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Moyen Orient et Monde

À Hébron, la fin d’une mission d’observateurs ne présage rien de bon

Éclairage
09/02/2019

À l’exception des États-Unis, l’ensemble du Conseil de sécurité a regretté mercredi la décision israélienne de mettre fin à la mission d’observateurs à Hébron. Une façon de reconnaître sa propre impuissance dans ce dossier, alors que le mandat de la mission temporaire des observateurs internationaux, baptisée « TIPH », est devenue un enjeu politique en Israël.

Les observateurs avaient pour mission d’organiser des patrouilles, surveiller et rendre compte de la vie des colons et des Palestiniens dans la ville occupée de Cisjordanie, où les tensions sont vives. Mais la mission des observateurs était régulièrement critiquée par la droite israélienne, qui les accusait de travailler contre Israël. De ce fait, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé le 28 janvier qu’il n’autoriserait plus « qu’une force internationale agisse contre nous (Israël, NDLR) ». « Les observateurs gênaient tous les gouvernements successifs israéliens, puisque même si les rapports étaient confidentiels, c’était des yeux qui observaient l’occupation et la violation des droits de l’homme à Hébron. C’est une mauvaise image qui était renvoyée d’Israël », explique à L’OLJ Élisabeth Marteu, chercheuse à l’Institut national des études stratégiques (IISS) et spécialiste du Proche-Orient. La chercheuse souligne par ailleurs que cette décision s’inscrit à un moment opportun pour Benjamin Netanyahu qui se trouve en pleine campagne électorale. « Ça rend service à Netanyahu, qui est bousculé sur sa droite et qui doit donner des gages notamment à l’électorat des colons », estime-t-elle.

La décision du Premier ministre israélien a mis « fin à 20 ans de présence dans la ville », déplore un ancien observateur du TIPH, ayant souhaité gardé l’anonymat, contacté par L’OLJ. Ce dispositif, mis en place en vertu d’un accord israélo-palestinien, était un exemple particulièrement frappant de la réalité à laquelle les Palestiniens sont confrontés dans toute la Cisjordanie. Le directeur de recherche sur Israël et la Palestine de l’ONG Human Rights Watch, Omar Shakir, constate l’expansion des colonies de peuplement israéliennes qui constitue selon lui « une violation du droit international ». « Le gouvernement israélien a pris des mesures pour annexer progressivement ces territoires et nous continuons de voir que les Palestiniens sont confrontés à de plus en plus de restrictions et de limitations », dit-il à L’OLJ. En effet, en vertu des accords signés par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine, l’Autorité palestinienne a le contrôle de 80 % de la ville, où vivent environ 200 000 habitants palestiniens, ainsi que 600 Israéliens considérés comme des colons par le droit international. Ces derniers sont protégés par des milliers de soldats, des blocs de béton et des miradors.


(Pour mémoire : Israël met fin au mandat d'observateurs internationaux à Hébron)


« Occupation oppressante »

Les missions du TIPH ont souligné les infractions au droit international commises par Israël, sur la base de plus de 20 000 rapports d’incidents depuis sa création.

Les observateurs étaient déployés dans la ville en vertu d’un accord israélo-palestinien, conclu après le massacre en février 1994 par un colon israélien de 29 Palestiniens priant dans le caveau des Patriarches, lieu saint pour les juifs et les musulmans. La TIPH comprenait une soixantaine d’observateurs de nationalité danoise, norvégienne, suédoise, italienne, suisse et turque.

Par leur simple présence, les observateurs internationaux jouent un rôle important dans la protection des populations, notamment des Palestiniens qui se font régulièrement harceler ou humilier par les colons selon leurs rapports. « La présence d’un observateur permet à un enfant d’aller à l’école en toute sécurité, sans se faire battre en chemin. Cela permet aussi à un agriculteur d’accéder à ses terres et d’apporter ses récoltes au marché sans que celles-ci soient détruites », souligne Omar Shakir. « L’action des observateurs et des ONG à Hébron sont indispensables », affirme aussi Élisabeth Marteu. « Si vous ne rapportez pas ce qu’il passe sur le terrain, vous ne conscientisez pas les gouvernements ni la communauté internationale et vous ne faites pas avancer la problématique ». Les rapports du TIPH étaient souvent critiques contre l’État hébreu, et faisaient état sur place « d’un crime de guerre », selon Omar Shakir. Les organisations internationales opérant à Hébron « doivent non seulement faire face à la réalité quotidienne d’une occupation militaire particulièrement oppressante, mais aussi à une recrudescence de la violence perpétrée par les colons israéliens contre des Palestiniens, et contre des personnes chargées d’observer ou de protéger des Palestiniens. » dénonce le responsable de Human Rights Watch en Israël et Palestine. « Si la présence d’observateurs internationaux pendant deux décennies n’a pas empêché des abus de se produire, leur absence ne présage rien de bon quant aux conditions de vie sur place des Palestiniens », ajoute-t-il.

Pour mémoire

Hébron: constat d'impuissance à l'ONU après la décision israélienne

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