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Moyen Orient et Monde

En Syrie, les déplacés d’al-Hol manquent presque de tout

Reportage

Initialement conçu pour accueillir 20 000 personnes au maximum, le camp abrite aujourd’hui plus de 70 000 déplacés.

OLJ
30/03/2019

Tentes inondées, enfants souffrant de diarrhée, mères incapables d’allaiter parce qu’elles ne mangent pas assez. Dans le camp de déplacés d’al-Hol en Syrie, civils et familles du groupe État islamique (EI) sortis du « califat » déchu survivent dans des conditions extrêmes.

Les tentes s’étalent à perte de vue, des bâches blanches frappées du logo de l’agence de l’ONU pour les réfugiés sont plantées au milieu des flaques d’eau, des monticules de poubelles et de grosses citernes rouges où les déplacés viennent s’approvisionner en eau.

Dans les allées, rendues boueuses par la pluie, on parle syrien, irakien, français, allemand. Souvent pour dénoncer le manque de nourriture et de soins. « C’est une vie tragique. On manque de tout. J’ai dû emprunter de l’argent pour acheter des couches », lâche Najwa Jolane, coincée là depuis trois mois et demi.

Initialement conçu pour accueillir 20 000 personnes au maximum selon l’Unicef, le camp d’al-Hol dans la province de Hassaké (Nord-Est) abrite aujourd’hui plus de 70 000 déplacés. Une véritable cité. Et pour cause : l’exode massif ces derniers mois depuis l’ultime réduit de l’EI dans la province orientale de Deir ez-Zor, conquis par une alliance arabo-kurde au terme d’une offensive d’envergure.

Devant les hangars du Programme alimentaire mondial (PAM), des files interminables de femmes. Toutes portent le niqab noir. Pour transporter les déplacés venus récupérer des aides – huile, houmous en conserve, fèves, sucre et thé notamment –, des camionnettes font la navette tant le camp est vaste.

Maman à 17 ans

« Quand il a plu, notre tente a été inondée, on est allés chez les voisins », lâche Mme Jolane, une maman de 20 ans, disant être originaire de Hajine, une localité de l’Est arrachée à l’EI en décembre.

Calé contre sa hanche, son petit garçon aux pieds nus couverts d’une boue sèche et craquelée.

Selon les agences humanitaires, la situation est dramatique à al-Hol, où femmes et enfants représentent 70 % de la population. Les autorités kurdes ont tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme et réclament inlassablement de l’aide.

« Les conditions humanitaires sont extrêmement critiques », reconnaît une porte-parole du PAM en Syrie, Marwa Awad, rapportant « des cas de malnutrition, de déshydratation et de diarrhée ».

Son organisation distribue des rations prêtes à manger, des provisions et des compléments alimentaires pour les femmes et les enfants. Installée ici depuis un mois, une Syrienne refusant de donner son nom s’insurge. « J’ai une fille de trois ans, elle est malade depuis notre arrivée. Elle vomit et a une diarrhée persistante. (...) On est arrivés à bord de véhicules découverts. Les enfants sont tombés malades, beaucoup sont morts en route. » Depuis décembre, au moins 140 personnes, surtout des enfants, sont mortes lors de leur transport vers al-Hol ou juste après leur arrivée, selon le Comité international de secours (IRC). Aya, 17 ans, est au camp depuis deux semaines. Elle est déjà maman de deux enfants, dont un bébé de cinq mois « très, très maigre ». Son premier époux, un ancien combattant jihadiste, est décédé. « Depuis que je suis là, mon fils a maigri, il n’était pas comme ça », lâche la jeune femme originaire de Raqqa, ex-capitale de facto de l’EI dans le Nord syrien. Depuis deux ans, elle suivait les jihadistes chassés d’une localité après l’autre. D’après l’ONG Save the Children, près d’un tiers des enfants de moins de cinq ans reçus par ses équipes souffrent d’une malnutrition aiguë.

« On n’a pas à manger et pas d’argent »

Les familles les plus chanceuses ont leur propre tente, les autres cohabitent dans de grands hangars couverts.

« Il y a actuellement 10 000 personnes qui vivent dans de larges tentes communes qui n’offrent aucune intimité », reconnaît Paul Donohoe du IRC. Dans le carré jihadiste réservé aux étrangères, sont entassés sous haute surveillance plus de 9 000 femmes et enfants, venus de France, d’Allemagne ou de Belgique notamment. « On ne peut pas rester ici, on n’a pas à manger, pas d’argent », crie Romina Scheer, jeune Allemande enveloppée dans un niqab noir, arrivée en décembre 2014 en Syrie où elle a épousé un compatriote combattant de l’EI. Elle sert contre sa poitrine son bébé de trois mois, Mohammad. « Je ne peux pas allaiter parce que je ne mange pas assez », déplore cette maman de trois enfants, dont l’aîné de huit ans se tient à ses côtés. « Tous les jours, mes enfants me demandent quand on va rentrer à la maison. Je leur dis ça dépend de notre pays, s’il nous reprend. »

Tony GAMAL-GABRIEL / AFP

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