Nos Lecteurs ont la Parole

Comment réussir à sortir de soi-même ?

Sylvain THOMAS
OLJ
03/06/2019

Une des épreuves humaines les plus répandues « c’est être replié sur soi-même ». Elle est pour une bonne part à l’origine de la mélancolie, une « impression d’épuisement » qui enlève toute saveur à l’existence. Pour y remédier, il faut évidemment « sortir de soi-même ». Mais comment ? L’isolement est la vraie cause de ce malaise.

Pour commencer à sortir de ce malaise, voici un moyen très simple : écrire une lettre à une amie fictive. Écrire, c’est sortir de soi-même. Faire un petit effort conscient pour rencontrer les autres, pour s’exprimer, c’est parfois difficile, mais il faut essayer, cela vaut toujours la peine.

Afin de s’en tirer, une autre astuce serait d’opérer « une offensive de conversation ». Commencer dès le lundi matin à engager la conversation chaque jour de la semaine avec un nouvel interlocuteur connu. Un voisin, le libraire du quartier, le portier du bureau, une dame au café-restaurant, une infirmière très loquace ; ainsi de suite… Le sujet finira par avoir raison de la solitude et la mélancolie qui l’habitaient.

Pour échapper à soi-même, donnons de nous-mêmes. À telle femme qui sombrait dans les idées noires, on avait suggéré de consacrer ses loisirs à quelque œuvre charitable. Elle se rendit au centre local de la Croix-Rouge : « Je vais être franche, leur dit-elle. Je me mets à votre entière disposition. Mais si je suis prête à vous rendre service, c’est surtout dans l’idée de me rendre service à moi-même. » En fait, tout le monde y gagna dans ce geste réciproque.

Ce qui compte, c’est le sentiment d’être utile. Nombre de gens qui abattent un travail énorme pour les bonnes œuvres en tirent pour eux-mêmes autant, sinon plus, de bénéfice. Il y a de l’inertie dans la nature humaine, une tendance à persévérer sur la même voie, à agir selon le même schéma ; il faut se forcer pour changer de direction. Si nous n’avons d’autre interlocuteur que nous-mêmes, nous tournerons en rond. Si, ayant le sentiment qu’on nous fait du tort, qu’on nous exploite ou qu’on nous laisse de côté, nous rentrons de nouveau dans notre petite coquille, nous n’en serons que plus malheureux, plus négligé et plus incompris.

Brisons ce cercle vicieux en agissant. Nous le pouvons : « Yes, we can! » Mais comment ? Nous n’avons que l’embarras du choix. Partons en balade à pied avec des amis, relions quelques livres qui ont perdu leurs couvertures, achetons plusieurs graines de plantes et plantons de nouvelles fleurs dans notre grande véranda, faisons n’importe quoi, mais ne restons pas planté là, à ruminer inutilement des souvenirs fâcheux.

L’activité est un remède en soi. Et elle reste possible, même à qui est immobilisé. Une femme de soixante-dix-neuf ans, vouée au fauteuil roulant à la suite d’un accident de la route, ne voyait devant elle qu’un avenir triste et solitaire. Un jour, elle actionna son fauteuil jusqu’au kiosque à journaux proche de son domicile et bavarda avec le vendeur, un infirme lui aussi. Elle découvrit que le pauvre homme ne pouvait jamais manger un plat chaud à midi, faute d’un remplaçant. À quatre-vingt-six ans, cette bonne femme accomplissait encore sa tâche quotidienne : garder à l’heure du déjeuner le kiosque à journaux. Au lieu d’être seule, elle se faisait quantité de nouveaux amis, disait-elle.

Nous serions stupéfaits de savoir combien de gens souffrent de mélancolie et ne veulent pas l’admettre. Ils accusent une anémie, de l’hypotension... mais jamais l’ennui pur et simple. Ils préfèrent continuer à tourner leurs pouces au lieu de regarder les choses en face et de s’intéresser à quelqu’un ou à quelque chose hors d’eux-mêmes.

La religion a toujours insisté sur la nécessité de s’évader de la prison du moi. Il y a quelques années, une retraite dirigée par un dominicain devait durer une semaine et avait pour thème « sortir les gens d’eux-mêmes ».

Le but préconisé était le suivant : travail, ouverture à autrui, abandon intime à Dieu. Un homme dont les affaires étaient étonnamment prospères, mais que le sommeil avait fui, déclarait à la fin de la semaine que jusqu’à présent, il était trop orgueilleux pour chercher du secours. Maintenant, il se sentait soulagé, apaisé intérieurement, parce que, pour une fois dans sa vie, il s’était agenouillé et avait admis qu’il ne savait pas tout.

Cet homme venait d’apprendre à prier. Le secours avait toujours été à sa portée, mais cela ne suffisait pas. Encore fallait-il qu’il désirât l’apprendre profondément. « Prier, a-t-on dit, ce n’est pas vaincre la réticence de Dieu, c’est saisir Sa bonne volonté à notre égard. »

II y a aussi la bonne volonté du prochain. L’individu renfermé sur lui-même a souvent l’impression que le reste du monde lui est hostile. Il tient les autres à distance. Jamais il ne sera capable de goûter le réconfort d’une vraie rencontre, d’apprécier le geste de quelqu’un qui s’extériorise pour venir à lui fraternellement.

Quand l’extrême timidité d’un individu le fait vivre en retrait, il devient accessible du fait qu’il se porte au-devant des autres. Il se peut qu’il éprouve une certaine surprise : les autres lui semblent transformés. Ils ne paraissent plus l’exclure le moins du monde de leur société. N’est-ce pas bizarre, une telle transformation chez les autres, alors que le seul changement véritable s’est fait : « En lui-même ? »

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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