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Liban

Aoun met en garde contre « une contagion intellectuelle » qui fait le lit de l’intolérance et de l’extrémisme

Conférence régionale de Caritas

Le chef de l’État souligne devant le bureau régional de Caritas que « tous les événements survenus au cours des dernières années visent essentiellement, sans l’ombre d’un doute, à la transformation de nos sociétés levantines en des sociétés racistes ».

Fady NOUN | OLJ
28/02/2019

« On cherche à dessiner un nouveau Machreq, loin de son identité fédératrice et de sa diversité religieuse. » Le chef de l’État, le président Michel Aoun, a saisi l’occasion de la tenue au centre de conférences de Saydet el-Jabal de la « Conférence du bureau régional de Caritas Moyen-Orient et Afrique du Nord » pour aborder le problème des réfugiés syriens au Liban par la porte géopolitique. Imité en cela par le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, le président a déclaré qu’il est nécessaire de combattre tout ce qui pousse à la redistribution démographique des populations de la région à des fins d’épuration religieuse et ethnique, « transformant nos sociétés levantines en des sociétés racistes, unilatérales, divergentes et conflictuelles ». M. Aoun a, en particulier, mis en garde contre « une contagion intellectuelle, qui se propage et se transmet rapidement notamment à travers les réseaux sociaux », qui fait le lit de l’intolérance, de l’extrémisme et du terrorisme.

Pour sa part, dans une intervention axée sur « le bien commun dans les sociétés pluralistes », le chef de l’Église maronite, rebondissant sur la question de la migration forcée des populations au cours des dernières décennies, a plaidé, une fois de plus, pour que le problème du retour en Syrie des déplacés de la guerre soit dissocié du règlement politique du conflit politique et militaire qui ravage ce pays depuis 2011.

Nous reproduisons ci-dessous des extraits significatifs de l’intervention du chef de l’État, qu’il a prononcée en français, pour se faire comprendre des hôtes étrangers de la conférence, en particulier des cardinaux Antonio Tagle, archevêque de Manille et président de la Caritas Internationalis, et Peter Turkson, président du Conseil pontifical « Justice et paix » :

« L’artisan du pacte national, Michel Chiha, a déclaré : “Quiconque cherche à contrôler une communauté confessionnelle au Liban cherche à détruire le Liban tout entier”. Force est de constater que cela vaut également pour le Levant – le Machreq. Notre Machreq est un mélange de cultures, un carrefour de civilisations, un berceau de religions monothéistes. Il s’agit d’un modèle unique en son genre doté d’une richesse spirituelle, culturelle et cognitive, et toute atteinte à l’une de ses composantes n’est autre qu’une atteinte à ce modèle et à son unicité. »

« Tous les événements survenus au cours des dernières années visent essentiellement, sans l’ombre d’un doute, à la transformation de nos sociétés levantines en des sociétés racistes, unilatérales, divergentes et conflictuelles. En effet, l’hémorragie humaine, la migration forcée sans compter les tentatives inlassables de changement démographique, les différentes vagues de déplacement au cours des dernières décennies, le partage de la Palestine et le déplacement de sa population, outre la pression exercée actuellement pour le déplacement du reste de ses habitants, le refus du droit au retour des Palestiniens et leur réinstallation dans les pays de refuge, sont tous des événements qui dessinent les contours d’un nouveau Levant (Machreq), loin de son identité fédératrice et loin de sa diversité religieuse, communautaire et culturelle. »


Les menaces de l’extrémisme et du terrorisme

« Notre devoir est de rejeter et de résister à ces tentatives avec détermination et persévérance : la terre du Levant (Machreq) ne doit pas être vidée de ses habitants ; le berceau du Christ, le chemin de Golgotha et le Saint-Sépulcre ne peuvent être envisagés sans les chrétiens, tout comme Jérusalem et la mosquée al-Aqsa sans les musulmans, à l’instar de l’eau qui ne peut couler si la source s’assèche. « La menace la plus lourde qui pèse à l’heure actuelle sur notre monde et notre région en particulier est l’extrémisme et le terrorisme qui se nourrissent l’un de l’autre. Le danger réside dans le fait qu’il s’agit d’une contagion intellectuelle, qui se propage et se transmet rapidement, notamment à travers les réseaux sociaux, qui mise sur l’ignorance, la pauvreté et la marginalisation pour semer des idées et des croyances destructives, et pour créer un environnement propice au terrorisme. »

Par ailleurs, le chef de l’État a rappelé qu’il a lancé une initiative aux Nations unies pour faire du Liban un centre permanent pour le dialogue entre les différentes civilisations, cultures et races par le biais de la création d’une « académie de rencontre et de dialogue entre les hommes », dont l’objectif serait de diffuser une culture de la rencontre dans la fidélité à « l’essence du Liban » qui, comme l’a déclaré le pape Jean-Paul II, est « plus qu’une patrie, c’est un message ».

Le chef de l’État n’a pas omis de rappeler que l’importance de Caritas Liban, instrument de la pastorale sociale de l’Église, « réside dans son action interconfessionnelle, interethnique et interétatique », qui l’a poussé à fournir « des aides et des services en cas de besoin, indépendamment de la religion, de l’identité et de l’appartenance ethnique ».


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