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Nos lecteurs ont la parole - Par Salim F. Dahdah

Liban 2019 : zones de perturbations éparses ou bouleversements graves en perspective ?

L’élection du général Michel Aoun à la tête de l’État et l’accession du régime « fort » au pouvoir ont eu lieu suite à une bataille politique longue et ponctuée tout au long de son parcours de virevoltages divers. Elle avait enfin fini par un compromis aussi imprévisible qu’inattendu… Il y eut ensuite une prise en charge du destin national, très remarquée et largement médiatisée. Les premiers pas ont été laborieux et se sont voulus peu conformistes et très populistes, mais très vite ils se sont heurtés aux blocages de certaines composantes politiques qui voyaient d’un mauvais œil l’accession d’un chef d’État, théoriquement « souverainiste », prendre en charge le gouvernail de la République du Cèdre, et continuer quand même à maintenir son alliance avec une composante politique nationale importante et puissante, mais toutefois dépendante exclusivement d’un axe régional étranger.

En d’autres termes, comment allait-on pour ces citoyens inquiets pouvoir concilier souveraineté nationale et allégeance extrasouveraine d’une telle composante, qui plus est, allait faire partie intégrante des différents gouvernements appelés à diriger le pays pendant la durée de ce régime ? À cela, il fallait ajouter le fait que ce « mariage » ne pourrait qu’entraîner de sérieuses divisions internes, des blocages institutionnels permanents, et impliquerait souvent une gestion étatique anticonstitutionnelle, où les louvoiements politiques tactiques devraient être utilisés par le régime pour justifier les options stratégiques qui lui sont imposées par cet allié incontournable, indomptable et si profondément ancré hors de la scène politique libanaise…

En effet, au bout d’un temps relativement court, les premières contradictions internes, régionales et internationales ont commencé à transpirer, et des zones de perturbations éparses sont apparues, le système s’est mis à gripper, les difficultés à défaire les nœuds qui bloquent la marche de l’État se sont accentuées et la gestion de ses institutions s’est avérée difficile à réaliser. À preuve, les différents épisodes qui ont ponctué les deux premières années du régime et les démarches qui ont accompagné la naissance de l’actuel gouvernement.

Huit mois d’âpres discussions engagées entre les représentants des partis issus des dernières élections législatives et le suivi d’un coordinateur exclusif qui n’est autre que la figure de proue et « jocker » du régime actuel ont en effet préludé à cette naissance au forceps, sur fond d’un édifice national largement gangrené par la corruption. En marge donc de la fièvre qui a secoué le pays, avant et après la formation du nouveau gouvernement, et afin que ses nouveaux membres puissent réussir leur mission, il faudrait que certains politiciens cessent de gesticuler et de faire la « mouche du coche », en essayant de bousculer tous les acteurs en question et en s’appropriant tout seuls les initiatives nationales, et cèdent la place à des hommes et des femmes expérimentés et responsables pour gérer et diriger démocratiquement les intérêts supérieurs de l’État !

Est-ce que ce nouveau gouvernement, dont on ne peut enfin que se féliciter de la qualité d’un grand nombre des participants et surtout de son avancée estimable, quoique insuffisante, dans le choix de quatre femmes, sera en effet à même, malgré les grandes dissensions internes, les profonds désaccords stratégiques et les intérêts personnels et ambitions de certains, d’appliquer la Constitution sans aucune exception, et de modifier les lois nécessaires pour accéder au programme de la CEDRE, de façon professionnelle et transparente ?

Comment ce gouvernement, dit d’union nationale et non de majorité, pourra-t-il par ailleurs dominer la corruption « ambiante » qui accompagne généralement tous les projets à entreprendre, et réussir à accorder toutes les parties, pour qu’elles agissent en parfaite transparence et probité ? Aura-t-il la capacité de se doter d’outils institutionnels pour combattre ce mal inhérent aux décideurs et gestionnaires publics et poursuivre les corrompus ?

Réussira-t-il enfin à faire adopter par le Parlement dans les délais les plus brefs un bouquet de nouvelles lois nécessaires pour corriger, grâce au programme de la CEDRE, sa situation budgétaire et lui donner les moyens de remettre le pays sur la voie de la stabilité, de la prospérité et du développement ?

Est-ce que ce gouvernement enfin, dont tous les observateurs internationaux et locaux s’accordent pour affirmer qu’il est une création du Hezbollah, est réellement un cabinet d’union nationale, comme le martèle le Premier ministre Hariri, ou est-ce un leurre de plus, offert au régime du général Aoun et à son parti pour leur permettre d’émerger et d’entreprendre leurs premières véritables réalisations, mais toutefois sous la supervision et l’autorité du parti susmentionné, histoire de montrer à tous, et principalement aux Américains et à certains pays arabes, que malgré les sanctions que ce dernier subit, lui et ses parrains restent les seuls « maîtres » à bord ?

Est-ce que ce gouvernement sera toutefois capable d’assumer et d’appliquer, à travers sa politique étrangère, son entière neutralité et sa politique de distanciation vis-à-vis des différents axes régionaux en conflit? Sera-t-il surtout à même d’exiger du Hezbollah de ne plus prendre en otage le Liban, en lui imposant ses armes et les ambitions politiques de ses commanditaires ?

Est-ce que le satisfecit en provenance du Conseil des Nations unies à la suite de la formation du gouvernement n’est en fait, malgré ses réserves, que l’expression d’une acceptation minimale d’un état de fait, que le parti de Dieu impose au nouveau gouvernement, à travers l’équation suivante : stabilité intérieure du Liban contre maintien de sa mainmise stratégique et de celle de l’axe russo-syro-iranien sur la scène interne ?

Tous ces questionnements montrent les inquiétudes profondes qui secouent le peuple libanais et le poids des responsabilités qui pèsent sur ce nouveau gouvernement. De lourds dangers intérieurs et régionaux secouent et vulnérabilisent en effet depuis un certain temps l’édifice économique, politique et constitutionnel de la République. Des risques larvés pourraient, si rien n’est entrepris, saper les fondements essentiels de l’entité nationale, entraînant des bouleversements et des dommages graves et peut-être incontournables !

En conclusion, face à ce tissage de contradictions, de laxismes et de mensonges qui illustrent le profil politique actuel du pays, comment cette union contre nature de deux composantes diamétralement opposées sur le plan stratégique (le CPL et le Hezbollah) va-t-elle se terminer ? Quelles seront les conséquences sur le peuple libanais et son entité nationale ? Seule une confrontation démocratique en faveur de la souveraineté nationale permettrait en fait de rétablir les équilibres nationaux et de restaurer l’État de droit et des institutions, mais est-ce que toutes les parties prenantes à ce bras de fer sont prêtes, en 2019, à s’y engager? Au cas où une telle démarche n’est pas réalisée, et face au désastre économique qui guette la République du Cèdre, il devient donc impératif que toutes les composantes politiques se serrent les coudes et se concentrent pour apporter des solutions aux seuls problèmes de la vie quotidienne des citoyens, laissant à de meilleures conjonctures le débat autour des sujets stratégiques. Il ne faut pas oublier que nous appartenons à cet Orient où rien n’est jamais définitivement acquis et qui est riche en rebondissements et bouleversements divers !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

L’élection du général Michel Aoun à la tête de l’État et l’accession du régime « fort » au pouvoir ont eu lieu suite à une bataille politique longue et ponctuée tout au long de son parcours de virevoltages divers. Elle avait enfin fini par un compromis aussi imprévisible qu’inattendu… Il y eut ensuite une prise en charge du destin national, très remarquée et largement médiatisée. Les premiers pas ont été laborieux et se sont voulus peu conformistes et très populistes, mais très vite ils se sont heurtés aux blocages de certaines composantes politiques qui voyaient d’un mauvais œil l’accession d’un chef d’État, théoriquement « souverainiste », prendre en charge le gouvernail de la République du Cèdre, et continuer quand même à maintenir son alliance avec une composante...
commentaires (2)

IL FAUT SE FAIRE L,AVOCAT DU DIABLE POUR COMMENTER COMME IL FAUT CET ARTICLE... ET DIRE... ALLAH YESTOR SI AU LIEU DE TRAVAIL C,EST LA CORRUPTION QUI REGNERA ... ET LA DISTANCIATION QUI SERA BAFOUEE... CAR ALORS DES BOULEVERSEMENTS GRAVES EN PERSPECTIVES !!! QU,ALLAH ELOIGNE LE LIBAN D,UN TEL CALVAIRE !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 26, le 01 mars 2019

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Commentaires (2)

  • IL FAUT SE FAIRE L,AVOCAT DU DIABLE POUR COMMENTER COMME IL FAUT CET ARTICLE... ET DIRE... ALLAH YESTOR SI AU LIEU DE TRAVAIL C,EST LA CORRUPTION QUI REGNERA ... ET LA DISTANCIATION QUI SERA BAFOUEE... CAR ALORS DES BOULEVERSEMENTS GRAVES EN PERSPECTIVES !!! QU,ALLAH ELOIGNE LE LIBAN D,UN TEL CALVAIRE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 26, le 01 mars 2019

  • les "donateurs" & investisseurs de Cedre seraient ils convaincus que les libanais remplissent les conditions requises des les 1ers "signes positifs"pr ex, des lois promulguees qui comme ns les savons risquent ne jamais etre appliquees- des signes que j'appellerais Trompeurs - et delier leurs bourses a ce stade ? OU devront ils attendre des preuves non pas de bonne volonte mais de RESULTATS bien probants & tangibles ? sachant que meme avec la meilleure volonte et diligence humainement possibles, de tels "resultats" necessitent qqs petites annees avant de voir le jour ? a moins que Cedre finisse par ressembler aux "Paris" 1/2/3 ?

    Gaby SIOUFI

    12 h 21, le 28 février 2019

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