Photo AFP / Maxim ZMEYEV
La justice russe a condamné mardi à 14 années de prison un retraité norvégien accusé d'avoir collecté des informations sur les sous-marins nucléaires russes, dans une affaire d'espionnage à l'origine de tensions entre la Moscou et Oslo.
Frode Berg, 63 ans, qui avait travaillé dans le passé pour une agence gouvernementale norvégienne chargée de veiller au respect de l'accord frontalier entre la Norvège et la Russie, était jugé à huis-clos à Moscou après avoir été arrêté en décembre 2017.
Mardi, le juge Andreï Souvorov l'a reconnu coupable d'espionnage et l'a condamné à 14 ans de prison à régime sévère à l'issue d'une dernière journée de procès qui était pour la première journée ouvert à la presse, dans une affaire dont les contours restent flous.
Selon son avocat russe Ilia Novikov, le retraité norvégien est accusé d'avoir essayé "d'obtenir des informations classifiées sur les sous-marins russes".
Celui-ci a admis avoir aidé les services norvégiens en faisant office de courrier à plusieurs reprises, mais assure qu'il ignorait ce dont il retournait et "n'avait pas compris qu'il s'agissait de tentatives d'espionnage norvégiennes", a indiqué début avril son avocat norvégien, Brynjulf Risnes.
En décembre 2018, un ancien policier russe accusé de lui avoir transmis des informations a été condamné à 13 ans de camp par un tribunal moscovite.
Frode Berg, la mine fatiguée, a accepté sans émotion apparente sa sentence même si, selon l'avocat Ilia Novikov, celle-ci "n'est pas légère même selon les standards russes". "Il a 63 ans et vu les conditions dans les prisons russes, c'est simplement une peine de prison à vie", a-t-il ajouté.
Il a précisé que son client ne comptait pas faire appel mais comptait demander une grâce présidentielle à Vladimir Poutine.
Il "attend que son gouvernement entreprenne les efforts diplomatiques" pour sa libération, a poursuivi l'avocat en assurant que Frode Berg "a été utilisé sans le savoir".
"Il a été complètement prouvé que le citoyen étranger (Frode Berg) a participé à des actes d'espionnage à la demande du renseignement norvégien pour collecter des secrets d'Etat", ont commenté les services de sécurité russes, le FSB, cité par les agences de presse russes.
"Il existe des éléments qui indiquent que les services secrets norvégiens (FET) sont impliqués dans l'affaire", a déclaré mardi Brynjulf Risnes, présent au tribunal à Moscou.
"Cela en fait à la fois un scandale professionnel et potentiellement politique en Norvège. Dès qu'il reviendra en Norvège, une autre phase du scandale commencera: découvrir ce qui s'est vraiment passé", a-t-il poursuivi
Le président russe Vladimir Poutine a laissé entendre la semaine dernière que le retraité norvégien pourrait être gracié après le verdict.
"Une personne ne peut être graciée que si elle a été condamnée. Et il (Berg) n'a pas été condamné", a-t-il déclaré au cours d'une rencontre avec la Première ministre norvégienne, Erna Solberg.
"Comme dans tout pays, nos tribunaux déterminent les peines, les responsabilités, et l'innocence ou la culpabilité", a-t-il ajouté, cité par l'agence Ria Novosti.
La détention de M. Berg a provoqué des tensions entre la Russie et la Norvège, deux pays qui partagent une courte frontière terrestre et entretiennent généralement des relations de bon voisinage.
La Russie s'est trouvée au coeur de plusieurs affaires d'espionnage retentissantes ces dernières années, sur son sol comme à l'étranger.
Parmi ces affaires, figurent notamment l'empoisonnement en mars 2018 d'un ancien agent double russe, Sergueï Skripal, et de sa fille en Grande-Bretagne, attribué à Moscou par les responsables britanniques. Le Kremlin a démenti toute implication.
En Russie, l'Américano-britannique Paul Whelan est détenu depuis fin décembre pour des soupçons d'espionnage qu'il dément.
En mars, M. Poutine avait indiqué que des centaines d'espions travaillant au service de pays étrangers avaient été démasqués l'an dernier.


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