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Moyen Orient et Monde

Après le califat, quid de la coalition internationale ?

Éclairage

L’attitude de Washington devrait déterminer la politique de toutes les forces engagées ensemble contre l’EI.

Julie KEBBI | OLJ
01/02/2019

L’avenir de la coalition menée par Washington contre l’État islamique reste flou, alors que le califat est sur le point de perdre ses derniers territoires. Les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la coalition anti-EI doivent se réunir à Washington le 6 février « pour des discussions approfondies sur la défaite territoriale imminente de l’EI en Irak et en Syrie », a indiqué mardi le département d’État américain, devant marquer une « étape décisive vers la défaite durable » de l’organisation. « Les ministres vont évoquer la prochaine phase de la campagne en Irak et en Syrie, visant à éviter une réémergence de l’EI grâce à l’assistance en matière de stabilisation et de sécurité », a-t-il précisé. Affirmant que l’EI est « vaincu », le président américain, Donald Trump, a annoncé en décembre dernier le retrait des troupes américaines de Syrie, mais le calendrier et les conditions du départ des Américains de Syrie font depuis l’objet de multiples contradictions au sein même de l’administration de Donald Trump.

Ses propos ont été contredits mardi dernier par le directeur américain du renseignement national, Dan Coats, lors de son audition devant la commission du renseignement du Sénat pour la présentation d’un rapport sur l’évaluation des menaces mondiales. Selon lui, l’organisation « est déterminée à ressurgir et commande toujours des milliers de combattants en Irak et en Syrie ». Le président américain s’est empressé de répondre aux propos des chefs du renseignement américain le lendemain, les qualifiant de « naïfs » et affirmant que d’« énormes progrès » avaient été réalisés ces deux dernières années contre l’EI en Syrie. « Il est clair que l’administration Trump préfère une approche globale et flexible pour contrer l’EI et non une approche liée à un pays spécifique », observe pour L’Orient-Le Jour Nicholas Heras, chercheur au Centre pour une nouvelle sécurité américaine (CNAS) et expert des questions de sécurité au Moyen-Orient. « Les efforts visant à vaincre l’EI sont déployés partout dans le monde et les États-Unis estiment qu’en les élargissant depuis la Syrie et l’Irak vers un effort mondial, ils pourront réellement impliquer davantage d’États partenaires », poursuit-il. Le département d’État a toutefois souligné dans son communiqué que « les États-Unis sont déterminés à prévenir toute réapparition de l’EI en Syrie et en Irak après le retrait des forces américaines de Syrie, et réaffirment leur engagement à travailler avec la coalition internationale pour poursuivre la destruction de ce qui reste de l’EI ».


(Lire aussi : En Syrie, un Irlandais ayant rallié l'EI raconte les derniers jours du "califat")


Irréaliste
Lancée en 2014 sous la houlette de Washington, à l’époque du président Barack Obama, la coalition anti-EI avait pour objectif de faire face à l’influence grandissante de l’organisation jihadiste et à la nécessité de la contrer directement sur le terrain. Elle réunit aujourd’hui 79 membres, dont 74 pays et 5 organisations internationales, selon les chiffres du département d’État. Malgré le succès de la coalition sur le terrain, le caractère diffus de l’organisation complique sa tâche alors que des cellules dormantes subsistent. « La plupart des pays participant à la réunion se tourneront vers les États-Unis pour trouver des options potentielles. Ils risquent d’être déçus », nuance Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn, interrogé par L’OLJ. « Une partie de l’administration Trump semble toujours croire au déploiement potentiel de forces arabes pour remplacer ses propres forces », note-t-il avant d’ajouter que « c’était irréaliste il y a des mois, avant le retrait annoncé des États-Unis, et c’est encore moins réaliste maintenant que les États-Unis ont clairement déclaré qu’ils n’envisageaient pas de rester en Syrie ». Donald Trump a interpellé les pays du Golfe à plusieurs reprises pour qu’ils s’engagent davantage sur le terrain syrien pour contrer par la même occasion l’expansion iranienne non loin de leurs frontières. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a notamment effectué une tournée régionale plus tôt ce mois-ci abordant le projet d’une alliance stratégique au Moyen-Orient.

Pour l’instant, l’enjeu majeur porte sur les plans de l’administration Trump une fois son retrait « progressif » de Syrie terminé. Selon des officiels américains, les États-Unis souhaitent aider à la création d’une nouvelle coalition occidentale pour instaurer une zone tampon dans le Nord syrien, a rapporté mercredi le Wall Street Journal. Une proposition qui aurait été rejetée par les différentes parties concernées. « Si les États-Unis arrêtent complètement leurs opérations, nous envisageons simplement un retrait plus large » des membres de la coalition, indique M. Horowitz. « La coalition continuera probablement d’exister pour soutenir la reconstruction de la population civile en Syrie et pourra continuer ses activités en Irak, mais elle aura effectivement cessé toutes ses activités militaires en Syrie », anticipe-t-il. La coalition perdrait également de son influence politique dans la région sans son principal poids lourd aux commandes alors que le camp loyaliste pourrait récupérer les territoires aujourd’hui sous son influence.

En dépit de la décision de Donald Trump, le président français, Emmanuel Macron, a affirmé dernièrement que la France restera « militairement engagée au Levant au sein de la coalition internationale au cours de l’année qui vient » et que « toute précipitation à se retirer serait une erreur ». Quelques jours plus tard, la ministre française des Armées, Florence Parly, a indiqué pour sa part dans l’émission Questions politiques de la radio France Inter, du journal Le Monde et de France Télévisions qu’« une partie très importante de cette coalition, l’essentiel même, se trouve en Irak, ce qui permet de faire plusieurs choses, d’abord d’appuyer la formation des forces armées irakiennes qui elles-mêmes luttent contre le terrorisme, et éventuellement de réintervenir en Syrie, mais sous certaines conditions ». Si la possibilité de mener des opérations en Syrie depuis l’Irak et la Turquie pourrait être sur la table des discussions mercredi, « l’absence de forces terrestres basées en permanence en Syrie et intégrées aux forces locales signifie que le rythme et l’efficacité de ces frappes seront considérablement réduits », nuance M. Horowitz, avant de préciser qu’« il n’est pas certain que le président Trump approuve cette option ».


Repère 

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AIGLEPERçANT

Faut quand même que cette coalition fasse gaffe à leur maître us, il a l'habitude de faire chanter ses moineaux .

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