À la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, en France, BD et mode se regardent et se copient dans une exposition consacrée à ces deux univers, « de Bécassine à nos jours ». Yohan Bonnet/AFP
superhéros et la mode. Nous, on a élargi à l’ensemble de la BD, de Bécassine à nos jours », explique Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, où a lieu l’exposition jusqu’au 5 janvier 2020.
En quelque 200 pièces, principalement des dessins originaux et des vêtements de célèbres couturiers, on découvre ces dessinateurs qui ont collaboré à des magazines de mode, inspiré ou caricaturé depuis plus d’un siècle ce monde de crinolines et de corsets. De ses traditionnels croquis de robes, Yves Saint Laurent se révèle là où on ne l’attend pas. En 1967, il publie son unique BD, La vilaine Lulu, où « il met en scène une petite fille assez diabolique, une vraie satire des années 1960 », précise M. Lungheretti. Des poupées de papier avec les vêtements à découper, munis d’onglets rabattables pour les habiller, inspireront ses premières collections au futur couturier, alors adolescent. Le jeune Yves Saint Laurent trouve dans ces poupées ses premiers mannequins et « l’origine de sa vocation », estime Thierry Groensteen, le commissaire de l’exposition Mode et bande dessinée. « Il découpe une paperdoll dans les journaux de sa mère et compose une garde-robe complète », détaille M. Groensteen, avant de montrer d’autres pépites.
La « Joconde de la BD »
« On a une page originale, très rare, considérée comme la Joconde de la BD », dit-il, en montrant une planche de Little Nemo, de Winsor McCay, quand le petit garçon est présenté pour la première fois à la reine de Slumberland. Certains illustrateurs ont élargi leur coup de crayon aux magazines de mode, comme Lorenzo Mattotti (Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Stigmata) dont neuf pastels très colorés pour l’édition italienne de Vanity Fair sont exposés. D’autres se sont directement emparés d’accessoires des couturiers, comme le chapeau noir et blanc de Chanel par Lagerfeld croqué par Nicole Lambert dans Les triplés.
Cette fascination pour la mode se retrouve jusque dans la création de bijoux. Le Belge Claude Renard (Métamorphoses) a fait réaliser un pendentif et des broches en os d’après ses dessins de costumes pour le spectacle Le rêve, créé en 2005. L’exposition joue aussi sur les extrêmes : de l’élégance – une robe de soirée Dior avec en arrière fond un grand dessin d’Annie Goetzinger sur la maison de couture – à la caricature de La famille Illico de George McManus. Cabu s’amuse aussi, dès 1967, à se moquer des styles vestimentaires du chanteur Johnny Hallyday.
Cette plongée dans les influences mode et BD permet de découvrir de nouvelles histoires, notamment d’avant-guerre mondiale (la Seconde, 1939-1945). Flapper Fanny puis Mopsy connaissent un tel succès auprès des lectrices américaines que la dessinatrice de ces comics (appellation de la BD aux États-Unis), Gladys Parker, en vient à créer sa propre marque de vêtements. Un film montre aux visiteurs son premier défilé, en 1935, « comme si les personnages de BD avaient pris vie et sortaient du papier », précise M. Groensteen.
Cette exposition se termine « plus près du corps », explique encore M. Groensteen, en explorant la BD érotique des maîtres italiens en la matière, Nick Guerra, Roberto Baldazzini et Guido Grepax, dans une « grande cabine d’essayage » aux murs rouges. Un festival de soie, dentelle, cuir et talons aiguilles, de la superhéroïne oubliée Miss Fury au bondage des Aventures de Gwendoline.
Alexandra LESIEUR/AFP

