Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) à Deir ez-Zor, le 19 mars 2019. AFP / GIUSEPPE CACACE
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les frappes aériennes de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis, ont annoncé avoir pris le contrôle du campement de fortune dans lequel l'EI était retranché ces dernières semaines, dans le village de Baghouz.
Après une nouvelle nuit de violents combats et de bombardements, plusieurs centaines de personnes sont encore sorties ces dernières heures de la poche jihadiste.
Cette percée notable sur le terrain rend plus proche la fin d'une offensive lancée en septembre contre le dernier vestige du "califat" autoproclamé en 2014 par l'EI sur de vastes régions à cheval entre la Syrie et l'Irak.
Mais les FDS n'ont pas été jusqu'à proclamer la victoire.
Certains jihadistes qui se battent désormais dans une ultime bande au bord de l'Euphrate ne semblent pas disposés à se rendre, alors qu'un haut responsable de l'EI a lancé un message appelant à des attaques contre les FDS.
"Les FDS contrôlent la zone de campement à Baghouz", composée essentiellement de tentes de fortune, de voitures abandonnées et de tunnels sous-terrains, a affirmé sur Twitter le porte-parole des FDS, Mustafa Bali."Il ne s'agit pas d'une annonce de victoire, mais d'un progrès significatif dans la bataille contre Daech", a-t-il néanmoins nuancé en utilisant un acronyme en arabe de l'EI.
"Des centaines de combattants de Daech blessés ou malades ont été capturés" après la chute du camp et "ont été évacués vers des hôpitaux militaires", a ajouté M. Bali.
"Combat désespéré"
Encerclés depuis trois axes, les jihadistes ne peuvent pas fuir par le fleuve, le régime syrien et ses alliés étant déployés de l'autre côté, sur la rive orientale.
Sous escorte des FDS, cinq camions-remorques grimpent mardi une pente qui mène au sommet d'une colline près du réduit jihadiste.
Ce sont des évacués. On ne voit pas les passagers, mais on peut entendre des pleurs d'enfants, a constaté une équipe de l'AFP sur place.
"Entre 1.000 et 1.500 personnes, des centaines de combattants et leur familles, se sont rendus entre hier soir et ce matin", a indiqué à l'AFP un autre porte-parole.
"Les combats ne sont pas terminés, il y a des affrontements dans différents secteurs", a-t-il ajouté.
Soutenues par les raids de la coalition internationale antijihadistes, les FDS ont lancé leur assaut final début février pour déloger les derniers jihadistes de leur ultime poche à Baghouz, dans la province de Deir ez-Zor.
Elles ont annoncé mardi la mort sur le champ de bataille à Baghouz d'un combattant italien, Lorenzo Orsetti, qui avaient rejoint leurs rangs en 2017.
"L'ennemi tente de mener un dernier combat désespéré et utilise les civils comme boucliers" alors que des jihadistes "se déguisent en femmes pour tenter de s'échapper ou de faire détoner leurs vestes" parmi les personnes évacueés, a affirmé mardi à l'AFP le porte-parole de la coalition, Sean Ryan.
Lancée en septembre, l'offensive contre le dernier réduit jihadiste a été ralentie par la présence de milliers de civils.
Depuis janvier, quelque 67.000 personnes ont quitté l'enclave, dont 5.000 jihadistes arrêtés après leur reddition, selon les FDS.
Pas la "fin"
La plupart des évacués sont transférés vers le camp d'Al-Hol (nord-est), où plus de 70.000 personnes, dont 41.000 enfants, sont entassées dans des conditions particulièrement difficiles, selon l'ONG Comité de secours international (IRC).
Depuis décembre, 123 personnes, dont une grande majorité d'enfants de moins de cinq ans, sont décédées en route vers le camp ou peu de temps après leur arrivée, a ajouté l'IRC.
Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l'EI avait proclamé un "califat" sur un territoire grand comme le Royaume-Uni, y instaurant sa propre administration et collectant des impôts auprès de millions d'habitants vivant sous son joug.
Une perte totale de Baghouz signerait la fin territoriale de son "califat", après la défaite de l'EI en 2017 en Irak.
Mais l'organisation a déjà entamé sa mue en organisation clandestine, et elle continue de mener des attaques meurtrières.
Lundi, un porte-parole du groupe jihadiste, Abi Hassan al-Mujahir, a appelé ses partisans à se venger des combattants kurdes en Syrie, dans un message posté sur Instagram.
Le commandant des forces américaines au Moyen-Orient, le général Joseph Votel, a averti début mars que le combat contre l'EI en Syrie était "loin d'être fini".
Pour l'analyste Tore Hamming, spécialiste du jihadisme à l'European University Institute, "ce que nous appelons la +fin+ n'est pas la +fin+ pour eux. C'est le début de quelque chose de nouveau".
La guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, a fait plus de 370.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.


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