Le président palestinien Mahmoud Abbas, lors d'une réunion avec le ministre italien des Affaires étrangères Enzo Moavero Milanesi, à Ramallah, en Cisjordanie occupée, le 29 janvier 2019. REUTERS/Mohamad Torokman
Le gouvernement palestinien basé à Ramallah a soumis mardi sa démission au président Mahmoud Abbas, a indiqué l'agence officielle Wafa, sur fond de dissensions persistantes et délétères entre organisations palestiniennes.
Le cabinet continuera à "assumer toutes ses responsabilités jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement soit formé", a rapporté Wafa, citant un communiqué du conseil des ministres réuni à Ramallah, en Cisjordanie occupée. Cette durée est indéterminée.
La démission était attendue. Le Premier ministre Rami Hamdallah avait déclaré lundi mettre son gouvernement "à la disposition" de M. Abbas, président de l'Autorité palestinienne.
L'impact de cette démission sur l'action concrète du gouvernement, déjà restreinte, est peu clair, comme les éventuels calculs politiques de M. Abbas, interlocuteur privilégié de la communauté internationale et sans véritable contre-pouvoir au sein de l'Autorité palestinienne.
M. Abbas s'emploie à former une nouvelle coalition, un effort largement considéré par les analystes comme un moyen supplémentaire d'isoler ses rivaux islamistes du Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza.
Le gouvernement est l'émanation de l'Autorité palestinienne, entité intérimaire internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat indépendant qui comprendrait la Cisjordanie et la bande de Gaza, séparées de quelques dizaines de kilomètres par le territoire israélien.
Les difficultés du gouvernement sont aussi l'une des manifestations des divisions dévastatrices qui sévissent depuis plus de dix ans entre d'une part l'Autorité et le parti laïc Fateh qui la domine, et d'autre part le Hamas.
Le Hamas a pris le pouvoir à Gaza en 2007 au prix d'une quasi-guerre civile avec le Fateh de M. Abbas, après le refus de la communauté internationale de reconnaître la victoire choc des islamistes aux élections parlementaires de 2006.
Le Hamas, qui refuse de reconnaître Israël, est considéré comme un groupe "terroriste" par l'Etat hébreu, les Etats-Unis ou l'Union européenne, et comme infréquentable par certains pays arabes.
L'Autorité palestinienne n'exerce plus son pouvoir, limité par l'occupation israélienne, que sur des fragments de la Cisjordanie.
Israël et le Hamas ainsi que ses alliés à Gaza se sont livré trois guerres à Gaza depuis 2008.
Les divisions palestiniennes sont considérées comme l'un des obstacles à un règlement du conflit avec Israël et à une solution aux maux endurés par Gaza: conflits, blocus israélien et égyptien, pauvreté...
Tous les efforts pour mettre fin à une décennie de différends dévastateurs entre le Fateh et le Hamas ont échoué. En 2018, M. Hamdallah avait essuyé un attentat contre son convoi en 2018 lors d'une rare visite à Gaza. Il s'en était sorti indemne.
Le gouvernement Hamdallah est le vestige du cabinet de personnalités indépendantes que le Fateh et le Hamas s'étaient entendus pour créer en 2014, avant que cet effort de raccommodement ne vole en éclats.
Le comité central du Fateh a recommandé dimanche la formation d'un nouveau gouvernement formé de membres de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), entité reconnue internationalement comme représentant les Palestiniens des Territoires et de la diaspora.
Le Hamas ne fait pas partie de l'OLP.
Un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a accusé M. Abbas de chercher à établir un "gouvernement séparatiste" à des fins personnelles.
M. Abbas a pris ces dernières années une série de mesures de rétorsion pour tenter de forcer, en vain, le Hamas à remettre les rênes du pouvoir à l'Autorité palestinienne à Gaza. Pour des observateurs, ces mesures attisent les tensions dans l'enclave, qui a frôlé une nouvelle guerre avec Israël en 2018.
L'Autorité s'inquiète d'être mise à l'écart en voyant des acteurs internationaux, face à l'acuité de la situation à Gaza, traiter avec le Hamas. Elle s'alarme également de la disjonction grandissante entre la Cisjordanie et Gaza et du risque que cet éloignement fait peser sur la création d'un Etat palestinien comprenant les deux territoires.
L'Autorité est largement discréditée auprès des Palestiniens. Elle a fait face récemment à des grèves contre un nouveau système de retraite. M. Abbas a finalement décidé de retirer la réforme, selon l'agence Wafa.


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