Photo d'archives AFP
Moins d'impôts et plus de justice fiscale, mais aussi d'écologie et de santé: le gouvernement français fait lundi la synthèse du "grand débat national", lancé pour tenter d'apaiser la colère des "gilets jaunes", avant le délicat choix par Emmanuel Macron des mesures concrètes.
Selon les documents de synthèse consultés par l'AFP, la baisse des impôts revient sans surprise comme l'une des principales suggestions. Le souhait d'une plus grande justice fiscale se traduit par des soutiens notables au rétablissement de l'impôt sur la fortune (ISF), qui taxait les plus riches et dont la transformation en impôts sur la seule fortune immobilière est vivement critiquée par les "gilets jaunes".
L'idée "que tout le monde paie l'impôt" a remporté un important soutien lors du grand débat.
En revanche, les dépenses publiques à réduire restent "imprécises", relève la note du gouvernement.
Le Premier ministre Edouard Philippe, qui fait la synthèse du grand débat pendant toute la matinée, a réuni 500 personnes: près de la moitié du gouvernement, les cinq personnalités "garantes" de l'indépendance du débat, de simples citoyens, des représentants des associations et corps intermédiaires, des maires... Ainsi qu'une centaine de directeurs d'administration, "car ils seront amenés à mettre en oeuvre les décisions issues du grand débat", selon un conseiller de l'exécutif. M. Philippe doit prendre la parole en milieu de journée.
Le compte rendu se fait sur la base d'une synthèse de quelque 1.500 pages qui résume les doléances des Français recueillies pendant plus de deux mois.
Le "grand débat national" ("GDN"), un format inédit, avait été lancé par Emmanuel Macron afin de dénouer la pire crise survenue depuis son accession au pouvoir en 2017, celle des "gilets jaunes", ces Français qui protestent depuis près de cinq mois contre la politique fiscale et sociale du président.
La mobilisation s'est largement essoufflée. Ils n'étaient plus qu'environ 22.000 samedi dernier, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur contestés par les "gilets jaunes", à manifester à travers la France, contre 282.000 le 17 novembre, leur premier samedi d'action.
Une majorité de ceux qui ont répondu aux questionnaires sur le site internet du GDN s'est par ailleurs prononcée en faveur de la prise en compte du vote blanc, de la réduction du nombre d'élus hors parlementaires ou encore de l'extension du référendum d'initiative partagée, selon les données exploitées par l'AFP.
Mardi et mercredi, deux débats sans vote seront organisés au Parlement en présence d'Edouard Philippe, puis ce sera au tour du chef de l'Etat d'annoncer de premières mesures à la mi-avril, probablement avant Pâques. Selon son entourage, il pourrait égrener des décisions jusqu'à l'été, enjambant les élections européennes du 26 mai.
M. Macron devra affronter le scepticisme de l'opinion: selon un sondage Elabe publié jeudi, 68% des Français estiment que les points de vue exprimés ne seront pas pris en compte, et 79% pensent que le grand débat ne résoudra pas la crise politique actuelle.
Si le GDN a été pour M. Macron une bouffée d'air, sans pour autant éteindre la fronde des "gilets jaunes", le chef de l'Etat fait dorénavant face à un exercice périlleux: "les Français ont pu tout dire. Le président ne pourra pas tout faire", résume le quotidien de droite Le Figaro, pour qui M. Macron a "un devoir d'inventer et de surprendre".
Le président a tout récemment averti qu'il ne pourrait pas donner "66 millions de réponses", soit autant que le nombre de Français, soulignant l'individualisme des demandes citoyennes, souvent contradictoires et difficiles à synthétiser.
"La sortie du grand débat a des allures de mission impossible", en conclut Le Figaro.


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