AFP / POOL / Boris Roessler
Un Irakien débouté de sa demande d'asile est jugé depuis mardi pour le viol et le meurtre d'une adolescente allemande, une affaire qui a suscité un vif émoi et dont l'extrême droite s'est emparée pour dénoncer les migrants.
Le procès a débuté vers 09H30 locale (08H30 GMT) en présence de l'accusé, Ali Bashar 22 ans, qui se cachait le visage dans les mains face aux objectifs des photographes. Il risque la perpétuité.
Selon l'agence allemande dpa, au même moment, un rassemblement à la mémoire de la victime, Susanna Feldmann 14 ans, avait lieu aux abords du tribunal de Wiesbaden.
Selon le parquet, Ali Bashar a violé et tué sa victime le 23 mai dernier. L'accusé, qui a uniquement admis le meurtre, sera par ailleurs jugé avec un co-accusé à compter du 19 mars pour les viols répétés d'une enfant de 11 ans.
Son cas est l'un de ces faits divers dont le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'est saisi pour dénoncer la politique d'accueil des migrants de la chancelière Angela Merkel en 2015 et 2016, années où plus d'un million d'entre eux sont arrivés dans le pays. Parmi eux Ali Bashar.
Car l'AfD, qui a fait une entrée tonitruante au Parlement allemand en septembre 2017 en surfant sur les inquiétudes de l'opinion face à l'immigration, se mobilise. Elle a multiplié les campagnes présentant les réfugiés arabes et musulmans comme des criminels menaçant les Allemandes.
Ce parti avance les uns après les autres tous les cas de violences contre des femmes par des étrangers, avec comme étendard principal l'exemple des centaines d'agressions sexuelles en série commises la nuit du Nouvel an 2015-2016 à Cologne, pour lesquelles à ce jour seules trois personnes ont été condamnées en justice.
En août 2018, c'est le meurtre d'un Allemand par un réfugié syrien en Saxe, un bastion de l'AfD, qui a fait les gros titres. Peu après, des manifestations à l'appel de divers groupes d'extrême droite ont dégénéré en violences et en "chasses à l'étranger", selon les mots d'Angela Merkel.
L'affaire Susanna Feldmann, dont le corps avait été retrouvé trois semaines après sa mort, a fait d'autant plus de bruit que l'auteur présumé avait pu fuir vers l'Irak avec toute sa famille sans être inquiété.
Ali Bashar a finalement été livré quelques jours plus tard au chef de la police fédérale allemande, venu spécialement au Kurdistan irakien pour négocier cette remise.
Son cas est aussi symptomatique des dysfonctionnements en Allemagne des institutions en charge de la gestion des demandes d'asile et des expulsions. Elles sont complètement débordées par l'afflux des années 2015-2016.
Si l'accusé et ses proches s'étaient vu refuser l'asile, ils n'ont pas été expulsés en attendant l'examen de leur appel. Mais celui-ci a pris du retard, le tribunal administratif de Wiesbaden devant gérer plus de 6.000 dossiers de ce type à ce moment-là.
Suite au meurtre de Susanna Feldmann, Mme Merkel avait admis l'importance des dysfonctionnements.
"Cette affaire montre combien il est important que les gens qui n'ont pas de droit de séjour (...) soient renvoyés chez eux rapidement", disait-elle en juin 2018, reconnaissant que ce cas "tragique, triste, horrible" était "une leçon".
Car Ali Bashar était connu de la police. Au printemps 2018, avant la mort de Susanna, il faisait l'objet d'enquêtes pour vol, viol et pour avoir craché sur un policier.
L'ouverture de son procès intervient quelques jours après le meurtre d'une jeune Allemande de 21 ans à Worms, poignardée par son conjoint, un demandeur d'asile tunisien débouté. Là aussi, l'AfD a mis en avant la responsabilité supposée du gouvernement de grande coalition (GroKo) d'Angela Merkel.
"Ce n'est pas +l'extrême droite+ qui pose problème, mais c'est l'immigration armée de couteaux de la GroKo qui commet toujours plus d'actes sanglants", martelait jeudi le parti sur l'une de ses pages officielles.
L'AfD a appelé à une veillée mardi à Worms, et des mouvements antiracistes ont appelé à un contre-rassemblement.


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