Commentaire

L’odeur de l’argent

Le président américain Donald Trump s’adressant aux médias le 22 juin 2019. Saul Loeb/AFP

La politique a parfois ses raisons que même l’économie ignore. Elle dépend en partie de facteurs qui ne relèvent pas strictement de l’ordre rationnel : la fierté, la rancœur, la croyance ou encore l’histoire pour ne citer qu’eux. Pourquoi enfoncer pareilles portes ouvertes ? Parce que l’homme le plus puissant du monde est un businessman qui pense que tout peut se négocier et tout peut s’acheter. Il a bâti son succès sur cette logique sur la scène domestique et essaye d’en faire de même sur la scène internationale. Avec peu de réussite, c’est le moins que l’on puisse dire.

Donald Trump utilise la puissance du dollar comme une arme de pression massive sur ses adversaires. C’est son marteau préféré, qui a le mérite de faire très mal à un coût quasi nul pour les États-Unis. Mais les clous sont pour l’instant plus solides qu’ils n’y paraissent, et ce marteau n’est peut-être pas le plus adapté pour en venir à bout. La méthode n’a pas fait plier la Chine de Xi Jinping dans un bras de fer que l’on présente pourtant comme une « guerre commerciale ». Comment peut-elle alors permettre de régler les deux problématiques les plus sensibles du Moyen-Orient : la question iranienne et la question palestinienne ?

À coups de sanctions, le président américain veut tordre le bras du régime iranien et le contraindre à négocier selon ses termes. Il ne demande pas un changement de régime et encore moins une démocratisation de l’Iran. C’est un deal commercial qu’il propose en réalité à la République islamique, que l’on pourrait traduire ainsi : « Acceptez mes conditions et nous pourrons faire affaire ensemble ; continuez de refuser et j’étouffe votre économie. » Donald Trump s’adresse aux intérêts du porte-monnaie. Et semble par là même ignorer complètement que la légitimité du pouvoir iranien dépend très largement de facteurs idéologiques et politiques. Accepter le deal américain, même si cela peut être dans l’intérêt économique de l’Iran, c’est renoncer à ce qui constitue l’essence même de la République islamique.

C’est la même logique qui anime l’administration Trump dans sa gestion du dossier israélo-palestinien. L’équation « l’État contre la paix » a été remplacée par une proposition de deal « l’argent contre la paix ». Les États-Unis veulent acheter la paix aux Palestiniens et faire payer la facture aux pays du Golfe. Le volet économique du plan Kushner, dévoilé hier et sobrement intitulé « De la paix à la prospérité », promet d’arroser la partie palestinienne avec pas moins de 50 milliards de dollars. Pourquoi les Palestiniens, qui vivent dans des conditions terribles, refuseraient cette main tendue ? Là encore, parce que la partie américaine passe à côté de l’essentiel : la dignité d’un peuple ne s’achète pas. Et l’argent ne peut remplacer la terre. Même si une partie de la jeune population palestinienne, dégoûtée des magouilles et de la corruption de ses dirigeants, pourrait se laisser tenter par cette voie alternative, aucun leader palestinien ne pourrait entériner un accord diplomatique qui n’inclurait pas la création d’un État. La dépolitisation a ses limites, au Proche et au Moyen-Orient encore plus qu’ailleurs. Durant la campagne américaine de 1992 remportée par Bill Clinton, son conseiller James Carville répétait inlassablement la même phrase, devenue célèbre, pour expliquer la stratégie de son candidat : « It’s the economy, stupid ! » L’un des conseilleurs actuels du président américain serait bien avisé de lui expliquer pourquoi sa stratégie diplomatique ne fonctionne pas : « It’s the politics, stupid ! »


La politique a parfois ses raisons que même l’économie ignore. Elle dépend en partie de facteurs qui ne relèvent pas strictement de l’ordre rationnel : la fierté, la rancœur, la croyance ou encore l’histoire pour ne citer qu’eux. Pourquoi enfoncer pareilles portes ouvertes ? Parce que l’homme le plus puissant du monde est un businessman qui pense que tout peut se...

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lire les 3 NON evidement pas les 3 noms

LA VERITE

18 h 26, le 24 juin 2019

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Commentaires (4)

  • lire les 3 NON evidement pas les 3 noms

    LA VERITE

    18 h 26, le 24 juin 2019

  • 71 ans et rien n'a ete resolu 30 ans au moins que l'on parle de 2 Etats et rien n'a ete resolu Pourquoi personne ne veut realiser qu'une autre approche vaut la peine d'etre tentee meme si elle est difficile a accepter? Peut etre une partie de la solution devrait etre que les refugies Palestiniens pourraient revenir dans les regions sous tutelle de la nouvelle Palestine comme 850000 juifs des pays Arabes ont put ( meme si tous ne l'ont pas fait evidement ) venir en Israel Si les palestiniens et les Israeliens pourraient enfin accepter que pour resoudre le probleme il y aura des concessions tres difficile a faire des deux cotes on aura un jour une solution MAIS DIRE NON A TOUTE SOLUTION AVANT MEME DE LA CONNAITRE EN ENTIERE EST UNE HERESIE QUEL EST LE LIBANAIS DIGNE DE CE NOM QUI ACCEPTE QUE LES PALESTINIENS RESTENT ARMES MEME DANS LEURS CAMPS AU LIBAN, QU'ILS SOIENT TRAITES DE CETTE FACON HORRIBLE ( PAS DE TRAVAIL LEGAL, PAS DE NATIONALITE MEME EN CAS DE MARIAGE AVEC DES LIBANAIS/LIBANAISES ? NON UNE FORMULE DOIT ETRE TROUVEE MAIS LE RETOUR AUX FRONTIERES DE 1967 ET LE RETOUR DES REFUGIES EN ISRAEL MEME ET JERUSALEME CAPITALE DE LA PALESTINE EST UN REVE QUI EN 1967 A KHARTOUM A ETE ENTERRE PAR LES 3 NOMS DE LA CONFERENCE. ON EN PAYE LE PRIX DEPUIS CE TEMPS LA

    LA VERITE

    15 h 33, le 24 juin 2019

  • "facteurs qui ne révèlent pas strictement de l’ordre rationnel " Vous voulez dire qui ne "relèvent" pas, bien entendu... A propos, vous n'avez pas besoin d'un correcteur à l'OLJ? LOL...

    Georges MELKI

    12 h 39, le 24 juin 2019