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Canadiens détenus : Pékin dénonce la lettre ouverte d'ex-diplomates

AFP
22/01/2019

 La Chine a dénoncé mardi un groupe d'anciens diplomates et de chercheurs ayant signé une lettre ouverte adressée au président chinois Xi Jinping et demandant la libération de deux Canadiens détenus dans le pays.

L'ex-diplomate Michael Kovrig et le consultant Michael Spavor ont été arrêtés le 10 décembre 2018. Ils sont soupçonnés d'avoir mené des activités "menaçant la sécurité nationale". Ces interpellations sont largement perçues en Occident comme des mesures de rétorsion après l'arrestation début décembre à Vancouver, sur demande de la justice américaine, de Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei.

Ex-employé de l'ambassade du Canada à Pékin, Michael Kovrig travaille pour le cabinet de réflexion International Crisis Group, où il est spécialisé sur la Chine. Michael Spavor facilite les voyages en Corée du Nord, comme ceux de l'ex-star de NBA Dennis Rodman.

La lettre ouverte affirme que ces deux Canadiens travaillaient à améliorer la compréhension de la Chine à l'étranger et à promouvoir ses relations avec le reste du monde. "Les détentions de MM. Kovrig et Spavor envoient le message que ce type de travail constructif n'est pas le bienvenu en Chine, et peut même être risqué", affirme le texte signé par 143 personnes.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a fermement réagi lors d'un point de presse régulier. "C'est un appel public qui vise à exercer une pression", a-t-elle dénoncé. "C'est un manque de respect pour la souveraineté judiciaire de la Chine et pour l'État de droit le plus élémentaire."
Ironisant sur le faible nombre de signataires par rapport aux nombreux diplomates et chercheurs étrangers actuellement présents en Chine, elle a estimé qu'ils "ne peuvent pas représenter la voix majoritaire de la communauté internationale". "Souhaitent-ils que 1,4 milliard de Chinois signent une lettre ouverte adressée au dirigeant canadien ? Je pense que la voix de la justice du peuple chinois serait bien plus forte que celle de ces 100 personnes", a-t-elle conclu.

Ce document est publié en pleine crise diplomatique entre Pékin et Ottawa, qui a commencé avec l'arrestation de Meng Wanzhou. La justice américaine la soupçonne de complicité de fraude pour contourner les sanctions contre l'Iran.


"Un abus"
L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, a déclaré lundi que Washington allait formellement demander son extradition, selon le quotidien canadien Globe and Mail.

"Ce n'est pas une affaire ordinaire. C'est un abus du traité d'extradition entre les États-Unis et le Canada", a dénoncé la porte-parole chinoise.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui avait attisé la colère de Pékin en jugeant "arbitraires" les détentions des deux Canadiens, s'est félicité de la lettre ouverte, soulignant l'attachement de son pays à l'État de droit. "Notre système judiciaire est indépendant de toute interférence politique et c'est une chose que le Canada défendra toujours", a-t-il déclaré à des journalistes à Ottawa.

Parmi les signataires figurent six ex-ambassadeurs du Canada en Chine (Fred Bild, Joseph Caron, Earl Drake, David Mulroney, Guy Saint-Jacques et Robert Wright) ou encore d'anciens ambassadeurs des États-Unis (Gary Locke et Winston Lord). Des chercheurs spécialisés sur la Chine ont également apposé leur signature.
"Nous, qui partageons l'enthousiasme de MM. Kovrig et Spavor (...), devons maintenant faire preuve de davantage de prudence lorsque nous voyageons et travaillons en Chine, et lorsque nous sommes en contact avec nos homologues chinois", souligne la lettre ouverte. "Cela conduira à moins de dialogue et à davantage de méfiance et sapera les efforts pour gérer les différends et identifier les terrains d'entente. La Chine et le reste du monde en pâtiront."

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