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Moyen Orient et Monde

Trump-Kim, épisode II : objectif concrétisation

Diplomatie

Au Vietnam, les dirigeants américain et nord-coréen doivent notamment discuter de la paix et de la question épineuse de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

27/02/2019

Concrétiser au maximum les objectifs fixés lors de leur première rencontre, voilà la mission de Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoï. Les dirigeants américain et nord-coréen se retrouvent aujourd’hui et demain pour un deuxième sommet dans la capitale vietnamienne, huit mois après leur entrevue historique dans la cité-État de Singapour. Après des poignées de main chaleureuses et des accolades prononcées, MM. Trump et Kim s’étaient entendus pour inaugurer une nouvelle ère dans les relations américano-nord-coréennes, notamment à travers l’instauration d’un dialogue politique et diplomatique entre les deux pays qui pourrait déboucher sur un éventuel traité de paix conditionné par la dénucléarisation de la péninsule coréenne dans son ensemble. Il représentait par ailleurs une « victoire » pour le leader nord-coréen qui, en s’affichant en tête à tête avec un président américain, a sorti la Corée du Nord de son statut d’État voyou pour devenir un État respectable et traité sur un pied d’égalité, en tous cas diplomatique, avec les États-Unis.

Pourtant, rien de concret n’est sorti de ce sommet, surtout sur la question de la dénucléarisation et des ambitions militaires nord-coréennes, que la Maison-Blanche souhaite à tout prix réduire depuis plusieurs années. « Malgré la baisse des tensions du côté de la zone démilitarisée et l’arrêt des provocations (…), peu ou aucun changement vérifiable ne s’est produit concernant les capacités militaires nord-coréennes », a affirmé, il y a quelques jours, le général Robert Abrams, commandant des forces américaines en Corée du Sud. Les inspecteurs internationaux ne sont, en outre, toujours pas libres d’entrer sur le territoire nord-coréen.Si les mêmes témoignages de respect, voire d’amitié, devraient se répéter ces deux prochains jours entre les deux hommes, il est peu probable que le nouveau sommet d’Hanoï aboutisse à un accord technique sur une dénucléarisation complète de la péninsule. D’une part en raison de la confusion que génère le terme de « dénucléarisation » dans les têtes américaines et nord-coréennes, et d’autre part en vertu de ce que représente le programme nucléaire pour l’homme fort de Pyongyang. Il a, entre autres, permis à la Corée du Nord de devenir une puissance nucléaire reconnue comme telle par la communauté internationale. Puissance que les prédécesseurs de Kim Jong-un ont bâtie.Stephen Biegun, l’émissaire des États-Unis pour la Corée du Nord, a récemment reconnu que Pyongyang et Washington ne s’étaient « pas mis d’accord sur la signification » de la dénucléarisation. De nombreuses discussions sont donc attendues sur ce sujet. « L’objectif des deux parties est d’avancer progressivement sur chacun des dossiers. Il ne faut pas attendre un accord sur une dénucléarisation à court terme. C’est un processus de transformation qui va prendre beaucoup de temps et qui sera basé sur l’évolution des rapports entre Washington et Pyongyang », estime Antoine Bondaz, spécialiste de la péninsule coréenne au sein de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contacté par L’Orient-Le Jour.


(Pour mémoire : Kim Jong Un menace de changer d'attitude si les sanctions américaines demeurent)

Stratégie politique

Donald Trump peut toutefois se réjouir de l’absence totale de tests de missiles nucléaires ou balistiques nord-coréens depuis novembre 2017, soit 450 jours. « Je ne suis pas pressé. Je ne veux presser personne (…). Je veux simplement qu’il n’y ait plus d’essais. Tant qu’il n’y a pas d’essais, nous sommes contents », a assuré le locataire de la Maison-Blanche.

Pour le président américain, l’objectif est avant tout politique. M. Trump souhaite avant tout se démarquer de ses prédécesseurs, et en particulier Barack Obama, en devenant l’homme qui a réussi à résoudre la crise nord-coréenne et à apporter la paix dans la péninsule. « Donald Trump a beaucoup misé ces dernières semaines sur le fait que c’était lui qui apporterait la paix et la stabilité. En termes de stratégie politique, Trump va mettre sur la table à la fois la dénucléarisation, puisque c’est là qu’il est attendu par la communauté internationale, mais aussi la question de l’avancée vers un traité de paix avec la Corée du Nord et c’est sur ce dernier point que son électorat l’attend », explique Antoine Bondaz, ajoutant que la signature d’un traité de paix semble difficilement envisageable. « En lieu et place, on pourrait avoir une déclaration d’intention dans laquelle les deux pays annoncent qu’ils entendent mettre (officiellement) un terme à la guerre de Corée », complète l’expert. Cela pourrait ainsi être la première étape vers une normalisation entre les deux pays, ce que les deux dirigeants souhaitent.


(Lire aussi : Trump tente une conciliation dans un climat politique délétère)

Homme de la paix

Obtenir une paix durable avec les États-Unis, mais aussi avec la Corée du Sud, permettrait à Pyongyang de se libérer des sanctions internationales qui pèsent lourdement sur son économie. Donald Trump a multiplié les encouragements et les incitations envers Kim Jong-un afin que celui-ci accélère le pas vers la dénucléarisation de son pays, prédisant qu’avec « une dénucléarisation complète, la Corée du Nord effectuerait de nouveaux records de vitesse en termes d’économie », a-t-il affirmé lundi depuis Washington.

Kim Jong-un n’a pas lésiné, ces derniers mois, sur les gestes de courtoisie à destination des Américains et de son voisin du Sud pour montrer qu’il était disposé à enterrer la hache de guerre. Les relations avec Séoul se sont particulièrement réchauffées. Les deux dirigeants coréens Kim Jong-un et Moon Jae-in se sont réunis à trois reprises en six mois à travers des sommets intercoréens. Ils ont inauguré un bureau de correspondance ayant pour mission de gérer les échanges frontaliers et d’atténuer les tensions de part et d’autre de la zone démilitarisée entre les deux pays (DMZ) et ont envisagé une candidature commune aux Jeux olympiques de 2032. Kim Jong-un a même fait savoir qu’il souhaitait se rendre à Séoul « dans un futur proche ». Cette visite, si elle a lieu, serait la première d’un chef d’État nord-coréen chez son voisin du Sud depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953).

Les gestes ont également été nombreux envers les Américains. L’homme fort de Pyongyang s’était abstenu d’exposer des missiles lors de la dernière fête nationale nord-coréenne le 9 septembre dernier, rompant ainsi avec la coutume des dernières décennies, et en procédant à la livraison de deux cents dépouilles de soldats américains morts pendant la guerre de Corée. Tout cela sous l’œil attentif de Donald Trump qui n’a pas manqué de remercier l’homme fort de Pyongyang via Twitter.



Pour mémoire

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AIGLEPERçANT

Les américains ont voulu que cela se passe au Viêt-Nam , tout un symbole quand on sait par l'histoire que ce pays a été celui qui a donné une leçons militaire aux usa , pour finir par leur dire , vous pouvez venir maintenant faire du business avec nous, mais avec respect , bien entendu .

Ça diffère de ceux qui se couchent comme des larvettes face à ces yanky .

La Corée du Nord du courageux Kim JUNG UN, est aussi sur le point , mais par d'autre moyen, entrain de se faire respecter par ce géant qui voit des pieds en argile lui pousser .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL EN SORTIRA DU CONCRET CETTE FOIS-CI...

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