Le chef des Kataëb, Samy Gemayel. Photo d’archives AFP
Dénoncer les abus, les mensonges, les contradictions, et surtout les absurdités de la vie politique au Liban et leurs conséquences désespérantes sur l’état du pays n’est pas une option mais une obligation. Se taire reviendrait à en être complice et à en accepter les conséquences.
Quel spectacle affligeant que celui actuellement imposé à un peuple qui, après tant d’années de résistance, d’efforts et de sacrifices, était en droit de rêver qu’après la libération de son territoire national en 2005, la souveraineté si difficilement acquise serait inébranlable, et les affaires du pays gérées avec sérieux dans le respect des institutions et de l’intérêt général.
Hélas, avec un aplomb sans précédent dans l’histoire et avec une désinvolture qui confine au mépris, les partenaires du gouvernement agissent en partant du présupposé qu’il n’y a pas d’opinion publique au Liban. À leurs yeux, les Libanais pourraient être divisés en trois catégories : les militants inconditionnels, les otages du clientélisme et les silencieux qui seraient désintéressés ou divisés, et donc sans influence. Cette analyse a conduit les partenaires du pouvoir à estimer qu’au final, ils n’auraient pas de comptes à rendre aux Libanais et, par conséquent, qu’ils peuvent tout se permettre. Si les acteurs concernés craignaient d’avoir des comptes à rendre à une population en colère, ils n’auraient pas agi comme ils le font.
Je n’entends pas, dans cette tribune, faire une fois de plus le procès de ce qui est communément appelé « l’entente présidentielle » et qui a consisté à sacrifier le combat pour la souveraineté sur l’autel du partage des butins.
En effet, les protagonistes ont eux-mêmes dénoncé par leurs actes et leurs déclarations ce qui, sans surprise, s’est révélé n’être qu’un triste marché de dupes. La souveraineté a été bafouée, et, au final, hormis quelques strapontins pathétiques, le butin n’a même pas été distribué comme ils l’espéraient. Plus triste encore, ce qu’ils se partagent maintenant n’est plus les biens de l’État, mais le produit de son endettement, hypothéquant pour longtemps non seulement le sort actuel des Libanais, mais celui des générations futures.
La logique adoptée par les partenaires a également sapé tout rapport de confiance qui aurait dû exister entre le gouvernant et le gouverné. Aucune confiance ne peut être maintenue en présence de l’incohérence et de l’inanité des positions adoptées par des acteurs qui soutiennent une chose et son contraire sans sourciller et qui prétendent s’exonérer, avec une grande désinvolture, en critiquant leurs propres actes.
Il faut beaucoup d’audace pour prétendre que l’entente tient toujours alors que, dans un même discours, après une brève incantation en faveur de l’entente, ses tenants s’insultent sans vergogne tout en goûtant avec délice à l’exercice du pouvoir.
En matière de contradictions, l’attitude des partis partenaires du gouvernement aurait fait rire n’étaient la gravité et l’urgence de la situation.
Le gouvernement, composé de ministres représentant les partis « partenaires », a tenu des réunions intensives et successives pour façonner, avec beaucoup de retard, un budget pour 2019 que les parlementaires de ces mêmes partis s’emploient maintenant à remettre en question pour au final voter en sa faveur.
Certes, le budget est critiquable, irréaliste, injuste et inefficace. Il continue à préserver les intérêts partisans et la répartition entre eux des centres de pouvoir. Pour financer leurs intérêts, ils imposent toujours plus lourdement une population exsangue. Mais alors, à quoi servent les ministres du gouvernement ? En se réunissant en Conseil des ministres, agissaient-ils de leur propre chef ou représentaient-ils leur parti ? Qui sont ces députés qui se lancent dans des diatribes contre l’action du gouvernement où ils sont représentés ? Agissent-ils de leur propre chef ou représentent-ils leurs partis ?
Le citoyen ne peut qu’être désorienté face à une schizophrénie politique pathologique, pour ne pas dire pathétique.
Quelle perte de temps que celui passé à constituer un gouvernement au terme d’une lutte sans merci livrée par ses composantes pour agrandir chacun sa part ! Après avoir exigé de participer en force au gouvernement, les partis finissent par faire comme si leurs ministres ne les engageaient pas.
Quelle perte de temps à préparer le budget si son contenu doit être décrié par les partis dont les ministres en ont établi la teneur !
Que le budget soit critiquable, cela ne fait pas l’ombre d’un doute ; en revanche, que ceux qui sont responsables de son élaboration se bousculent sur les tribunes, devant les médias ou sur les réseaux sociaux pour le critiquer avant de voter en sa faveur est tout simplement ridicule.
L’absurdité est montée d’un nouveau cran avec la politique d’embauche sauvage à laquelle se sont adonnés les partenaires du gouvernement avant les élections. Ces même recruteurs compulsifs prétendent maintenant dénoncer, par des positions aussi théâtrales que choquantes, les embauches illégales dont ils s’étaient rendus eux-mêmes coupables.
Mais enfin, qui gouverne donc ce pays ? Qui se considère responsable de ses actes ? Qui estime qu’il a à répondre de ses choix ?
Depuis l’entente, le Hezbollah s’est vu attribuer, fort de la complicité silencieuse des autres, le pouvoir de décision sur les grandes questions : choix du président, loi électorale, formation du gouvernement....
Pour les questions en rapport avec la gestion du pays, il n’y a qu’une espèce de nébuleuse à travers laquelle les partenaires du pouvoir veulent s’accaparer tout et n’être responsables de rien.
Pourtant, dès que l’heure des nominations approche, les armes sont fourbies et l’engagement des partis est exacerbé. Les citoyens ne peuvent que constater qu’il est plus aisé pour les partenaires du pouvoir de s’accommoder de la perte de souveraineté que de la perte d’un poste de directeur général...
Pour couronner le tout, à chaque avantage que tel ou tel parti entend arracher au système pour en bénéficier lui-même ou en faire bénéficier son entourage, les « droits communautaires » sont invoqués ad nauseaum. Ces droits sont instrumentalisés avec un cynisme sans pareil, mais sont passés en pertes et profits une fois l’avantage convoité enfin obtenu.
Pourtant, jamais les citoyens, toutes communautés confondues, n’ont vu leurs conditions de vie améliorées par les avantages que leurs partis obtiennent en leur nom. Entre contradictions, renoncement, abus et absence de cohérence, on en vient à se demander si le Liban est réellement gouverné.
En choisissant de dénoncer la corruption endémique, les abus en tous genres, la politique de répartition des parts et, avant tout, les atteintes à la souveraineté, nous avons fait le pari du peuple libanais et celui d’une opinion publique.
Nous avons choisi de nous engager dans une véritable opposition moderne, franche et claire sans compromis intéressé aux dépens de l’intérêt général.
Pour que l’opposition réussisse à mettre un terme à cette politique dont les effets néfastes se traduisent par une crise économique aiguë et par une situation sociale et écologique catastrophique, elle a besoin d’un réveil et d’un engagement citoyen. C’est le but et le sens de notre combat.
Aujourd’hui, au Liban, la présence de l’opposition ne prête donc pas à confusion. En revanche, c’est l’existence d’un gouvernement qui est sujette à caution.
Quand l’opposition demande « Qui gouverne le Liban ? », ils prétendent qu’ils le gouvernent ensemble... Autant dire qu’ils ne le gouvernent pas, mais qu’ils se le partagent.
Par Samy GEMAYEL
Député du Metn-Nord et président du parti Kataëb


Depuis qu'il s'est engagé en politique, M. Gemayel a mené une révolution pacifique, civique et constructive, à commencer par le parti qu'il préside. Il mérite le respect et l' encouragement des libanais souverainistes. Il promet d'atteindre les plus hauts degrés de responsabilité en gouvernance!!! Bravo!
20 h 11, le 23 juin 2019