Nos Lecteurs ont la Parole

L’Ukraine revient au sein de l’Église mère orthodoxe

Ihor OSTASH
OLJ
08/02/2019

Dès l’indépendance de 1991, l’Ukraine a cherché à se donner les moyens de créer une Église orthodoxe locale. Cette tentative ayant malheureusement échoué, trois Églises sont apparues sur les ruines de l’époque soviétique en 1992 : l’Église ukrainienne-orthodoxe du patriarcat de Kiev (EUO-PK), l’Église ukrainienne autocéphale orthodoxe (EUAO) et l’Église ukrainienne-orthodoxe du patriarcat de Moscou (EUO-PM). La nécessité de créer une Église indépendante unie, à laquelle l’Ukraine, en tant qu’État indépendant, dispose d’un droit complet et incontestable, s’est intensifiée après 2014, suite à l’agression militaire russe à l’est de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée. Dès lors, la lutte pour l’autocéphalie n’a plus seulement été considérée comme un problème d’Église, mais aussi comme une question de sécurité nationale.

Le résultat de la rencontre entre le président ukrainien, Petro Porochenko, et le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, le 9 avril 2018, a marqué le début d’un longue délibération sur la question de l’octroi de l’autocéphalie à l’Église ukrainienne-orthodoxe. Tous les hiérarques de l’EUO-PK et de l’EUAO, une partie de l’EUO-PM et la Verkhovna Rada (l’Assemblée ukrainienne) ont soutenu le président ukrainien dans son appel au patriarche de Constantinople à octroyer le « tomos » (l’indépendance canonique) à l’Église ukrainienne autocéphale.

L’Ukraine a été pendant 1 030 ans le territoire canonique du patriarcat de Constantinople, à savoir à partir de 988, lorsque sur les rives du Dniepr notre peuple a accepté la foi chrétienne grâce au prince de Kyiv, le prince Volodymyr. En 1686, sous la pression de circonstances historiques difficiles, la métropole de Kiev fut capturée par le patriarcat de Moscou d’une manière « non canonique ». Cependant, la subordination obligatoire et souvent douloureuse aux autorités ecclésiastiques étrangères n’a jamais été en mesure de détourner les croyants de l’Ukraine de leur Église mère du patriarcat œcuménique.

Lors d’une réunion du synode de l’Église œcuménique tenue à Istanbul les 27 et 29 novembre 2018, des recommandations concernant la charte de l’Église orthodoxe en Ukraine et le texte du tomos, qui a officiellement approuvé le statut autocéphale canonique de l’EOU parmi les 15 Églises orthodoxes locales du monde, ont été adoptées. Le 15 décembre, la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev a accueilli le conseil unificateur, qui a regroupé les trois organisations ecclésiastiques orthodoxes existantes en Ukraine et créé une seule organisation canonique : l’Église orthodoxe d’Ukraine. Le métropolite Epiphany fut élu primat. Les gens qui s’étaient rassemblés sur la place Sainte-Sophie pleuraient de joie lors de la proclamation de cette nouvelle Église, qui constitue une étape décisive dans le processus de construction de l’État.

Toutes les actions entreprises pour obtenir une autocéphalie canonique et l’indépendance religieuse vis-à-vis de l’Église russe ont d’ailleurs provoqué une réaction négative en Russie, le Kremlin n’ayant jamais caché qu’il considérait l’Église russe comme un mécanisme pour maintenir les peuples voisins dans sa sphère d’influence. La naissance de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne est devenue possible en raison de la cohésion et de l’unité du clergé, du président, du gouvernement, des parlementaires et de tous les Ukrainiens qui ont prié pour que notre Église reçoive l’autocéphalie. Cependant, il convient de souligner qu’il n’y a et qu’il n’y aura pas d’Église d’État en Ukraine : il existe une véritable liberté religieuse, que tout le monde protège. Les dirigeants du pays ont souligné à plusieurs reprises que l’État n’interférerait pas avec les affaires de l’Église orthodoxe unifiée et ont également assuré aux croyants de l’EUO-PM qui ne veulent reconnaître cette dernière que l’État respecterait leur choix. En dépit des nombreuses intimidations des opposants à la formation d’une nouvelle Église, le processus de la transition des croyants de l’EUO-PM à l’EOU est pacifique, et plus de 150 communautés religieuses de cette Église ont rejoint l’EOU depuis le conseil unificateur.

Pendant longtemps, il y avait un mythe selon lequel l’émergence d’une Église ukrainienne indépendante ne pouvait se faire sans arrangement avec le Kremlin et le patriarcat de Moscou. Mais l’histoire enseigne qu’il n’est pas nécessaire de négocier avec la Russie, parce que, dans la compréhension de l’État russe et de l’Église russe, il n’y a pas d’Ukraine indépendante et celle-ci n’a jamais existé ! Dans cette situation, la Russie ne peut être mise que devant le fait accompli, comme ce fut le cas avec la proclamation de la République populaire ukrainienne en 1918, celle de l’indépendance de l’Ukraine en 1991 ou la révolution de la dignité de 2013-2014. Aujourd’hui, la création d’une Église ukrainienne est devenue un fait de cette nature. Un fait qui rappelle une fois de plus au monde entier que l’avenir de l’Ukraine ne se passe pas à Moscou, mais à Kiev, et que les Ukrainiens n’ont pas besoin de la permission de ceux pour qui ils n’existent pas.

L’Église libanaise a toujours été pour moi un symbole de liberté. De nombreux moines et croyants persécutés ont trouvé refuge dans les montagnes libanaises. Comme l’Ukraine, le Liban a également subi l’oppression de ses grands voisins et des tentatives d’absorption. Quand je suis dans les monastères de montagne libanais, je fais toujours des parallèles avec la laure de Kiev-Petchersk, le skite de Maniavsk dans les Carpates…

J’espère que les orthodoxes libanais soutiendront l’Église ukrainienne autocéphale indépendante orthodoxe, malgré les appels douteux de certaines Églises ne reconnaissant pas sa restauration, qu’ils la soutiendront au moins parce que la création d’une Église ukrainienne indépendante est un acte de restauration de la justice historique.

Ambassadeur d’Ukraine au Liban

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