"On appelle les autorités françaises à revoir la manière avec laquelle elles exportent les armes qui sont utilisées aujourd'hui en Egypte pour réprimer", a souligné lors d'un point de presse Antoine Madelin, responsable du plaidoyer pour la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), critiquant une répression "Made in France".
"Nous attendons des messages forts et des changements en terme de pratique, tout particulièrement sur la question du transfert des armes françaises vers l'Egypte", a abondé Yves Prigent, responsable du programme "Responsabilité des Etats et des entreprises" pour Amnesty International.
Selon des informations du journal La Tribune, la France pourrait finaliser la vente de 12 avions de chasse Rafale en Egypte au cours de la visite d'Emmanuel Macron, la semaine prochaine, alors que Le Caire a déjà acquis par le passé des Rafale.
Selon un rapport publié en juin par plusieurs ONG, dont la FIDH, les ventes d'armes de Paris au Caire sont passées de 39,6 millions d'euros en 2010 à 1,3 milliard en 2016.
"Le partenariat entre la France et l'Egypte est un partenariat commercial extrêmement fructueux mais avant tout c'est un partenariat schizophrène puisqu'il pousse la France à contredire ses obligations internationales", a déploré Antoine Madelin. Dans des accords internationaux, la France s'est engagée juridiquement "à ne pas vendre des armes ou du matériel de surveillance si celui-ci peut-être utilisé pour commettre des violations des droits de l'homme", a-t-il ajouté.
Régulièrement interrogé sur la situation des droits humains en Egypte, le ministère français des Affaires étrangères assure "avoir un dialogue franc et régulier" avec Le Caire sur cette question.
Dimanche, le ministre français de l'Economie Bruno le Maire avait salué le "travail remarquable" et les "choix courageux" du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour redresser l'économie de son pays.
En octobre 2017, lors de la visite de M. Sissi en France, Emmanuel Macron avait refusé de lui "donner des leçons", sur la question des droits de l'homme.
Jeudi, lors de ce point de presse à Paris, Amnesty et la FIDH, rejointes par Human Rights Watch, Euromed Rights et le directeur de l'Institut du Caire pour les études des droits de l'homme, Bahey el-Din Hassan, ont aussi dénoncé l'utilisation de lois antiterroristes en Egypte pour arrêter des militants.
"On recense aux alentours de 60.000 détenus prisonniers d'opinion en Egypte, des activistes défenseurs des droits humains, défenseurs de droits des femmes, ont été poursuivis, condamnés", a noté Antoine Madelin.
Parmi les cas les plus médiatisés, Amal Fathi, ancienne actrice et mannequin de 34 ans, a été condamnée début janvier à deux ans de prison pour "diffusion de fausses informations" et "incitation au renversement du régime". Elle avait partagé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle critiquait le manque d'action des autorités face au harcèlement sexuel en Egypte.


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