Le mollah Abdul Ghani Baradar, cofondateur du mouvement taliban, a été nommé chef du bureau politique taliban à Doha, où se déroulent depuis lundi des pourparlers avec des représentants américains visant à mettre un terme à 17 années de conflit en Afghanistan.
"L'estimé mollah Abdul Ghani Baradar a été nommé (...) chef du bureau politique", a indiqué le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, dans un communiqué publié tard jeudi. "Cette mesure a été prise pour renforcer et gérer correctement le processus de négociations en cours avec les États-Unis", ajoute-t-il. "L'équipe de négociateurs (des talibans) va poursuivre ses pourparlers avec les Etats-Unis", précise-t-il.
Cette annonce intervient alors que les insurgés ont indiqué jeudi avoir mené quatre jours de pourparlers avec des représentants américains à Doha. On ignore si ces négociations se sont poursuivies vendredi. La durée de ces échanges, inédite selon des spécialistes, a donné lieu à des espoirs d'un accord ouvrant la voie à de véritables pourparlers de paix.
Mais Washington, qui avait confirmé mardi des discussions au Qatar entre son émissaire pour l'Afghanistan Zalmay Khalilzad et des représentants des talibans, n'a fait aucun commentaire depuis.
Les autorités afghanes ont pour leur part déploré que les talibans s'obstinent à les exclure des discussions et souligné que tout accord nécessiterait leur approbation.
Abdul Ghani Baradar, ex-numéro deux de la rébellion islamiste, avait aidé le mollah Omar, décédé en 2013, à fonder le mouvement taliban. Arrêté au Pakistan en 2010 dans une opération considérée alors comme ayant porté un coup fatal au mouvement, il avait été libéré en octobre dernier à la suite d'une première rencontre à Doha, jamais confirmée par les Etats-Unis, avec Zalmay Khalilzad.
L'analyste militaire afghan Ateequllah Amarkhail le décrit comme "un poids lourd" taliban et estime qu'il peut avoir de l'influence sur le mollah Muhammad Rasool, chef d'une faction dissidente. "La nomination de Baradar pourrait unifier le mouvement taliban", estime-t-il, voyant "des raisons d'espérer que Baradar joue un rôle clé dans le rétablissement de la paix en Afghanistan".
Outre la nomination du mollah Baradar, "de multiples changements ont également eu lieu dans les départements militaire et civil" talibans, ajoutent les insurgés dans leur communiqué, sans plus de détails.
28 soldats tués par jour depuis 2014
Les combats se poursuivent parallèlement aux discussions en cours. Des opérations antiterroristes sont menées sur tout le territoire. A la suite de l'une d'entre elles mercredi dans la province du Helmand (sud), le ministère afghan de la Défense a annoncé vendredi la formation d'une commission d'enquête sur des informations faisant état de 16 victimes civiles lors d'une frappe aérienne.
Malgré l'appui de l'armée de l'air américaine, les troupes afghanes qui depuis début 2015 mènent seules les combats au sol, essuient de très lourdes pertes que les experts qualifient d'"intenables".
Jeudi au Forum économique de Davos, le président Ashraf Ghani a révélé que 45.000 membres des forces de sécurité afghanes avaient péri depuis son élection en septembre 2014, ce qui représente en moyenne plus de 28 décès par jour. "Depuis que je suis président (...) plus de 45.000 membres des forces de sécurité ont payé le prix du sacrifice ultime", a dit M. Ghani, comparant ce chiffre avec les "moins de 72" morts parmi les soldats de la coalition internationale.
Ce nouveau bilan est beaucoup plus élevé que celui révélé en novembre. M. Ghani avait alors déclaré que 28.529 membres des forces afghanes avaient péri depuis début 2015, soit un ratio de quelque 20 décès par jour.


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