Selon une étude publiée en octobre denrier dans la revue « Hormones and Cancer », « statistiquement, le cancer de la prostate n’est pas lié à un excès de testostérone ». Photo Bigstock
Contrairement à l’idée qui prédomine depuis des décennies, le cancer de la prostate n’est pas lié à un excès de testostérone, conclut après des années de recherche le Pr Henry Botto, ancien chef du service d’urologie de l’hôpital Foch, en France. Le spécialiste appelle à remettre en cause l’approche actuelle de cette maladie.
« Cela fait soixante-dix ans qu’on nous apprend que le cancer de la prostate est dû à la testostérone », mais « ça n’a jamais été montré », martèle-t-il. Or la vaste étude menée par le chercheur conclut que « statistiquement, le cancer de la prostate n’est pas lié à un excès de testostérone » et même que la forme grave de la maladie « est beaucoup plus fréquente chez les gens qui ont un déficit » de cette hormone mâle, explique-t-il.
Ces résultats devraient amener la communauté médicale à remettre en cause les traitements antihormonaux en cas de cancer de la prostate localisé (sans métastases) et à arrêter de diaboliser l’administration de testostérone chez l’homme d’âge mûr, estime le Pr Botto.
Les recommandations de prise en charge actuelles du cancer de la prostate dérivent des travaux menés dans les années 1930 par l’Américain d’origine canadienne Charles Huggins, prix Nobel de médecine en 1966, montrant que bloquer la sécrétion hormonale des testicules a un effet positif sur l’évolution du cancer. « De là, on décréta qu’il fallait castrer chirurgicalement ou médicalement tous les sujets porteurs d’un cancer de la prostate », résume le Pr Botto. Mais on se rendra compte par la suite que cet effet n’est que transitoire. Par ailleurs, à l’époque, les cancers ne pouvaient être détectés qu’à un stade déjà très avancé alors qu’aujourd’hui, 90 % des cancers de la prostate diagnostiqués sont localisés, souligne l’urologue.
Castration médicale
Si plusieurs études ces dernières années ont commencé à remettre en question la thèse de Huggins, le Pr Botto et ses collègues ont voulu faire une étude indiscutable par sa méthodologie, sa « rigueur biologique » et le nombre de patients inclus. Publiée en octobre par la revue Hormones and Cancer, l’étude Androcan a recruté plus de 1 300 hommes qui allaient être opérés en France d’un cancer de la prostate localisé. L’analyse des données recueillies (dosage minutieux de la testostérone, examen de la prostate retirée) montre que 50 % des hommes hypogonadiques (qui présentent un déficit en testostérone) présentent une forme agressive du cancer, alors que cette proportion n’est que de 30 % chez les autres. Dans une nouvelle phase de l’étude, qui sera lancée cette année, Henry Botto entend démontrer que l’apport de testostérone après une ablation de la prostate n’augmente pas non plus le risque de récidive du cancer.
Pour l’urologue, une simple « surveillance active » reposant sur des examens réguliers (dosages de PSA, toucher rectal, biopsies) doit suffire pour les hommes atteints d’un cancer localisé non agressif, qui risque très peu d’évoluer ou alors très lentement. D’autant que les traitements antihormonaux peuvent induire des effets secondaires lourds : troubles de l’érection, prise de poids, baisse de la densité osseuse, perte de force musculaire, troubles de l’humeur ou risque accru de diabète. En effet, selon une étude parue en 2015 dans la revue Journal of Clinical Oncology, les hommes qui suivent ces traitements seraient aussi presque deux fois plus nombreux à développer la maladie d’alzheimer.
La mortalité induite par cette « castration médicale » est « au moins équivalente à celle du cancer lui-même », estime le Pr Botto. Pour ces mêmes raisons, il juge que les autorités sanitaires devraient autoriser la supplémentation en testostérone dans certains cancers de la prostate mais aussi de façon générale chez l’homme âgé, dont le taux d’hormones diminue naturellement, favorisant les mêmes symptômes.
Pour mémoire

