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Musée juif de Bruxelles : la défense de Nemmouche tangue face à l'enquête

AFP
22/01/2019

La stratégie de défense de Mehdi Nemmouche, jugé aux assises pour quatre assassinats en 2014 au musée juif de Bruxelles, a vacillé mardi face aux auditions des deux juges d'instruction chargées de l'enquête. Faute d'être autorisés à poser des questions avant la semaine prochaine, les trois avocats du jihadiste français ont dû assister, impuissants, au démontage en règle de leur version des faits. A commencer par la thèse --qu'ils n'ont pas encore détaillée-- d'un "lien" entre les assassinats et le Mossad, le service de renseignement israélien.

La présidente aux enquêtrices: "Y a-t-il un élément qui a pu faire penser à des liens avec le Mossad ?" "Aucun", tranchent-elles, semblant ne donner aucun crédit à la défense, parfois qualifiée de complotiste, des avocats de Nemmouche. Selon eux, la tuerie du musée juif n'est pas un attentat du groupe jihadiste Etat islamique (EI), mais "une exécution ciblée d'agents du Mossad", Miriam et Emmanuel Riva, un couple de touristes israéliens qui font partie des victimes.

Tous deux, affirment les avocats, ont travaillé pour le Mossad et vécu à Berlin, où ils "surveillaient les mouvements chiites". L'enquête montre en effet que la famille Riva a vécu entre 2008 et 2012 dans la capitale allemande, où M. Riva a travaillé pour l'ambassade d'Israël. Quant à Mme Riva, elle a bien travaillé "jusqu'à sa retraite" pour le Mossad. Mais c'était en tant que comptable et "pas sur le terrain opérationnel", expliquent les juges Berta Bernardo-Mendez et Claire Bruyneel, qui citent aussi une note du dossier signée de la Sûreté de l'Etat, les services de renseignement belges, pour qui le "lien avec le Mossad (...) n'est pas fondé".


"De la magie !"
Place à une autre victime: Alexandre Strens, un employé du musée mort à 26 ans. Lui est le fils d'un musulman sunnite marocain converti au chiisme. Un homme "fiché pour des activités séditieuses à l'ambassade d'Iran", avait assuré Me Courtoy la semaine passée. Il existe "une piste évoquée par la Sûreté de l'Etat, qui mène vers l'Iran et le Hezbollah", avait-il ajouté sans donner de précision. Réponse mardi des enquêtrices: cet homme a bien participé à des manifestations pro-iraniennes dans les années 80 et 90. Mais rien de plus. Existe-t-il un lien entre Alexandre Strens et les Riva ? "Aucun, aucun, aucun", répondent-elles.

L'audience se concentre alors sur la vidéosurveillance: le tueur porte-t-il des gants ? Possible, selon l'accusation, ce qui expliquerait pourquoi l'ADN de Nemmouche n'a pas été retrouvé sur la porte du musée, que le tueur a touché à plusieurs reprises. Cette absence d'ADN du jihadiste sur la porte est un des arguments de poids de la défense, qui assure en même temps que le tueur ne portait pas de gants. Une manière de les dissocier clairement.

Même dilemme à propos d'une photo que la défense dit "truquée": une capture du visage du tireur, dont les lunettes de soleil auraient été effacées pour être remplacées par les traits de Nemmouche. Le policier à l'origine de l'image, diffusée dans la presse comme avis de recherche, jure qu'il n'a fait que l'éclaircir avec Photoshop. "Sur le film, on voit que les lunettes disparaissent et réapparaissent. C'est de la magie", lâche Me Courtoy. "On a carrément touché au film !"

Interrogé plusieurs fois par la présidente, Mehdi Nemmouche, lui, reste impassible. Quelle que soit la question il répond: "Mes avocats vous l'expliqueront ultérieurement". Explication de Me Courtoy à l'agence Belga: son client "voulait parler au procès mais je le lui ai interdit", de crainte qu'on ne l'interroge "que pour le coincer".

A quelques rues du tribunal, le musée juif a reçu mardi la commissaire européenne chargée de la Justice, Vera Jourova. Une façon pour l'exécutif européen de souligner, en plein procès, l'importance du combat contre l'antisémitisme.

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