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Culture

Zad Moultaka à Venise avec les murmures des ombres du passé...

Installation

C’est à l’église Santa Maria della Vizitazione que l’artiste libanais officie sa dernière performance sonore intitulée « Vocal Shadows » qui accompagne l’installation « La mort de James Lee Byars » de l’artiste américain décédé en 1997. Un fleuron original et parfaitement hors des sentiers battus, au tableau de chasse créatif du compositeur d’« Anachid ».

18/05/2019

Après le succès retentissant de son installation pluridisciplinaire Shamas, Soleil noir dans la ville des Doges, voilà que Zad Moultaka récidive l’aventure de la créativité en participant à la Biennale 2019 de la Sérénissime avec une œuvre sonore accompagnant l’installation La mort de James Byars, où le musicien et plasticien libanais est en dialogue spirituel et mystique avec un artiste conceptuel américain décédé en 1997.

Comme d’habitude, Zad Moultaka n’a pas de projets banals. C’est en se tournant vers le passé, les civilisations englouties et les parts d’ombre qui illuminent encore le parcours humain qu’il se fraye un chemin particulier et articule sa musique, ses installations et son message. Aujourd’hui, il dialogue avec un artiste disparu depuis plus d’une vingtaine d’années. Le résultat ? Une vibrante invocation dans la piété et la spiritualité d’une église à voir jusqu’au 24 novembre. James Lee Byars, artiste conceptuel minimaliste mort à 65 ans au Caire, a laissé derrière lui des motifs ésotériques, des sculptures et des performances, notamment une sombrement prémonitoire intitulée La mort de James Lee Byars. Le collectionneur bruxellois qui a acheté l’œuvre de Byars avec autorisation de la reproduire a demandé à Zad Moultaka de composer une musique pour l’accompagner et qui sera diffusée à travers seize haut-parleurs disposés dans l’église vide à Venise. Dans une mise en scène conçue par l’artiste américain décédé, le galeriste bruxellois a reconstruit en six mètres de haut de grands cubes passés à la feuille d’or (on pense aux magnificences de l’Égypte des pharaons) sertis d’ornements en diamants et accompagnés d’un sarcophage… Symboles pertinents de la vie et de la mort, de la grandeur et de la pourriture, de l’éphémère et de l’éternel, les deux faces de Janus pour toute traversée humaine.

Moultaka revient ainsi à la Biennale de Venise, mais cette fois avec le collectionneur bruxellois Walter Vanhaerents, pour un événement officiel « collatéral ». L’artiste explique son œuvre sonore empreinte de spiritualité et qui fait miroiter les ors qui ont investi les lieux en ces termes : « Le souffle : la chose la plus intime chez l’homme. L’idée est que tout commence par le centre de l’église avec les souffles qui sont partout. Le spectateur, quand il marche, va vivre l’expérience de l’intériorité et cette matière de souffle va se transformer petit à petit, elle va sortir du centre pour remplir de plus en plus l’espace de l’église. Le souffle se transforme en chant et la pièce se termine derrière l’autel. On se demande si les chanteurs sont là ! Tout se joue sur la notion de l’absence et de la présence, notion sur laquelle j’ai beaucoup travaillé et qui était chère à James Lee Byars. Les instruments sont le souffle et la voix humaine, et l’on entend comme des cloches qui traversent l’espace d’un endroit à l’autre de la nef vers l’entrée de l’église : ce sont des sculptures en bronze sur lesquelles j’ai frappé, comme une horloge déglinguée, comme si le temps avait vieilli et arrêté l’élan des choses. » Pour Walter Vanhaerents, la part sonore de l’artiste libanais « joue un rôle majeur. C’est un requiem pour seize voix basé sur d’anciens textes égyptiens sur la mort. Il y a aussi un texte de Jean l’Apôtre. On écoute ces mots : “Le vent souffle où il veut. Vous pouvez l’entendre, mais vous ne savez pas d’où il vient ni où il va. C’est aussi comme si quelqu’un avait une nouvelle vie par l’esprit de Dieu”. »

S’ajoutent à cela, entre autel, rosaces, vitraux colorés, crucifix, odeur d’encens, ex-voto, cierges dans leurs bougeoirs ou candélabres et images saintes, la musique de Zad Moultaka. Une musique – entre chant indiscernable des anges, murmures profonds, susurrement indistinct, chuchotis, bruissement, effleurement, feulement – reliée à l’Égypte ancienne ou au chamanisme. Ce « Vocal Shadows » (Ombres vocales) dure onze minutes, une sorte d’homélie et d’oraison funèbre sondant les abysses de l’âme sur l’art, la vie, la beauté, la mort, la santé, la maladie, la grandeur, la décadence, les sommets, les chutes…

Un chant de la mort où la vie n’est cependant pas exclue puisque au dehors de l’enceinte de l’église, l’écho des hommes en activité quotidienne a aussi droit de cité et enlace ce carré de la sainteté, ces lieux de recueillement, solitaires et isolés, habités par la dévotion à Dieu.

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