La justice israélienne a inculpé jeudi d'homicide un adolescent juif pour la mort d'une Palestinienne tuée par un jet de pierre contre sa voiture, dans un contexte de recrudescence des violences de la part de colons en Cisjordanie occupée.
L'adolescent, âgé de 16 ans, a été inculpé d'homicide avec les circonstances aggravantes du caractère "terroriste" de ses actes, a indiqué le ministère de la Justice dans un communiqué.
Mu "par des convictions idéologiques racistes et hostiles aux Arabes", et "indifférent au risque de provoquer la mort", il est accusé d'avoir lancé avec force une pierre de deux kilos à travers le pare-brise d'une voiture circulant à grande vitesse en contrebas, le 12 octobre au sud de Naplouse.
Aisha al-Rabi, 48 ans et mère de huit enfants, roulait avec son mari et sa fille de neuf ans quand elle a été touchée à la tête sur le siège passager. Elle a succombé le jour même dans un hôpital de Naplouse.
L'accusation a demandé le maintien en détention du suspect. La justice n'a pas communiqué son nom parce qu'il est mineur. Il a été identifié comme élève d'une école religieuse de la colonie de Rehalim, proche des lieux des faits.
Quatre autres élèves de l'école, également mineurs, ont été arrêtés avec lui le 30 décembre, et longuement interrogés avant d'être assignés à résidence, sans qu'on connaisse leur degré d'implication.
Le principal suspect a, lui, longtemps refusé de coopérer avec les enquêteurs, selon les médias. Il n'est sorti de son silence que cette semaine pour fournir sa version des faits face au principal élément à charge: des traces de son ADN sur la pierre, ont dit les médias.
Ces évènements sont une illustration de la coexistence souvent conflictuelle qu'environ 450.000 colons israéliens mènent avec plus de 2,5 millions de Palestiniens en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis plus de 50 ans.
Soldats et colons israéliens sont la cible d'attaques au couteau ou à l'arme à feu de la part de Palestiniens. Les Palestiniens eux-mêmes dénoncent en retour les vicissitudes de l'occupation et de la colonisation, et les exactions de colons, qu'il s'agisse d'agressions, de jets de pierres ou de destruction de leurs oliveraies.
Ces agissements sont en particulier le fait de jeunes animés par la haine des Arabes, la soif de vengeance ou une vision messianique aspirant à la restauration - y compris en Cisjordanie - des royaumes anciens de Judée et d'Israël placés sous la règle de la Torah.
Cet activisme a culminé en 2015 dans l'incendie criminel d'une maison palestinienne de Douma, qui avait coûté la vie à un bébé de 18 mois et à ses deux parents. Deux juifs radicaux ont été inculpés en 2016. Mais la justice israélienne a partiellement invalidé leurs aveux depuis, créant l'incertitude sur la solidité du dossier d'accusation.
Les enquêtes sur ce que les médias appellent souvent le "terrorisme juif" sont très sensibles en Israël. Les autorités israéliennes sont accusées par les défenseurs des Palestiniens de traîner les pieds contrairement aux attaques commises contre des Israéliens, et par les supporteurs des suspects de détention arbitraire ou de mauvais traitements.
Cette configuration s'est reproduite jeudi. "Cette inculpation, fondée sur des éléments génétiques bancals, ne tiendra pas la route lors du procès", ont dit les avocats du suspect cités dans un communiqué de l'organisation Honenu qui défend de telles affaires.
Le père du suspect a dénoncé une volonté "de trouver un coupable par tous les moyens". "Nous savons que notre fils est innocent", a-t-il affirmé, cité par Honenu.
Le mari de la victime, Yacoub al-Rabi, a dit "ne pas avoir confiance en la justice israélienne". Il a rapporté que ceux qui s'en étaient pris à la voiture étaient au moins cinq, et qu'un seul se retrouvait inculpé. "Je veux que tous ceux qui ont tué ma femme soient jugés par un tribunal international", a-t-il dit à l'AFP.
Les crimes et délits commis par des juifs contre des Palestiniens en Cisjordanie ont presque triplé en 2018, selon le quotidien israélien Haaretz, passant de 140 en 2017 à 482, chiffre à mi-décembre.
La plupart des délits ont consisté en des graffitis racistes ou des déprédations sur des voitures ou des oliviers, mais ils incluent aussi des violences physiques.
Interrogé par l'AFP, le Shin Beth a fait état de 295 incidents violents de la part d'Israéliens en 2018 en Cisjordanie, contre 197 en 2017. Ces incidents ont visé aussi bien des Palestiniens que des membres des forces israéliennes.


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