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Liban

Un troisième bal du Cèdre au profit d’Assameh, pour les enfants de l’hôpital de la Quarantaine

Association

L’événement, destiné à lever des fonds, rendra aussi hommage aux femmes.

28/05/2019

Enroulé dans une couette verte, un bébé dort paisiblement. Il semble tout ignorer de sa situation : sa mère, une jeune Syrienne, a fui avec son frère jumeau pour ne pas payer leurs soins. « C’est la deuxième fois qu’elle s’enfuit, rapporte le Pr Robert Sacy, chef du département de pédiatrie à l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine. La première fois, elle a pris les deux bébés, qu’elle nous a finalement rapportés malades à nouveau deux semaines plus tard. Cette fois-ci, elle n’en a pris qu’un seul. » Désolé, il montre de la main le nourrisson abandonné : « Il est guéri maintenant, nous ne pouvons pas le garder indéfiniment. Il faut que nous retrouvions sa mère. »

Les patients non solvables, les membres du service de pédiatrie de l’hôpital y sont confrontés régulièrement. Mais ils prennent tout le monde, c’est leur politique. « Nous avons soigné des enfants sans papiers, battus, maltraités, vendus ou encore retrouvés dans des bennes à ordures », détaille le Pr Sacy. S’ils peuvent être soignés ici, c’est en grande partie grâce à l’association Assameh, dont il est le président et fondateur depuis 2014. À ses côtés, Abboud Chami en est le vice-président et trésorier. « Notre but était de lancer une association pour créer des services de pédiatrie dans les hôpitaux gouvernementaux au Liban », explique ce dernier. Depuis la guerre de 1975, une partie de l’hôpital de la Quarantaine est toujours détruite. Mais Assameh a signé une convention avec l’établissement pour en rénover l’ancien pavillon. Grâce à l’aide de la Fondation Carlos Slim, l’association Give a Child a Toy et de donateurs particuliers, un service de néonatologie a été créé aux côtés d’un service pédiatrique, le Centre Carlos Slim pour enfants.



(Lire aussi : Assameh et l’hôpital de la Quarantaine, un partenariat public-privé d’exception)



19 000 bébés prématurés par an
De quoi tenter de répondre à un besoin urgent : l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine est le seul hôpital public dans une région où habitent 300 000 personnes, dont une grande partie sont dans le besoin. « Au Liban, 70 000 bébés naissent chaque année, dont 9 000 prématurés. De plus, depuis 2015, il faut compter 75 000 naissances de réfugiés en plus, dont 10 000 prématurées, ce qui fait un total de 19 000 bébés prématurés » , explique le Pr Sacy, qui est par ailleurs professeur de pédiatrie et de néonatologie au centre médical universitaire de l’hôpital Saint-Georges et à l’Université de Balamand. Le coût des soins médicaux d’un prématuré dans les hôpitaux privés varierait entre 25 000 et 75 000 dollars, et ces derniers ont tendance à refuser les patients couverts par la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS) et le ministère de la Santé.

Ici, une partie des frais est prise en charge par le gouvernement, mais elle ne suffit pas à couvrir tous les besoins de l’établissement. Grâce aux dons d’ONG et de particuliers, l’établissement peut tourner, mais il reste encore beaucoup à faire.

Dans la salle en face de celle du nourrisson syrien, huit couveuses accueillent des prématurés. Dans celle d’à côté, huit autres couveuses, vides cette fois-ci. « Nous n’avons pas encore les moyens de les faire fonctionner », regrette M. Chami. Un peu plus loin, une salle où sont soignés deux enfants, Yamane et Moustapha. Ils sont respectivement syrienne et irakien. À leurs côtés, leurs mères se disent toutes deux satisfaites de l’hôpital. « Les médecins sont compétents et humains », témoigne la mère de Moustapha, hospitalisé pour un problème rénal. Les soins de son fils, elle dit n’en payer qu’une partie, le reste étant pris en charge par une ONG.

À côté de cette unité fonctionnelle, les ruines de l’ancien hôpital sont toujours là. Le Pr Sacy précise : « On pourrait y installer entre 200 et 300 lits en fonction de l’aménagement, mais réparer coûte plus cher que construire. Nous n’avons pas les moyens financiers nécessaires pour mener à bien ces opérations. » Un gâchis d’espace, selon les deux hommes, qui ont de nombreux projets en tête pour l’hôpital. Ceux-ci nécessitent de la place et de l’argent. Ils détaillent la facture : « Un centre de dialyse et de transplantation pédiatrique : 150 000 dollars. Des respirateurs haute fréquence : 50 000 dollars. Du matériel pour les gastroscopies, bronchoscopies, colonoscopies : 100 000 dollars. » Un centre de traitement du cancer et un département des maladies infectieuses sont aussi au programme.


Les femmes à l’honneur
Pour mener à bien ses objectifs, Assameh organise son troisième bal du Cèdre le 1er juin 2019 à partir de 20 heures au Musée national de Beyrouth. Le but étant de rassembler les dons nécessaires au cours d’une soirée pleine d’attractions.

Au programme, trois danseuses étoiles du Ballet Béjart se produiront sur scène, suivies par l’ensemble musical de Omar Rahbany et des Charbel (version libanaise des Enfoirés).

Pendant la soirée, les invités pourront déguster un dîner préparé par un traiteur et danser jusqu’à l’aube au rythme de la musique du DJ Guy.

Le Pr Sacy présentera les défis auxquels Assameh fait face. Cette année, l’association a décidé de mettre les femmes à l’honneur. Et elles sont nombreuses : Danièle de Picciotto, Lama Salam, Mona Hraoui, Leila Solh Hamadé, Nora Joumblatt, Viviane Debbas, Mireille Girard, Tania Chapuisat, Geneviève Begdokian, Tonia Chaoui, Karen Sacre, Nadine Mokdessi ou encore la réalisatrice Nadine Labaki, auteure du film Capharnaüm. Dans ce dernier, elle raconte l’histoire d’un garçon issu d’une famille défavorisée qui enchaîne les mésaventures avant d’atterrir en prison. Il finit par avoir l’occasion de porter plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. « À travers ce film, elle décrit une histoire qui reflète la réalité du pays, argumente le Pr Sacy. Certains spectateurs, en sortant de la séance, ont dit : “Elle exagère, Nadine Labaki.” À ceux-là, je réponds : venez à l’hôpital de la Quarantaine, et vous verrez. »

Pour plus de renseignements, contacter le Pr Robert Sacy au +961/3/201455 ou par courriel à robertgsacy@gmail.com.

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