Des soldats israéliens au Liban-Sud en 1982. Photo sous licence Creative Commons
Israël a récupéré, 37 ans après, le corps d’un soldat porté disparu depuis la bataille de Sultan Yaacoub, qui avait mis aux prises les armées israélienne et syrienne dans la plaine de la Békaa près de la frontière syrienne entre le 10 et le 11 juin 1982, a annoncé hier un des porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.
Les autorités libanaises se sont abstenues hier de réagir à cette annonce, alors que la presse israélienne évoque un rôle russe dans l’affaire.
Le corps de Zachary Baumel, né aux États-Unis et porté disparu depuis la bataille de Sultan Yaacoub, est en Israël, a dit l’officier israélien à la presse en gardant le silence sur les circonstances dans lesquelles sa dépouille avait été récupérée. Deux autres soldats restent portés disparus depuis cette bataille, selon lui. La dépouille de Zachary Baumel, récupérée au cours d’une opération baptisée « Chanson douce-amère », a été formellement identifiée grâce à son ADN par la médecine légiste, a-t-il ajouté. Les proches du sergent israélien et des deux autres soldats portés disparus ont été informés peu avant cette annonce, a-t-il dit.
Selon le Haaretz, 20 soldats israéliens ont été tués lors de cette bataille. Deux soldats détenus et la dépouille d’un troisième avaient été rendus à Israël en 1984 et 1985. Trois soldats étaient toujours portés disparus. Outre Baumel, il s’agit de Zvi Feldman et de Yehuda Katz, dont le sort reste inconnu, précise le Haaretz. Selon le quotidien israélien, les soldats disparus auraient pu être tombés entre les mains d’organisations palestiniennes en Syrie.
Dans le cadre des négociations entre Israéliens et l’OLP dans les années 90, Yasser Arafat avait donné en novembre 1993 à un émissaire du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, une partie de la plaque d’identification du soldat Baumel, rapporte le Haaretz. Par la suite, une équipe dédiée, liée à différents services israéliens, avait poursuivi l’enquête pour déterminer le sort du soldat.
Via un pays tiers
Le Jerusalem Post rapporte de son côté que le corps de Baumel a été rapatrié en Israël il y a plusieurs jours via un pays tiers à bord d’un vol de la compagnie israélienne El Al. Un autre porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Ronen Manelis, a affirmé au quotidien israélien qu « il n’y a pas eu d’échange de prisonniers » pour le rapatriement du corps de Baumel, ajoutant qu’il s’agissait d’une opération menée par les services de renseignements israéliens.
Le général Manelis n’a pas précisé où le corps avait été enterré toutes ces années, mais en septembre dernier, rappelle le quotidien israélien, la Russie avait déclaré que ses militaires travaillaient avec Israël dans le cadre d’une opération pour localiser la dépouille d’un soldat israélien en territoire syrien.
« Israël a demandé l’aide de la Russie pour retrouver les dépouilles de soldats israéliens situées dans des endroits spécifiques de Syrie. La recherche a été organisée après que la Russie a accepté l’opération avec nos partenaires syriens », avait déclaré le général Igor Konashenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, fin septembre 2018. « Cette opération de recherche spéciale a été conduite dans une zone de combat contrôlée par l’État islamique », avait-il ajouté, précisant qu’un soldat russe avait été blessé lors de l’opération par les jihadistes de l’EI. Des déclarations faites quelques jours après que des batteries syriennes avaient abattu par erreur un avion russe lors d'une opération aérienne israélienne, tuant 15 soldats.
En mai dernier, toujours selon le Jerusalem Post, un cadre de l’OLP avait affirmé que l’EI avait exhumé des tombes du cimetière juif de Damas où, selon des rumeurs, les corps des soldats auraient pu être enterrés.
Netanyahu en Russie
L’annonce du rapatriement du soldat a été faite à la veille d’une visite du Premier ministre Netanyahu en Russie, où il doit rencontrer le président Vladimir Poutine, et à six jours de législatives israéliennes à l’issue incertaine. Il s’agira de la première rencontre entre les deux hommes depuis la reconnaissance, le 25 mars par le président américain Donald Trump, de la souveraineté israélienne sur la partie du plateau du Golan syrien annexée par Israël. MM. Netanyahu et Poutine s’étaient entretenus lundi au téléphone de « sujets régionaux », selon un communiqué du bureau du Premier ministre israélien.
Lors d’une conférence de presse qu’il a tenue hier depuis son bureau, le Premier ministre israélien a « remercié la communauté du renseignement israélienne pour ses immenses efforts » qui ont permis le retour de la dépouille du soldat Baumel, rapporte la presse israélienne. Le chef du gouvernement israélien a également promis que davantage de détails sur cette opération seraient rendus publics ultérieurement.
C’est avec son mélange de cynisme et de laconisme que le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a commenté cette affaire hier soir sur son compte Twitter : « Dans le jeu des nations qui scelle le destin des peuples, la remise de la dépouille d’un soldat israélien à travers des médiateurs inconnus constitue un cadeau gratuit mais de valeur à Netanyahu dans sa course électorale. Bravo, le régime syrien, fer de lance de la moumanaa arabe, régionale et universelle. »

