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La Dernière

Gucci entre « mascarade » et philosophie

Mode
04/03/2019

La mode ne cessera jamais de nous étonner, et son ambition de dépasser les limites du vêtement – en se jumelant avec l’art par exemple – a atteint des sommets au dernier défilé de Gucci sous la direction d’Alessandro Michele en se frottant à la… philosophie. Ainsi l’esprit tutélaire de la collection automne-hiver 2019-2020 de la maison florentine dont les racines remontent à l’ère des attelages n’est autre que la politologue, philosophe et journaliste Hanna Arendt, notamment à travers ses études sur le masque, sa métaphysique et son rôle politique et social. Pour la première fois sans doute dans l’histoire de la mode, le manifeste de la collection est un exposé digne du Collège de France sur la « persona » et les problématiques du spectateur/acteur, de l’exhibitionniste/voyeur et de l’exposition/dissimulation qui résument le rôle du masque, à la fois plein et creux, extérieur et intérieur… bref : « Les masques peuvent s’offrir comme le moyen par lequel nous pouvons donner droit de citoyenneté à notre devenir multiple » (sic). On l’aura compris (en relisant plusieurs fois), Gucci sort avec superbe de la sphère superficielle de la mode pour flatter un public qui ne boudera pas son plaisir de jouer son roi nu drapé de concepts et de plissés métallisés, ni de vivre (encore Hannah Arendt) « comme un être distinct et unique parmi ses égaux ».

La collection ainsi annoncée est loin d’être anodine. Abattant sans complexe les dernières parois de séparation entre les genres, Gucci offre à chacun, homme, femme ou autre, jeune ou moins jeune, le vestiaire le plus étrange et le plus débridé qui soit, couleurs délirantes, imprimés hypertrophiés, associations improbables, décrochez-moi-ça digne des coulisses d’un music-hall, d’un cirque ou d’une grande production hollywoodienne, le tout mis à disposition, en libre choix, à assortir ou dissocier de manière à exprimer le mieux cette facette de soi qu’on voudrait montrer et l’apparence qu’on a envie de lui donner. Tailleurs monogrammés, pantalons larges, haut ou bas sur la taille, sarouels, fourrures, vestes structurées, grenouillères, plis soleil, carreaux, broderies, paillettes, sequins, cuir vernis, sneakers, jambières, genouillères, bijoux surdimensionnés et larmes de cristal, cols plus proches du chasse-neige que de la pelle à tarte, le tout présenté derrière des masques de cérémonie, époques et civilisations parfois remplacées par des lunettes-masques, puisqu’elles déguisent avec alibi.

Il y a indéniablement de la joie et de la légèreté dans cette collection d’Alessandro Michele présentée au siège milanais de Gucci dans un amphithéâtre clair-obscur, le long d’un immense mur de LED. Et cette présentation qui ressemblait à un flot de confettis scintillants annonçait réellement le vêtement du futur : ni combinaison spatiale ni tissus intelligents, mais reconversion en joie de tout ce qui existe, loin des tabous et des traditions, avec ou sans masque puisque cacher c’est montrer, et inversement.

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