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Sport

Au Liban aussi les femmes ont leur place sur un terrain de foot

Reportage

La Coupe du monde féminine de football, qui se déroule actuellement en France, donne assurément une visibilité accrue au football féminin à travers le monde. Au pays du Cèdre, le comité Lebanese Women’s Football, rattaché à la fédération locale de la discipline, travaille d’arrache-pied pour développer le foot féminin.

27/06/2019 | 00h00

En ce samedi matin de printemps, les 22 joueuses de la sélection libanaise féminine de football s’échauffent consciencieusement sur le terrain en herbe synthétique du stade Safa à Beyrouth. Vêtues du maillot rouge de l’équipe, orné du blason libanais, elles écoutent attentivement les instructions de leur entraîneur, Waël Gharzeddine : « Pensez à respecter vos placements. N’oubliez pas de faire circuler le ballon. »

Trois fois par semaine, ces footballeuses libanaises, âgées de 15 à 19 ans, se retrouvent dans ce stade ou un autre pour s’entraîner. Chacune a ses propres raisons d’avoir choisi pour sport le football, mais toutes s’accordent sur une chose : « Entre esprit d’équipe, dépassement de soi ou par simple amour du ballon rond, nous avons envie de montrer que le football peut être un sport aussi bien féminin que masculin », résume la défenseure Christelle Badran. Elle a choisi le foot après s’être essayée à plusieurs autres disciplines. « J’ai trouvé dans le football l’entraide et l’esprit d’équipe. Nous sommes onze sur le terrain. Il n’y pas de place pour l’individualisme. Toute seule, on n’arrive à rien. Ensemble, on peut aller loin. C’est cet aspect qui me plaît dans le football », confie-t-elle.

Pour sa coéquipière Yara Bourada, capitaine de la sélection, le football est plus qu’un sport. « Le foot est la seule activité qui me permet de m’épanouir, de me surpasser et de travailler sur mes capacités afin d’atteindre mes objectifs », lance-t-elle avec conviction. La jeune joueuse a débuté le football à 9 ans. Elle jouait avec les garçons à l’école avant de s’inscrire dans un club. Fan inconditionnelle de la discipline, Yara Bourada regardait souvent les matches à la télé avec son père. « Il m’a énormément soutenue depuis que j’ai commencé en club, il y a 10 ans. Il aime venir me voir jouer et m’encourager », dit-elle.


(Pour mémoire : « J’espère que la victoire au Qatar sera un nouveau départ pour le foot féminin au Liban »)


Des chiffres encourageants
Créé en 2005, le Lebanese Women’s Football (LWF), qui supervise la sélection nationale féminine, est un comité rattaché à la Fédération libanaise de football (FLF). Sous l’impulsion du LWF, la fédération compte aujourd’hui une section senior, une pour les moins de 19 ans (U19) et une autre pour les moins de 17 ans (U17). En outre, le LWF travaille d’arrache-pied à la création d’une section U14 afin d’encadrer au mieux les jeunes filles qui veulent s’investir dans la discipline. En presque 15 ans d’existence, le nombre d’adhérentes au LWF n’a cessé d’augmenter : 650 joueuses sont inscrites aujourd’hui, contre 150 joueuses au départ.

« Le LWF a pour but de développer le football féminin au Liban. Notre politique n’est pas de sélectionner uniquement les meilleures, mais de rendre accessible cette activité à toutes les femmes », explique Faten Abi Faraj, chargée de communication au sein du comité. Selon elle, on comptabiliserait environ 17 clubs féminins dans le pays. « Ce chiffre est vraiment encourageant. Comparé aux nombreux clubs masculins existant, il reste limité, mais savoir qu’aux quatre coins du Liban, toutes communautés confondues, il existe un club féminin de foot est déjà une belle façon de prouver que cette discipline a sa place », ajoute-t-elle.

Avec la sélection nationale féminine, le Lebanese Women’s Football cherche à montrer aux Libanais que les femmes peuvent aussi jouer au football. Le message semble passer, alors que les matches féminins attirent de plus en plus de supporteurs dans les gradins, y compris des hommes. Le comité organise des matches sur tout le territoire libanais pour permettre aux femmes de s’essayer à la discipline et, pourquoi pas, de s’engager dans un club. De Tripoli à Tyr, en passant par Zahlé et Baalbeck, ce sont environ 100 à 150 jeunes filles qui viennent prendre part chaque année aux différents événements lancés par le LWF. « En plus de recruter de nouveaux talents, cela permet de promouvoir le football féminin », se félicite ainsi Faten Abi Faraj.

Mais si cette initiative est appréciée dans plusieurs villes et villages, elle dérange néanmoins les communautés plus conservatrices, qui voient d’un mauvais œil un sport qu’elles considèrent comme masculin s’ouvrir à la gent féminine. « La mentalité au Liban n’a pas vraiment évolué sur la question du genre dans le sport. Aujourd’hui encore, il arrive d’entendre des remarques déplacées en voyant une jeune fille jouer au football. Une mentalité plutôt archaïque au XXIe siècle », commente la responsable.



Présence à l’international
Ce qui n’empêche pas les footballeuses de l’équipe nationale de commencer à faire parler d’elles au-delà des frontières du Liban. Selon un classement établi par la Fédération d’Asie de l’Ouest de football (WAFF, son acronyme en anglais), la sélection libanaise se classe deuxième, derrière la Jordanie, dans le développement du football féminin au Moyen-Orient. « Notre équipe a réussi la gageure de se qualifier pour la deuxième phase des éliminatoires du championnat d’Asie féminin 2019 pour les moins de 19 ans en Thaïlande. Dans sa poule, le Liban affrontait l’Australie, Hong Kong et la Mongolie. Il a été l’unique pays arabe à se qualifier », raconte fièrement Yara Bourada.

Restent les défis qui ralentissent l’essor du football féminin dans le pays et auxquels le LWF se doit de trouver une solution rapide, au risque de voir la discipline décliner. Le plus conséquent est le manque de financement. « Le comité ne possède pas d’enveloppe financière définie et les sponsors sont rares. La source de financement principale reste la Fédération libanaise de football, qui alloue 200 000 à 250 000 dollars par saison au comité. Et si les terrains ne sont pas correctement entretenus, c’est d’autant plus compliqué pour les femmes. Elles n’ont pas de terrains dédiés où s’entraîner. La plupart appartiennent aux municipalités et non à la FLF, ce qui pose un problème de planning pour les réservations, les espaces étant cédés en priorité aux garçons », admet Faten Abi Faraj. Elle précise que les clubs féminins doivent en outre demander aux clubs masculins de leur concéder le terrain lorsqu’ils ne l’utilisent pas.

Toutefois, en dépit de ces maintes restrictions, le comité de Lebanese Women’s Football se félicite du développement du football féminin au Liban et ambitionne d’accroître sa présence sur les terrains internationaux dans les années à venir.



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