Trophée de l’Open d’Australie et couronne de n° 1 mondiale, Naomi Osaka est au sommet du tennis féminin. Saeed Khan/AFP
Quatre mois après son premier sacre en grand chelem, à l’US Open, Naomi Osaka (n° 4) a confirmé, en s’offrant l’Open d’Australie, qu’elle a tout d’une n° 1 mondiale. La jeune Japonaise (21 ans), qui naviguait autour de la 70e place il y a un an, va ainsi devenir la reine du tennis féminin dès ce matin au classement WTA. En finale à Melbourne, Osaka est venue à bout de la joueuse tchèque Petra Kvitova (n° 6) après quasiment 2h30 de jeu (7-6 (7/2), 5-7, 6-4).
Et si le tennis féminin venait de se trouver une nouvelle patronne ? Naomi Osaka n’est que la 3e joueuse depuis 15 ans, hors la joueuse américaine Serena Williams, à rafler deux tournois majeurs consécutifs, après les joueuses belges Kim Clijsters (2010-2011) et Justine Henin (2003-2004). Elle met aussi fin à la valse des lauréates en grand chelem : les huit derniers tournois avaient été remportés par des joueuses différentes. La manière dont elle avait tenu le choc, imperturbable, à l’US Open début septembre dernier, tout au long d’une finale explosive face à Serena Williams, qui s’était emportée contre l’arbitre, laissait penser que la Japonaise avait les nerfs solides. Loin d’un coup d’éclat sans lendemain, elle a prouvé à Melbourne sa capacité exceptionnelle à se sublimer dans les grandes occasions. Son palmarès ne déborde pas de titres, au contraire. Mais parmi les trois trophées qu’elle possède, deux sont ceux de tournois du grand chelem et le dernier est un des plus prestigieux du circuit hors tournois majeurs (Indian Wells).
Une sorte de robot
Sur la Rod Laver Arena, c’est sans euphorie mais avec émotion, accroupie sur le court et les larmes au coin des yeux, qu’Osaka a accueilli son double couronnement. Car elle a traversé des montagnes russes émotionnelles au cours de la finale. Victorieuse du 1er set au jeu décisif, quelques jeux après avoir écarté une série de balles de break, la Japonaise se dirigeait vers une victoire en deux manches quand elle s’est procuré trois balles de match sur le service de Kvitova, à 5-3. La gauchère tchèque (28 ans) a alors remporté neuf des dix points suivants, commençant par sauver son service puis recollant à 5 jeux partout alors qu’Osaka servait pour le gain du tournoi. Deux jeux plus tard, Kvitova égalisait à un set partout, sur une double faute de son adversaire, et Osaka s’échappait aux vestiaires, larmes coulant sur la joue et serviette sur la tête.
Revenue sur le court visage fermé – une expression qu’elle a gardée tout au long du 3e set –, la joueuse nippone a trouvé les ressources pour dominer la manche décisive en s’appuyant sur sa formidable qualité de frappe. Comment s’est-elle ressaisie ?
« J’ai essayé de débrancher littéralement toutes mes émotions. J’avais la sensation d’être une sorte de robot. J’exécutais mes ordres, je faisais juste ce que je me suis entraînée à faire toute ma vie », a décrit Osaka. « Bien sûr, j’étais très déçue et triste quand j’ai eu ces trois balles de match. Puis je me suis dit que je ne pouvais pas agir de façon immature, que j’étais en finale de grand chelem », a expliqué celle qui est passée à deux jeux de l’élimination (7-5, 4-1) au 3e tour contre la joueuse taïwanaise Hsieh Su-wei (27e mondiale).
Quant à Kvitova, même si sa quinzaine australienne s’achève sur une défaite, son retour vers les sommets est admirable, un peu plus d’un an après avoir subi une agression au couteau au cours d’un cambriolage à son domicile en République tchèque. Blessée à la main gauche, la joueuse avait dû être opérée et avait été éloignée des courts pendant cinq mois. « C’est fou ! Je n’arrive pas à croire que je viens de rejouer une finale de grand chelem », a-t-elle lâché les yeux brillants et la voix tremblante, rappelant qu’à un moment donné, elle « ne savait pas si (elle) allai(t) pouvoir tenir de nouveau une raquette ». « Ma main n’est pas à 100 % et ne le sera jamais, a constaté Kvitova. J’essaie juste d’en tirer le maximum. Je n’aurais pas imaginé à l’époque redevenir ce genre de joueuse. » Aujourd’hui, elle grimpera à la 2e place mondiale.
Djokovic double Sampras
Londres (Wimbledon), New York (US Open) et, maintenant, Melbourne… La résurgence de Novak Djokovic, qui était sur une table d’opération il y a encore un an, n’en finit plus : le n° 1 mondial s’est offert un 7e sacre record à l’Open d’Australie, un 15e en grand chelem, en surclassant Rafael Nadal. Le joueur espagnol n’a tenu que 2h04 – moins de temps que la finale dames (2h27) – sur la Rod Laver Arena, concassé par l’infernale machine serbe (6-3, 6-2, 6-3). Jamais auparavant, Nadal n’avait sombré en trois sets en finale de grand chelem. « Je revois le chemin parcouru ces 12 derniers mois. Il y a un an exactement, j’étais opéré. Être debout devant vous aujourd’hui et avoir réussi à gagner ce titre, trois titres du grand chelem de plus, c’est extraordinaire, a retracé Djokovic. Je suis sans voix ! »
Un rapide retour en arrière permet de mesurer combien le redressement est colossal. Il y a un an, Djokovic (31 ans) était sur le point de se faire opérer du coude droit dans la foulée de son élimination en 8es de finale de l’Open d’Australie (par le joueur sud-coréen Chung Hyeon) et avait le moral dans les chaussettes, entre crise de confiance et de motivation larvée. Fin juin, après avoir quitté Roland-Garros moribond, il était même éjecté du top 20 pour la première fois depuis près de 12 ans. Il était pourtant sur le point de recouvrer ses esprits et sa plénitude physique, lui qui avait renoué au printemps dernier avec l’entraîneur slovaque de tous ses succès, Marian Vajda, après un an de séparation : depuis l’été dernier, il s’est montré irrésistible dans les grandes occasions, triomphant successivement donc à Londres, New York puis Melbourne. Resté bloqué deux ans, entre 2016 et 2018, son compteur de titres en grand chelem s’emballe depuis six mois. Avec une 15e couronne, Djokovic dépasse le joueur américain Pete Sampras (14 sacres) et s’installe seul au 3e rang des joueurs les plus titrés en grand chelem. Le Serbe devient aussi le premier à répéter trois fois une série d’au moins trois sacres d’affilée en tournois majeurs (déjà trois de suite entre 2011 et 2012, et quatre consécutifs entre 2015 et 2016).
Nadal (32 ans), lui, reste à 17 trophées majeurs, à trois unités du record détenu par le joueur suisse Roger Federer. Sur la Rod Laver Arena, il n’a pu que surnager. Breaké d’entrée, il n’avait marqué qu’un seul point après trois jeux. Et jamais il n’est parvenu à installer un combat avec Djokovic, étouffé par la régularité sans faille de son adversaire. Illustration de la domination sans partage du n° 1 mondial, Nadal a dû patienter 1h45 pour obtenir, en vain, son unique balle de break du match. « C’est un des meilleurs matches, si ce n’est le meilleur, que j’aie joués en finale de grand chelem », a estimé Djokovic. Nadal avait pourtant impressionné tout au long de la quinzaine australienne, porté par un service remodelé. Pour la première fois à Melbourne, il avait même rallié la finale sans laisser échapper le moindre set. Mais Djokovic continue décidément de lui résister sur dur : Nadal ne l’a plus battu sur cette surface depuis plus de cinq ans (US Open 2013). Et Melbourne s’entête dans le rôle du tournoi du grand chelem qui réussit le moins à Nadal. C’est le seul qu’il n’a apprivoisé qu’une fois, il y a 10 ans.
Source : AFP

