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Moyen Orient et Monde

Golfe : Tokyo appelle l’Iran à « jouer un rôle constructif »

Diplomatie
OLJ
13/06/2019

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a affirmé hier à Téhéran la volonté de son pays de jouer un rôle important pour faire baisser les tensions entre l’Iran et les États-Unis, tout en appelant la République islamique à « jouer un rôle constructif » au Moyen-Orient. Arrivé dans l’après-midi dans la capitale iranienne pour une visite d’un peu plus de 24h, M. Abe est le premier chef de gouvernement nippon à se rendre en Iran depuis la révolution de 1979 ayant renversé le chah. Le Japon est un allié clef de Washington, ennemi juré de la République islamique, et entretient traditionnellement de bonnes relations avec l’Iran. Sa visite intervient sur fond de tensions exacerbées entre l’Iran et les Etats-Unis, nourrissant des craintes de déflagration dans le Golfe, et d’inquiétude pour l’avenir de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015, après le retrait des États-Unis de ce pacte en mai 2018. « Personne ne veut d’une guerre. Le Japon souhaite jouer un rôle de premier plan pour faire baisser la tension », a déclaré M. Abe après avoir été reçu par le président iranien Hassan Rohani. « Il faut à tout prix éviter le crépitement des armes », a-t-il ajouté, « la paix et la stabilité au Moyen-Orient sont indispensables à la prospérité non seulement de cette région, mais du monde entier ».

« Guerre économique »

Tokyo, qui importait récemment encore 5 % de son pétrole en provenance d’Iran, a dû renoncer à ces achats pour se conformer aux dernières sanctions américaines visant la République islamique. Alors que l’économie nippone est très dépendante du pétrole du Golfe, Tokyo attache historiquement une grande importance à la stabilité de ses approvisionnements. M. Rohani, de son côté, a estimé que la « racine » des tensions dans la région était à chercher dans « la guerre économique des États-Unis contre l’Iran ». « Lorsque celle-ci cessera, nous verrons un changement très positif dans la région et dans le monde », a-t-il assuré.

« Nous ne déclencherons jamais une guerre, même contre les États-Unis, mais nous opposerons une réponse terrible si nous sommes attaqués », a néanmoins mis en garde M. Rohani, dont le pays est accusé par les Occidentaux d’exercer une influence « déstabilisatrice » au Moyen-Orient.Le président iranien a déclaré voir dans « l’intérêt du Japon, pour continuer d’acheter du pétrole à l’Iran et résoudre les questions financières » sur lesquelles butte Téhéran à cause des sanctions américaines, la « garantie » d’une amélioration à venir des relations déjà bonnes entre les deux pays. Il a aussi souligné une convergence de vues avec son hôte sur la question des « armes nucléaires » : « Nos deux pays sont contre », a-t-il dit.

M. Abe a, pour sa part, dit son « profond respect pour le fait que le guide suprême (iranien) l’ayatollah (Ali) Khamenei ait répété la fatwa disant que ’l’arme nucléaire et les autres armes de destruction massive sont contraires à (l’enseignement de) l’islam ». M. Abe doit rencontrer ce matin M. Khamenei. Depuis la décision américaine de se retirer de l’accord de Vienne, le gouvernement du président Donald Trump a rétabli ou intensifié des sanctions économiques punitives contre l’Iran. Récemment, Washington a déployé d’importants moyens militaires dans le Golfe pour faire face à une présumée « menace iranienne ».

Aura favorable

Selon le porte-parole du gouvernement japonais, M. Abe a discuté de l’Iran au téléphone avec M. Trump mardi, mais Tokyo a insisté avant le voyage sur le fait que le Premier ministre nippon ne venait pas à Téhéran pour « assurer une médiation entre l’Iran et les États-Unis ». Aux yeux de Téhéran, le Japon bénéficie d’une aura favorable en tant que pays ayant réussi à se moderniser sans renoncer à ses traditions et en conservant une forte identité culturelle. M. Abe a été précédé à Téhéran par son ministre des Affaires étrangères, Taro Kono, qui a rencontré son homologue iranien à la mi-journée.

Sa visite à Téhéran survient au lendemain de la libération de Nizar Zakka, détenu en Iran depuis 2015 et condamné à dix ans de prison pour « espionnage » au profit des États-Unis et deux jours après le passage à Téhéran du ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas. Face aux conséquences de la politique américaine de « pression maximale » sur son économie, l’Iran a menacé en mai de s’affranchir progressivement de l’accord de Vienne, à moins que ses partenaires, en particulier européens, ne l’aident à contourner ces sanctions. En présence de M. Abe, M. Rohani a néanmoins affirmé son attachement à la poursuite de l’accord de Vienne. « Ma préoccupation principale est que l’Iran respecte cet accord », a déclaré, de son côté, M. Abe.

Source : AFP


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