Nous étions gosses quand la télévision démarra ses programmes en 1959. Une ou deux heures de diffusion en direct. Surgira un jour une belle femme aux fossettes qui séduira les spectateurs : May Menassa. Une femme artiste écrivaine talentueuse. Fille de cette nouvelle technologie, pionnière dans son métier, elle n’avait sûrement pas imaginé comment évoluerait le champ des innovations, surtout avec la naissance du téléphone intelligent. Il est à la fois magique et pernicieux, reconnaîtra-t-elle. Celle qui n’a connu, durant son enfance, que des livres et jamais de jouets, reconnaîtra que si la lecture est une passion pour elle, pour d’autres, c’est une punition. Mes petites-filles ne lisent absolument pas, se plaignait-elle. J’ai tout fait pour planter cette graine, la cultiver chez elles. Tout allait bien, jusqu’à ce téléphone magique qui a tout détruit. Et sur ses propos touchants, on ne peut que rendre hommage à cette grande femme et à sa plume. Nos jeunes, oui, lisent de moins en moins. En ce qui concerne la presse, la plupart des gens ne lisent que les titres sur le net et le papier disparaît doucement. May Menassa croyait au mariage des âmes inséparables. Et à la fin de sa vie et avec l’agonie douce du pays sans vrais responsables, retenons ses belles perles. Je suis révoltée, en colère, obligée de me retrouver à vivre dans ce pays qui nous mène à la tragédie grecque. Je suis là, mais j’ai une mission : celle d’envoyer ma voix en rapportant ce que les gens font de bien… Pour que Ghassan Tuéni ne meure pas deux fois.
Ce texte est le courrier d'un lecteur. A ce titre, il n'engage que son auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue de L'Orient-Le Jour.

