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Déchue de sa nationalité britannique, une jeune femme de l'EI dénonce une injustice

AFP
20/02/2019

La jeune Shamima Begum, partie rejoindre le groupe Etat islamique en Syrie en 2015, a dénoncé mercredi la décision du ministre britannique de l'Intérieur de la déchoir de sa nationalité, la jeune femme pouvant selon lui en obtenir une autre. Son cas illustre le dilemme auquel sont confrontés plusieurs gouvernements européens, entre interdire le retour de leurs ressortissants jihadistes pour des questions de sécurité, ou leur permettre de revenir pour les traduire en justice.

"Je ne sais pas quoi dire", a réagi la jeune femme de 19 ans sur la chaîne ITV après l'annonce de sa déchéance de nationalité, qui intervient après ses propos polémiques pour défendre le groupe jihadiste. "Je suis un peu sous le choc. C'est un peu bouleversant et frustrant. Je trouve que c'est un peu injuste pour moi et mon fils". "D'autres personnes sont renvoyées au Royaume-Uni, je ne vois pas en quoi mon cas est différent", a ajouté Shamima Begum dont le cas a défrayé la chronique ces derniers jours pour avoir affiché son absence de regret. "Est-ce simplement parce qu'il a été médiatisé ?" Elle a expliqué réfléchir à demander la nationalité néerlandaise, son mari étant originaire des Pays-Bas. Ce dernier a été fait prisonnier par les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Shamima Begum, qui se trouve actuellement dans le camp de réfugiés d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, avait annoncé la semaine dernière son intention de rentrer au Royaume-Uni. Elle a accouché au cours du week-end d'un bébé. Ses deux précédents enfants, nés après son départ vers la Syrie, sont décédés de maladie et de malnutrition.

La décision du ministre de l'Intérieur conservateur, Sajid Javid, a été notifiée dans une lettre reçue par sa famille mardi. "Le ministre de l'Intérieur a clairement affirmé que sa priorité était la sécurité du Royaume-Uni et de sa population", a souligné un porte-parole dans un communiqué, expliquant que cette décision n'avait pas été prise "à la légère" et que la jeune femme pouvait obtenir une autre nationalité.

Le Royaume-Uni a le pouvoir de déchoir un citoyen de sa nationalité s'il estime que cela relève de "l'intérêt général" et à condition que cela ne le rende pas apatride, conformément à la convention de New York du 30 août 1961 qu'il a ratifiée.

La famille de la jeune femme a annoncé examiner "toutes les voies légales pour contester cette décision", qui peut faire l'objet d'un appel.

L'avocat de la famille, Tasnime Akunjee, a affirmé mercredi à l'agence britannique Press Association que Shamima Begum, d'origine bangladaise par ses parents, était née au Royaume-Uni, ne disposait pas de la double nationalité, et n'avait jamais eu de passeport bangladais.

"Dangereux précédent"
Au Bangladesh, Chiranjiv Sarker, directeur général au ministère des Affaires étrangères, a expliqué à l'AFP que ses services n'avait pas été sollicités. "Jusqu'ici, aucun membre de sa famille ne nous a approchés", a-t-il dit. "Ce que je comprends, dans les journaux, c'est que Shamima essayait de rentrer au Royaume-Uni". Il a souligné que si sa famille contactait son ministère pour lui obtenir des papiers, celui-ci devrait vérifier son éligibilité à la nationalité bangladaise.

La réponse à apporter à la situation de Shamima Begum divise d'autant plus que certaines déclarations de la jeune femme ont choqué au Royaume-Uni, frappé par une série d'attentats en 2017 revendiqués par l'EI. La jeune femme a notamment affirmé qu'elle ne regrettait pas sa fugue vers la Syrie alors qu'elle n'avait que 15 ans, et a qualifié l'attentat de Manchester, qui avait fait 22 morts en mai 2017, de mesure de "représailles" aux frappes de la coalition occidentale contre l'EI.

Le député conservateur George Freeman a critiqué la décision de Sajid Javid, y voyant une "erreur" qui établit un "dangereux précédent". "Elle est née ici, a fait ses études ici, et relève de notre responsabilité", a-t-il affirmé sur Twitter. "Elle devrait être amenée devant les tribunaux britanniques".

Dans l'opposition, le Parti libéral-démocrate a également pris position pour son retour, estimant que la jeune femme devait répondre de ses "crimes" devant la justice britannique. "Nous pouvons en tirer des leçons, comprendre pourquoi une jeune fille décide initialement de se rendre en Syrie", a estimé le porte-parole du parti Ed Davey. "Cela permettrait d'améliorer la sécurité nationale, en nous aidant à empêcher que cela ne se reproduise".

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