AFP PHOTO/KCNA VIA KNS
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un traversait dimanche la Chine en train blindé pendant que les préparatifs de son sommet avec le président américain Donald Trump, mercredi et jeudi, battaient leur plein à Hanoï et que Pyongyang adressait une mise en garde sur une éventuelle impasse des discussions.
Le représentant spécial de Pyongyang pour les Etats-Unis, Kim Hyok Chol, a été vu dimanche dans un hôtel de la capitale vietnamienne pour des entretiens avec son homologue américain, Stephen Biegun, selon l'agence sud-coréenne Yonhap.
Un avion a atterri d'autre part dimanche à Hanoï, avec à son bord des membres de la délégation nord-coréenne, selon des images diffusées par la presse vietnamienne.
Kim Jong Un est accompagné dans son long périple ferroviaire du général Kim Yong Chol, bras droit du numéro un nord-coréen, qui a rencontré Donald Trump le mois dernier à la Maison Blanche, ainsi que de sa soeur et conseillère Kim Yo Jong, et d'autres proches collaborateurs, selon l'agence nord-coréenne de presse KCNA.
Les entretiens préparatoires à ce deuxième sommet entre Kim Jong Un et Donald Trump portent sur l'agenda de la rencontre. Les deux dirigeants avaient convenu lors de leur précédent sommet, le 12 juin 2018 à Singapour, d'une vague "dénucléarisation de la péninsule coréenne".
Mais Stephen Biegun a admis le mois dernier qu'Américains et Nord-Coréens ne parvenaient pas à s'entendre sur "ce qu'impliquait une dénucléarisation".
Dans un commentaire incisif dimanche, l'agence KCNA a appelé Washington à saisir une "occasion historique rare", réagissant vivement au scepticisme exprimé aux Etats-Unis sur l'absence de progrès depuis le sommet de Singapour et les intentions réelles de Pyongyang de se débarrasser de son arsenal nucléaire.
"L'administration américaine ne doit pas oublier les leçons de l'année dernière lorsqu'elle a plongé les négociations bilatérales dans l'impasse, bousculée par les forces contraires", écrit KCNA.
"Si les prochaines négociations USA-Corée du Nord s'achèvent sans résultat, comme le souhaitent ces forces, le peuple américain n'en aura jamais fini avec les menaces en matière de sécurité", ajoute l'agence nord-coréenne.
Entretemps, Kim Jong Un poursuit son long et lent voyage ferroviaire de près de 4.000 kilomètres en direction du Vietnam qui pourrait durer 60 heures. Le train blindé dépasse péniblement les 60 km/h.
Son départ samedi de Pyongyang a été confirmé par la KCNA. Le convoi a traversé quelques heures plus tard le pont qui relie la Corée du Nord à la ville chinoise de Dandong, selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap et le site spécialisé NK News. Les occupants d'un hôtel donnant sur le pont ont dû quitter les lieux dès vendredi, en raison de "travaux de rénovation" impromptus.
Plusieurs sources vietnamiennes ont indiqué en privé que Kim Jong Un, dont les déplacements ne sont jamais annoncés officiellement à l'avance, arriverait au Vietnam par le train jusqu'à la gare de Dong Dang, frontalière de la Chine, avant de gagner Hanoï par la route.
Samedi, des journalistes de l'AFP ont vu des militaires vietnamiens déployés à la gare ainsi que le long de la route conduisant à la capitale, distante de 170 km. Les autorités ont déjà annoncé la fermeture de cette route à compter de mardi entre 6H00 et 14H00 locales, laissant supposer que le dirigeant nord-coréen l'emprunterait à ce moment-là.
Le ministère vietnamien des Affaires étrangères a par ailleurs annoncé que Kim Jong Un effectuerait "dans les prochains jours" une visite officielle dans le pays, mais sans fournir de dates exactes.
Kim Jong Un pourrait aussi emprunter le train pour son voyage de retour, ce qui lui permettrait de s'arrêter à Pékin afin de s'entretenir avec le président chinois Xi Jinping de la teneur de ses entretiens avec Donald Trump.
Aucun signe de mesures de sécurité n'était visible dimanche à Pékin, laissant supposer qu'un arrêt dans la capitale chinoise n'était pas prévu à l'aller.
Pour sa première rencontre historique avec Donald Trump à Singapour, M. Kim avait voyagé à bord d'un avion chinois. Il s'était rendu à Pékin une semaine plus tard pour rencontrer M. Xi.
Selon Jeong Young-tae, de l'Institut d'études nord-coréennes à Séoul, prendre le train permet cette fois au dirigeant nord-coréen de marquer son "indépendance" à l'endroit de Pékin.
"La Chine veut que la Corée du Nord avance vers sa dénucléarisation tout autant que les autres pays", observe Justin Hastings, professeur de relations internationales à l'Université de Sydney.
Après une grave dégradation du fait des essais nucléaires nord-coréens, les relations entre Pyongyang et Pékin se sont spectaculairement réchauffées l'an dernier avec l'annonce de la fin des essais atomiques du régime reclus.
La Chine, seule alliée d'importance de Pyongyang, plaide pour une levée progressive des sanctions internationales qui pèsent sur le Nord, tout en continuant à réclamer une dénucléarisation complète du pays.
En prenant le train, Kim Jong Un renoue aussi avec la tradition de son grand-père Kim Il Sung et de son père Kim Jong Il qui avait encore voyagé jusqu'à Moscou en train en 2001.
"C'est un message adressé aux Nord-Coréens, à savoir que Kim Jong Un a hérité des qualités de son grand-père et que la dynastie des Kim est plus forte que jamais", analyse Koh Yu-hwan, de l'Université Dongguk à Séoul.


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