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Santé

La puberté précoce, un trouble hormonal qui prend de l’ampleur dans le monde

Endocrinologie

La prise de poids et l’exposition à des facteurs environnementaux, notamment aux perturbateurs endocriniens, sont principalement mis en cause. Ce trouble est plus fréquent chez les filles.

Nada MERHI | OLJ
09/03/2019

Phase qui marque la sortie de l’enfance, la puberté survient généralement entre l’âge de 8 et de 13 ans chez la fille et entre 9 et 14 ans chez le garçon. Elle se caractérise par le développement des seins chez la fille et par l’augmentation de la taille du testicule chez le garçon. Ces signes sont accompagnés d’une accélération de la croissance, ainsi que d’une pilosité axillaire ou pubienne. En ce qui concerne les menstruations, elles surviennent, en général, deux ans après le début de la puberté. Au cours de cette période, la croissance est accélérée. Elle est de nouveau diminuée une fois que la fillette a ses règles. Parfois, les menstruations commencent en milieu de la phase de puberté. Mais cela n’a pas d’effet sur la croissance.

Chez de nombreux enfants, les premiers signes de la puberté apparaissent à un âge précoce, c’est-à-dire avant 8 ou 9 ans, selon le sexe. « Depuis quelques décennies, l’âge moyen de la puberté ne fait que reculer dans toutes les régions du monde », constate le Dr Wissam Fayad, endocrinologue pédiatre. Plusieurs facteurs sont mis en cause. Ils sont essentiellement d’ordre nutritionnel et environnemental. Les études ont en fait montré qu’il « existe une relation directe entre le poids et l’âge de la puberté, la leptine, une hormone produite par le système adipeux de l’organisme, jouant un rôle dans la survenue de ce trouble, explique le Dr Fayad. Il en est de même pour l’exposition aux perturbateurs endocriniens trouvés dans de nombreux produits qu’on utilise au quotidien, le plastique et les produits cosmétiques, à titre d’exemple ».


Diminuer les conséquences

La puberté précoce est un trouble plus fréquent chez les filles que chez les garçons, pour des raisons qui restent toujours mal connues. Si ce trouble n’a pas de conséquences graves sur la santé, les spécialistes insistent auprès des parents pour consulter sans tarder si les signes de ce processus apparaissent chez leur enfant plus tôt que prévu. Et ce pour éviter les conséquences de ce trouble. « Le principal problème reste la taille finale de l’enfant qui sera plus petite que prévu, constate le Dr Fayad. Au début de la puberté, l’enfant croît rapidement. Cette croissance est accompagnée d’une avance de maturation de l’os qui va entraîner une fusion précoce des cartilages de croissance. L’enfant va arrêter de grandir plus tôt et perdra au final 5 à 10 centimètres de taille. Sur un autre plan, la puberté précoce peut causer une gêne à l’enfant, notamment aux filles, qui vont se retrouver avec une forme différente de leurs camarades de classe. Ainsi, elles vont avoir des seins, alors que leurs copines vont continuer à ressembler à des gamines. Elles vont aussi avoir un squelette d’une enfant de 9 ou de 10 ans, alors qu’elles n’ont que 7 ans et demi. Mais l’enfant réussit à s’adapter, comme en concluent des études menées dans ce sens. Le vrai problème reste celui posé par la taille finale. »


Arrêter le processus

Chez la fille, la puberté précoce reste dans la majorité des cas idiopathique, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de causes particulières à sa survenue, ce qui n’est pas le cas des garçons. « Il faut toujours rechercher une cause sous-jacente à ce trouble, quel que soit le sexe de l’enfant », insiste le Dr Fayad. Parmi ces causes notamment « la présence d’une tumeur souvent bénigne dans la région de l’hypothalamus et de l’hypophyse ». Ce trouble est plus fréquent chez « les enfants adoptés d’un autre pays, probablement en raison des modifications entre la génétique et la nutrition », avance le spécialiste. « Dans des cas rarissimes, l’origine de la puberté précoce n’est pas l’hypothalamus, mais les ovaires ou les testicules eux-mêmes, poursuit-il. On parle alors de puberté précoce périphérique. Le traitement de ces maladies est différent. »

Le Dr Fayad note, par ailleurs, que souvent les filles vont voir leurs seins pousser à l’âge de 6 ou 7 ans, de façon isolée, cette croissance n’étant pas accompagnée des autres signes de la puberté. « Cela n’est pas un signe d’une puberté précoce, affirme l’endocrinologue. C’est un développement mammaire isolé qui régresse souvent seul. Dans ces cas, le traitement est inutile. Il faut par contre suivre de près l’enfant pour s’assurer que cela ne va pas se développer vers une puberté précoce. Idem si on constate une pilosité pubienne ou axillaire de façon isolée. Ce n’est pas non plus une puberté précoce. »

Quid de la prise en charge ? Elle consiste à « vérifier l’âge osseux de l’enfant, puisque plus il est avancé, plus il va perdre de centimètres en termes de taille finale », répond l’endocrinologue. « Par la suite, on effectue un bilan hormonal qui sera accompagné chez la fille d’une échographie pelvienne pour examiner l’utérus et les ovaires, voir s’il y a des follicules ou éventuellement des kystes, poursuit-il. Parfois, une IRM cérébrale est nécessaire pour s’assurer qu’il n’existe pas de cause locale qui explique cette puberté précoce. L’IRM est toujours indispensable chez le garçon. »

Ce bilan permet de définir la démarche à suive. Il est ainsi recommandé de « freiner » une puberté précoce. Pour ce faire, un traitement est administré sous forme injectable tous les vingt-huit jours ou tous les trois mois, selon la formule du médicament. « Ce traitement va agir sur l’hypophyse pour arrêter le processus de la puberté, note le Dr Fayad. Une fois le traitement arrêté, le processus de la puberté reprendra sa fonction normale du moment où il a été suspendu. C’est comme si on arrêtait l’image dans un film DVD. Dans certains cas, par contre, il ne faut pas intervenir, mais observer l’évolution de la puberté. »

Le traitement n’a pas d’effets secondaires, assure le Dr Fayad. « Nous disposons d’un recul de trente ans sur ce traitement, observe-t-il. Celui-ci ne va pas non plus entraîner une diminution de la masse osseuse ou une ostéoporose, d’autant qu’il est utilisé pour une durée limitée : en moyenne deux ans. Au début, l’enfant pourrait prendre quelques kilos, parce que le médicament augmente légèrement l’appétit, mais il finira par s’habituer. » Qu’en est-il des risques du cancer du sein ? « Ils n’augmentent pas du fait de la puberté précoce ou du traitement, assure le Dr Fayad. De même une puberté précoce ne cause pas de ménopause précoce. » Et de conclure : « Le traitement est très sûr et est utilisé à grande échelle aux quatre coins de la planète. »

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