Souvent trahie par son corps depuis plus d’un an et demi, Serena Williams, âgée de 37 ans, toujours en quête d’un 24e titre majeur, n’a disputé qu’un match sur terre battue en un an et va se présenter au tournoi du grand chelem de Roland-Garros, qui débute dans trois jours, sans véritable repère.
Y arrivera-t-elle ? Cette question hante le circuit féminin depuis près de deux ans et demi, depuis que l’ancienne n° 1 mondiale a remporté son 23e titre du grand chelem à Melbourne en janvier 2017. Presque inenvisageable il y a quelques années, le record de Margaret Court (24 trophées entre 1959 et 1975) avait atteint le champ des possibles. Assez vite, beaucoup de joueuses, dont Margaret Court elle-même, d’anciennes stars du tennis ou des commentateurs avaient estimé que ce n’était désormais plus qu’une question de temps. Une conviction qui perdure… « Serena Williams battra le record de Margaret », a par exemple récemment pronostiqué la nouvelle coach de Karolina Pliskova (n° 2 mondiale), l’ancienne tenniswoman espagnole Conchita Martinez.
Psychodrame
Mais voilà, à 37 ans, c’est justement le temps qui pourrait peut-être manquer à Serena Williams. Car depuis son sacre australien, le compteur est resté bloqué. Entre-temps, l’Américaine a accouché d’une fille en septembre 2017 et quitté le circuit pendant plus d’un an, pour le retrouver en mars 2018 à Indian Wells. Un come-back timide en Californie suivi quelques semaines plus tard par Roland-Garros, première occasion d’égaler le fameux record après sa maternité. Un come-back remarqué, notamment en raison de la combinaison tout en noir portée par l’Américaine. Mais pour son retour sur terre, Serena n’avait pu enchaîner comme elle le souhaitait, contrainte à l’abandon après trois matches, juste avant le choc des reines en 8es de finale face à Maria Sharapova, qui ne sera pas là cette fois.
Cette étape parisienne écourtée n’avait pourtant pas entamé son ambition. Car ensuite, elle est parvenue à toucher du doigt son objectif. Mais juste touché. Elle a en effet calé deux fois en finale de grand chelem, à Londres (Wimbledon, face à Angelique Kerber) et New York (US Open, face à Naomi Osaka), théâtre d’un psychodrame. Aux États-Unis, ses nerfs avaient lâché. Ses larmes et sa passe d’armes avec l’arbitre avaient éclipsé un match à sens unique en faveur de Naomi Osaka, la désormais n° 1 mondiale. Le rêve est passé tout près...
Du coup, à chaque étape du grand chelem, l’équation est la même pour la 10e joueuse mondiale. Mais à Roland-Garros, un tournoi qu’elle a remporté à trois reprises (2002, 2013 et 2015), les données sont toutefois un peu plus complexes. La terre battue, une surface plus exigeante physiquement, n’est pas sa surface préférée en dépit de ses trois couronnes parisiennes. « Pour son jeu, c’est peut-être la surface la moins favorable », confirme son entraîneur, Patrick Mouratoglou, au quotidien sportif français L’Équipe. Sa première partie de saison n’offre aucune garantie sur sa capacité à tenir le rythme. Neuf matches joués, un seul sur terre, et trois forfaits en cours de tournoi (Rome, Indian Wells, Miami). Touchée à son genou droit, elle n’a pas joué sur le circuit pendant deux mois et demi entre Miami et Rome. « Ce n’était pas un choix, c’était par la force des choses. Je voulais être sur le circuit et jouer, mais ça ne fonctionnait pas », avait-elle expliqué après son premier match sur terre battue à Rome. Une période que l’Américaine n’a pas vraiment adoré : « Quand vous êtes sédentaire, ça devient compliqué de se gérer physiquement. En gros, vous devez manger de l’herbe. C’était un cauchemar », avait-elle raconté.
C’est encore son genou droit qui l’a contrainte à l’abandon à Rome après son premier match sur terre battue cette saison. Beaucoup – trop ? –
d’inconnues précèdent donc son arrivée à la porte d’Auteuil. « Elle a gagné Roland-Garros en 2015 avec 40 degrés de fièvre », a rappelé récemment Patrick Mouratoglou, histoire de laisser la porte ouverte à une belle surprise.
Cyril TOUAUX/AFP

