de la sculpture libanaise.

Abstraction monétaire de Michel Basbous




En 1972, c’est une sorte d’ode à la force de la livre libanaise que Michel Basbous (1921-1981), père de la sculpture moderne, installe devant la Banque du Liban à Hamra. Une pierre calcaire sculptée en son centre d’une représentation symbolique de la monnaie nationale irradiante comme un soleil. Certes, il s’agit d’une œuvre de commande du gouverneur de la Banque centrale de l’époque, mais elle n’en garde pas moins, près d’un demi-siècle plus tard, l’empreinte des expérimentations texturales de celui qui fut l’un des sculpteurs libanais les plus avant-gardistes du siècle dernier. Et même si aujourd’hui elle est à moitié cachée des regards par la végétation qui la cerne, elle reste une pièce importante, une sorte de témoignage gravé dans la pierre de ce fameux âge d’or libanais…Tellement éloigné de notre époque actuelle !

« La Lecture » de Mireille Honein




Installée depuis 1998 à Achrafieh, avenue Charles Malek (devant la Byblos Bank), cette sculpture de 2m20 de hauteur représente un couple lisant dans un ouvrage géant. La cohésion est très forte entre l’homme et la femme. Ils ne se regardent pas directement, mais leurs regards se rejoignent sur un même objectif : le livre où figure un extrait de l’œuvre de Charles Corm, La Montagne inspirée. Offerte à la ville de Beyrouth par l’artiste Mireille Honein, cette Lecture, faite de résine et d’ardoise, représente selon ses dires « le symbole du chrétien et du musulman lisant ensemble leur histoire commune ».

« Le Voyageur » de Nadine Abou Zaki




Cette composition architecturale constructiviste en pierre blanche libanaise, qui semble faire le guet devant la salle de verre du ministère du Tourisme, rue Hamra, est baptisée Le Voyageur. Réalisée en 2002 par la sculptrice et philosophe Nadine Abou Zaki, ses formes simples, géométriques et légèrement arrondies représentent de manière abstraite « l’idée que dans notre ère dominée par la technologie et le virtuel, les mots, les images voyagent beaucoup plus rapidement que les personnes ».

« Le Chat sauvage » de Nadim Karam




Issu de l’imaginaire à la « Lewis Caroll » de l’artiste-architecte Nadim Karam Le Chat sauvage dresse ses 3 oreilles de… lapin en pleine place publique, rue Wadad Cortas, pas loin du centre Starco. Bien campée sur ses pattes – sous lesquelles on peut facilement passer –, cette effigie géante en tôle perforée (4,5 mètres de hauteur) est l’une des figures emblématiques de la célèbre Procession archaïque que le sculpteur libanais avait fait défiler dans de nombreuses capitales, dont Prague (sur le fameux pont Charles) à la fin des années 1990-début 2000. De retour au pays du Cèdre, ces personnages bizarroïdes se sont également promenés dans les artères de la capitale et de ses environs avant de s’établir, pour certains, au coin d’une rue, en front de mer, dans une place… Et d’y insuffler leur joyeuse fantaisie.

Les « Soleils éclatés » d’Anachar Basbous




Dans le même périmètre, sur l’esplanade qui fait face au centre Starco (Zeituna Square), deux sculptures d’Anachar (Michel) Basbous déploient une esthétique sobre toute en arcs et formes métalliques circulaires. Baptisées Shattered Sun ou Soleils éclatés, ces abstractions en acier massif se métamorphosent, selon l’angle de vue et l’heure de la journée, en pièces rougeoyantes, animées, bondissantes, au dynamisme immédiatement perceptible. Et qui s’inscrivent dans le sillon d’une sculpture contemporaine d’une indéniable urbanité...

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