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Manifestations aux Etats-Unis contre l'offensive anti-avortement



AFP
21/05/2019

"Très inquiets" mais déterminés à "se battre", des Américains manifestaient mardi pour défendre le droit à l'avortement qui, 46 ans après avoir été validé par la Cour suprême des Etats-Unis, est attaqué frontalement par plusieurs Etats conservateurs.

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies à la mi-journée devant la haute Cour à Washington pour dénoncer les lois d'une quinzaine d'Etats, dont l'Alabama et la Géorgie, interdisant ou limitant drastiquement l'accès aux interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Dénonçant "une guerre contre les femmes", les manifestants --dont de nombreux prétendants démocrates à la Maison Blanche-- ont imploré les neuf juges du temple du droit américain de ne pas céder à cette offensive inédite.

"Il faut que la Cour suprême respecte Roe v. Wade", a déclaré Judy Gelber, 61 ans, en référence à l'arrêt historique de 1973 qui a légalisé le droit des femmes à avorter tant que le foetus n'est pas viable (vers la 24e semaine).

Mais "je suis très inquiète", a ajouté cette mère de deux enfants en confiant à l'AFP avoir avorté dans sa jeunesse. "Je ne sais pas comment j'aurais fait si cela n'avait pas été légal".

C'est une "catastrophe", a renchéri Robin Pereira, 23 ans, qui se dit "furieuse et déçue" mais "pas surprise". "Après l'élection de Donald Trump, on savait qu'ils grignoteraient nos libertés dans le domaine de la reproduction", explique-t-elle.

Pendant sa campagne, le milliardaire républicain a conquis la droite religieuse en promettant de nommer à la Cour suprême uniquement des juges hostiles aux IVG. Depuis son élection, il a fait entrer deux magistrats à la haute Cour, ce qui a placé les progressistes en minorité (quatre juges sur neuf).

Galvanisés par ce remaniement, plusieurs Etats ont adopté des lois réprimant sévèrement l'avortement, dans le but affiché de fournir une occasion à la Cour de revenir sur sa décision de 1973.


2020

L'Alabama est allé le plus loin dans cette logique. Une loi, promulguée la semaine dernière, assimile l'avortement à un homicide et prévoit des peines pouvant aller jusqu'à 99 ans de prison pour les médecins. Il prévoit une dérogation en cas de danger vital pour la mère, mais pas en cas de viol ou d'inceste.

Dans la même veine, le Kentucky et le Mississippi, parmi d'autres, ont interdit l'avortement dès que les battements du coeur du foetus peuvent être détectés (vers six semaines de grossesse) tandis que le Missouri a interdit cette semaine l'IVG à partir de huit semaines de grossesse.

"Je suis très inquiet: des protections que nous pensions acquises depuis près de 50 ans pourraient très bien disparaître", relève Zak Butterfield, 45 ans. Pour lui, il faut désormais "mettre les bonnes personnes au Sénat et à la Maison Blanche".

Selon la Constitution, le président américain nomme à vie les juges de la Cour suprême et ils sont ensuite confirmés par le Sénat. Deux juges progressistes étant octogénaires, un second mandat de Donald Trump pourrait ancrer durablement la haute juridiction dans le conservatisme.

Le sujet devrait occuper une place importante dans la campagne en vue de la présidentielle de 2020. Deux tiers des Américains pensent que l'avortement doit être légal, selon une étude de l'institut Pew Center réalisée en 2018.

Plusieurs candidats à la primaire démocrate, dont Amy Klobuchar et Pete Buttigieg, ont d'ailleurs participé au rassemblement à Washington. "Nous allons nous battre" pour "ces droits humains de base", a déclaré l'une de ces prétendantes, la sénatrice Kirsten Gillibrand.

D'autres manifestations sont prévues mardi dans tout le pays, notamment en Californie et à New York mais aussi dans le sud religieux et conservateur, la fameuse "Bible Belt".

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