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Moyen Orient et Monde

En Afghanistan, Washington avance vers le désengagement militaire malgré les risques

conflit

Le plus long round de négociations entre les États-Unis et les talibans s’est achevé samedi à Doha.

28/01/2019

Un nouveau round de négociations directes entre Washington et les talibans a suscité l’espoir d’une avancée vers une résolution du conflit, mais le chemin reste encore très long. Après six jours à Doha, où les talibans disposent d’un bureau de représentation dédié à ces initiatives diplomatiques, Washington et le groupe islamiste ont affirmé leur volonté de poursuivre les négociations. « Les réunions ici ont été plus productives que par le passé. Nous avons réalisé des progrès significatifs sur des questions vitales », a annoncé dans un tweet samedi l’émissaire américain pour l’Afghanistan, Zalmay Khalilzad. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a affirmé dans un tweet que des progrès avaient été accomplis sur « le retrait » américain et « d’autres questions vitales », et souligné que les insurgés voulaient toujours négocier : « Comme ces questions sont critiques et nécessitent une discussion approfondie, il a été décidé que les discussions sur des questions non résolues reprendraient lors de réunions futures similaires. » Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a pour sa part déclaré sur Twitter que les nouvelles de Doha étaient « encourageantes » et que les États-Unis étaient « sérieux dans la recherche de la paix ».

Le but des discussions est de trouver un moyen d’amener les talibans à la table des négociations avec le gouvernement afghan afin de chercher une issue au conflit afghan. Pour cela, il faut d’abord répondre aux exigences de Washington et du mouvement insurgé. Pour les talibans, il s’agit d’obtenir un calendrier de retrait des forces étrangères en Afghanistan, tandis que les États-Unis cherchent à obtenir la promesse que l’Afghanistan ne servira plus de base arrière à des groupes extrémistes pour lancer des attaques contre des pays étrangers. Parmi les autres questions au menu des négociations figurent un éventuel cessez-le-feu, un échange de prisonniers et une intégration des talibans dans le processus politique qui ne nuise pas à la légitimité du gouvernement élu de Kaboul. « Il n’y a pas de résolution du conflit tant que nous n’avons pas d’accord sur tout, et ce tout doit inclure un dialogue entre Afghans et un cessez-le-feu complet », a ajouté M. Khalilzad, qui est arrivé hier à Kaboul « pour des consultations » avec le président afghan Ashraf Ghani, dont le gouvernement, qui n’a pour l’heure fait aucun commentaire, a jusqu’ici été tenu à l’écart par les talibans, qui le considèrent comme une « marionnette » américaine.

Avec en toile de fond la volonté de désengagement militaire du locataire de la Maison-Blanche qui avait annoncé en décembre dernier un retrait de Syrie et d’Afghanistan, deux éléments ont en outre été perçus par les observateurs du conflit afghan comme un signe du sérieux de ces négociations, les plus longues jusqu’ici. D’abord le fait que l’émissaire américain a plus d’une fois prolongé son séjour à Doha. Ensuite, le fait que les talibans aient nommé un nouveau négociateur en chef jeudi dernier, en plein milieu des négociations. Le nouveau responsable, le mollah Abdul Ghani Baradar, un des dirigeants fondateurs du groupe, avait été capturé lors d’un raid conjoint entre les forces américaines et pakistanaises à Karachi il y a huit ans, avant d’être libéré en octobre dernier. Pour des diplomates occidentaux et des officiels afghans repris par le New York Times, cette nomination est un signe que les talibans prennent les négociations au sérieux et qu’ils sont engagés dans ce processus, alors que le journal américain rappelle que le mollah Baradar est connu pour avoir été un puissant lieutenant du mollah Mohammad Omar, le fondateur et guide suprême des talibans, décédé en 2013 au Pakistan. Le statut d’aîné dans l’histoire et la hiérarchie du groupe du nouveau négociateur en chef permettrait sans doute à un éventuel accord d’être accepté par une majorité des membres du groupe islamiste. « On m’a dit que les négociations se déroulaient très bien et qu’un accord » susceptible d’amener les insurgés à négocier la paix « est proche », a déclaré, selon le New York Times, Sayed Akbar Agha, un ancien responsable taliban basé à Kaboul qui entretient toujours des contacts avec des dirigeants du groupe islamiste, ajoutant que « l’Afghanistan n’a jamais été aussi proche de la paix. Ce qui se passe maintenant ne s’est jamais produit auparavant ».


(Pour mémoire : Les États-Unis exigent des talibans des discussions directes avec Kaboul)


« Maquiller un retrait américain »

Mais la route reste longue. « Jusqu’à ce que la question du retrait des forces étrangères de l’Afghanistan soit acceptée, il est impossible d’avancer sur d’autres questions », a écrit le porte-parole des talibans, précisant qu’à ce stade, les « rumeurs par certains médias d’un cessez-le-feu » et de l’ouverture « de pourparlers avec l’administration de Kaboul sont fausses », tout comme celles portant sur un plan de retrait américain sur 18 mois. Le président afghan Ashraf Ghani avait pris l’an dernier l’initiative de proposer un plan de paix comprenant un cessez-le-feu et appelant à intégrer les talibans dans le processus politique. Les insurgés, qui avaient refusé cette offre, pourraient ne pas vouloir changer de position. « Les talibans n’accepteront pas un accord de partage du pouvoir », a indiqué à l’AFP l’analyste afghan Nazar Mohammad Mutmaeen.


(Pour mémoire : Année noire pour l’Afghanistan, qui craint encore pire en 2019)


Des civils afghans se montraient prudents hier. « Je ne crois pas que les talibans feront la paix », a estimé Rajab Ali, un habitant de Kaboul interrogé par l’AFP. « Des jours plus sombres attendent l’Afghanistan », écrit Ashraf Sultani sur Facebook : « Une fois que les États-Unis seront partis, les talibans vont lancer une fatwa pour la poursuite de leur guerre, et le pays plongera à nouveau dans une guerre civile sanglante. » Pour sa part, Ryan Crocker, ancien ambassadeur américain en Afghanistan, estime que ces négociations servent à « maquiller un retrait américain », et affirme que ces négociations lui rappellent les pourparlers de paix de Paris sur le Vietnam, selon le New York Times. « En allant à la table, nous disions essentiellement aux Vietnamiens du Nord et au Viet-cong : nous nous rendons. » M. Crocker justifie son approche en estimant que les États-Unis n’ont « pas beaucoup d’effet de levier ici ». Le mouvement insurgé négocie en effet en position de force, infligeant quotidiennement de lourdes pertes aux forces afghanes. En outre, environ 15 millions de personnes, soit la moitié de la population afghane, vivent dans des zones contrôlées par les talibans ou dans lesquelles les militants sont ouvertement présents. « Il ne faut pas sous-estimer la complexité du chemin qui reste à parcourir », a déclaré l’analyste Borhane Osmane à l’AFP. Amener les talibans à discuter avec Kaboul ne serait qu’une première étape, « des négociations épineuses » se profilent ensuite, « avec des parties prenantes autres que les talibans et les États-Unis ». Notamment les pays voisins comme le Pakistan et l’Iran. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Pakistan – les seuls pays à avoir reconnu le régime taliban de la fin des années 1990 – ont participé aux pourparlers de Doha.


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