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Liban

Deux journalistes, Fida’ Itani et Nawal Lichaa Abboud, dans le collimateur de la justice

Liberté de la presse

Alors que le monde célébrait hier la Journée de la liberté de la presse, au Liban, de plus en plus de journalistes – ou d’usagers des réseaux sociaux – se retrouvent devant les tribunaux pour des délits de presse ou d’opinion, notamment des critiques de responsables politiques.

04/05/2019

Deux journalistes, Fida’ Itani et Nawal Lichaa Abboud, se sont encore retrouvés ces deux derniers jours dans le collimateur de la justice, signe patenté d’un climat de plus en plus oppressant en matière de libertés au Liban.

Fida’ Itani, ancien journaliste au quotidien al-Akhbar, exilé à Londres et connu pour ses positions hostiles au Hezbollah, au Courant patriotique libre de Gebran Bassil et au régime Assad, a publié jeudi sur sa page Facebook plusieurs documents de justice en vertu desquels il a été récemment condamné au total à 22 mois de prison et à des amendes s’élevant à 75 millions de livres libanaises (50 000 dollars).

« Dix-huit mois de prison pour Gebran Bassil et quatre mois de prison pour avoir écrit La poubelle de (du président de la République) Michel Aoun », a écrit Fida’ Itani dans son message. Il explique que les peines pour lesquelles il a été condamné par contumace concernent notamment un message qu’il avait partagé sur Facebook le 30 juin 2017. Dans cette publication, le journaliste évoquait « la maltraitance des réfugiés », une « petite fille renversée » et des « meurtres au hasard », et y critique vertement aussi le président de la République Michel Aoun, le Hezbollah, les « haines de la maronité politique », « (le Premier ministre) Saad (Hariri), (l’ancien ministre de l’Intérieur Nouhad) Machnouk et (le responsable au sein du Hezbollah Wafic) Safa », ainsi que le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

« Je fais pour le moment l’objet de neuf condamnations, toutes suite à des procès intentés contre moi par Gebran Bassil », a précisé le journaliste, contacté hier par L’Orient-Le Jour.

Le 22 octobre dernier, la justice libanaise avait déjà condamné M. Itani par contumace à deux mois de prison et une amende de 35 millions de livres libanaises (plus de 23 000 dollars) pour diffamation à l’égard du chef du CPL, ce dernier ayant porté une série de plaintes contre lui.

En juin dernier également, Fida’ Itani avait été condamné à quatre mois de prison et une amende de 10 millions de livres libanaises (un peu plus de 6 660 dollars), toujours pour diffamation contre Gebran Bassil, ainsi que contre le président de la République Michel Aoun.

Nawal Lichaa Abboud devant le tribunal des imprimés

Par ailleurs, le Club de la presse a annoncé jeudi que la journaliste radio Nawal Lichaa Abboud, qui travaille pour la Voix du Liban (VDL, 100.5), a été convoquée par le tribunal des imprimés et doit se présenter devant la justice jeudi prochain, après une plainte déposée contre elle par le recteur de l’Université libanaise, Fouad Ayoub. « Sa convocation concerne une émission de son programme radio “No’ta aal satr” qui remonte à cinq mois environ », explique à L’Orient-Le Jour Widad Jarbouh, chercheuse et journaliste au centre SKeyes (Fondation Samir Kassir) pour la liberté de la presse. « Les discussions durant l’émission portaient sur le manque de qualification présumé de certains enseignants et responsables au sein de l’UL, et des questions autour des diplômes du recteur de l’université ont été soulevées », explique Widad Jarbouh.

Plusieurs collègues du recteur de l’UL l’accusent de vouloir « entacher l’image » de l’université. Fin 2018, M. Ayoub avait intenté plusieurs procès en diffamation contre des journalistes, un ancien administrateur de l’UL et un professeur à la retraite, Issam Khalifé.

« Nawal Lichaa Abboud se présentera devant le tribunal des imprimés jeudi prochain. Elle m’a dit qu’elle le fera par respect pour la justice », explique Widad Jarbouh.

Sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, de nombreux internautes ont exprimé leur solidarité avec la jeune femme, lançant un mot-dièse en son nom.

Vague de condamnations

Si le ministre de l’Information Jamal Jarrah n’a pas réagi hier à ces deux affaires, plusieurs responsables politiques ont affiché leur soutien à la journaliste. C’est le cas du député Élias Hankache (Kataëb). « Sans la liberté, le Liban n’existerait pas. Le Liban... Point à la ligne », a écrit le député sur Twitter, en référence au nom de l’émission radio de Mme Lichaa Abboud.

Le député Nadim Gemayel (Kataëb) a lui aussi apporté son soutien à la journaliste. « La Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée au moment où le Liban officiel s’attelle à pourchasser les journalistes et les poursuivre en justice. Qu’en est-il de la liberté d’expression consacrée par la Constitution ? » s’est-il interrogé.

L’ancien ministre de la Justice Achraf Rifi a pour sa part estimé que « les poursuites contre Nawal Lichaa Abboud, qui exerçait son rôle médiatique, est une tache noire pour la liberté d’expression et de la presse, et un indicateur d’une dérive dangereuse ».

Le Bloc national s’est dit de son côté « contre les sanctions qui prévoient l’incarcération pour les journalistes ou toute autre personne ayant exprimé son opinion », en allusion à la peine de prison requise contre Fida’ Itani. Le parti appelle à remplacer ce genre de peines par « des amendes raisonnables ». Il a enfin rappelé que la Constitution est « fondée sur le respect de la liberté de pensée et garantit ce droit dans le cadre de la loi ».

L’Union catholique internationale de la presse-Liban (UCIP) a quant à elle parlé d’un « nouveau choc » en apprenant la nouvelle de la convocation en justice de la journaliste, évoquant « une atteinte à la liberté d’expression, l’un des droits les plus sacrés du corps journalistique ».

Ces derniers mois, les poursuites contre des journalistes et autres militants se sont multipliées, notamment pour des écrits sur les réseaux sociaux critiquant certains responsables politiques ou tournant en dérision des symboles religieux. Le Liban s’est ainsi retrouvé à la 101e place sur 180 pays dans le classement annuel des libertés de la presse de Reporters sans frontières, qui dénonce des arrestations fréquentes de journalistes en ligne et de blogueurs.

Selon le rapport, le Liban, qui a perdu une place depuis le dernier classement, est caractérisé par « une réelle liberté de ton dans les médias locaux », même si « ces derniers restent néanmoins extrêmement politisés et polarisés ».

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TrucMuche

L'idée qu'il puisse y avoir un ministère de
l'information reste une hérésie.
La liberté doit être totale au Liban.
Nos dirigeants politiques doivent partir et rendre
les fortunes accumulées pendant leur passage,
ou celui de leurs parents, au pouvoir.

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