La langue française a toujours été partie intégrante de notre conscience nationale. D’aucuns disent de notre patrimoine culturel, voire pour certains de notre identité… « mère patrie », « mère affectueuse »… Notre façon de penser le régime politique que nous avons choisi pour notre pays. Notre Constitution n’est-elle pas inspirée de la Constitution française de 1945 ? Certains vont jusqu’à appeler, à tort, notre président du Conseil Premier ministre dans la lignée de la Constitution française de 1958, ce qui est carrément contraire à notre Constitution de 1990 et à celle de 1926. Des Libanais de haut rang lui ont donné ses lettres de noblesse de par le monde. Penser à Michel Chiha, Charles Hélou, Georges Shéhadé, Salah Stétié… à Amin Maalouf qui a accédé, honneur suprême, à l’Académie française.
L’article 11 de la Constitution de 1926 stipule que la langue française est également la langue nationale officielle et la Constitution de 1990 précise que la loi déterminera les cas où la langue française serait utilisée. Ainsi le législateur a consacré la langue française comme pouvant être un véhicule national officiel de communication dans les domaines déterminés par la loi. Cas singulier où une langue étrangère pouvait être considérée comme langue officielle d’un pays.
… Pas seulement. La francophonie a séduit même des anglophones comme Saëb Salam à qui revient le mérite de nous avoir ancrés à « l’Organisation internationale de la francophonie », OIF. En effet, le Premier ministre français Jacques Chaban-Delmas, recevant le président Salam, alors président du Conseil, lui faisait remarquer que le Liban, malgré l’aide que la France ne cesse de lui prodiguer dans différents domaines depuis l’enseignement jusqu’à la santé, hésitait à adhérer à l’OIF. Le président Salam lui répondit : « L’aide de la France va essentiellement à une partie de la population du Liban, à une communauté précise, et les Makassed par exemple dont je suis le président n’a jamais bénéficié de ses subsides et malgré cela, moi, Saëb Salam, l’anglophone, le musulman, président des Makassed qui n’a jamais reçu d’aide de la France, je viens vous dire que le Liban souhaite adhérer à l’OIF. »
… Jusqu’à Rafic Hariri, l’anglophone qui avait choisi Paris pour résidence et qui se plaisait à user de la langue française comme preuve de sa réussite dans la vie. Il a acheté Oger, une société française, pour en faire un empire et a installé à Paris une branche de la fondation qui porte son nom couvrant l’Europe et l’Afrique du Nord. En inscrivant ses enfants à Paris, dans une école française, il me dit son regret de ne pas pouvoir s’y inscrire lui-même pour apprendre les secrets de cette langue qui le séduisait. C’est grâce à lui que le 9e sommet de la francophonie a eu lieu au Liban, faisant de notre pays une capitale reconnue de la francophonie. En reconstruisant Beyrouth, il a tenu à ce que le nom des rues et les différentes autres signalisations soient libellés en français en plus de l’arabe.
Les Libanais, fiers de leur appartenance à la famille francophone, ont institué le prix Phénix qui récompense le meilleur ouvrage écrit en français tout comme le prix France-Liban décerné par l’Association des écrivains de langue française, Adelf, reconnue d’utilité publique en France, pour le meilleur ouvrage écrit par un Libanais ou ayant pour thème le Liban. Le prix est remis annuellement au siège de l’OIF sous le patronage du secrétaire général de cette institution internationale et sponsorisé pendant plusieurs années par la Bankmed.
En ce mois international de la francophonie, le Liban, seul pays francophone de la région, se félicite de son appartenance à la famille francophone qui a bercé son passé et lui a ouvert des perspectives d’enrichissement pour son avenir.
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