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Liban

Nadim Gemayel : Je n’ai pas grandi dans une atmosphère nourrie de rancœur et de haine

Rencontre

Le député de Beyrouth se prononce pour un dialogue « profond et constructif » entre les Libanais.


11/01/2019

C’est accompagné de l’un des anciens compagnons de son père, Alfred Madi, président de la Fondation Bachir Gemayel, et de Joseph Toutounji, que le député Nadim Gemayel est arrivé hier au siège de l’ordre des rédacteurs pour une rencontre-débat avec les membres du conseil fraîchement élu, à leur tête Joseph Kossayfi.

Animé, le débat a été surtout marqué par la jovialité du député qui a d’ailleurs précisé, en réponse à une question, qu’il n’a pas grandi dans une atmosphère qui le poussait à la haine, à la rancœur et à la vengeance. Sa volonté de désarmer le Hezbollah vient simplement de son souci de rétablir l’équilibre interne ébranlé par la possession par une partie libanaise d’armes en dehors de l’État. Son ouverture et son réalisme, dit-il, le poussent d’ailleurs à prôner le rétablissement des relations avec l’État syrien, quel que soit le régime en place, puisque la Syrie est le seul poumon terrestre économique et commercial du Liban, sachant qu’il ne peut pas établir des relations avec Israël.

En même temps, le député précise qu’il faut en finir avec les accusations de trahison réciproques que se lancent les parties libanaises, comme celles qui viennent de toucher le Dr Farès Souhaid qui avait déclaré qu’il faudrait une paix globale dans la région appelant les Libanais, et en particulier les chrétiens, à être des pionniers dans ce domaine. Nadim Gemayel ajoute qu’il est en faveur d’une ouverture économique dans la région qui assure la prospérité aux populations, un peu dans le sens adopté actuellement par les pays du Golfe. Il ajoute qu’il faudrait aussi réconcilier les régimes avec leurs peuples.Pour Nadim Gemayel, il est donc temps au Liban, pour chaque partie, de mettre ses appréhensions sur la table pour un dialogue profond et constructif qui pourrait aboutir à l’adoption d’une nouvelle conception de l’unité nationale. M. Gemayel est d’ailleurs prudent dans le choix de ses mots, pour ne pas susciter de nouvelles polémiques, soucieux, dit-il, de faire avancer les discussions, et non de les entraver par des positions radicales. Quand on lui reproche d’utiliser pourtant des termes qui rappellent l’époque de la guerre (interne), comme « appréhensions, dialogue, unité nationale », etc, Nadim Gemayel répond que malheureusement, beaucoup de questions qui remontent à cette époque n’ont pas été réglées et que si l’on veut bâtir réellement l’État dont rêvent les Libanais, il faut que toutes les composantes du pays se sentent à l’aise et rassurées.



« On veut changer l’identité du Liban... »
Prié de préciser quelles sont, selon lui, les appréhensions des chrétiens, il déclare que les chrétiens et les Libanais en général craignent qu’on ne leur impose une nouvelle identité. Il y a certes la crainte pour la présence des chrétiens au sein de l’appareil de l’État mais il y a plus encore. Selon lui, nombreux sont ceux qui ne se retrouvent plus dans le Liban d’aujourd’hui. Ils veulent partir et y revenir de temps à autre, comme si le pays n’est plus qu’une destination touristique. Selon lui, les parties mécontentes de ce qu’est devenu le Liban sont poussées à chercher une protection à l’extérieur. « Il est donc temps que nous nous asseyons autour d’une table et que nous parlions franchement de ce qui nous dérange et nous inquiète », dit-il.

Que veut-il dire par « on veut changer l’identité du Liban » ? Nadim Gemayel répond que lorsqu’une partie veut empêcher les Libanais d’écouter Fayrouz, qui est un symbole national, ou poser un veto sur des pièces de théâtre ou la projection de certains films, lorsque les menaces pleuvent sur Farès Souhaid ou d’autres, c’est qu’on cherche à imposer une vision unique au Liban.

Ne pense-t-il pas que le rêve d’émigration chez les jeunes est surtout dû à la crise économique ? « Sans doute, dit-il, mais pas seulement. Il y a un dégoût général qui pousse les jeunes à vouloir se construire un avenir ailleurs. » Selon lui, le Hezbollah est un parti totalitaire qui cherche à imposer sa vision et les chrétiens, les druzes, les sunnites et même certains chiites en paient le prix. « Je ne veux pas dire, ajoute-t-il, que le Hezbollah et ceux qui l’appuient chez les chiites n’ont pas eux aussi leurs appréhensions. Ce sont peut-être d’ailleurs ces appréhensions qui les poussent à porter les armes. C’est pourquoi il faudrait mener un dialogue sincère dans lequel tous les Libanais se sentiraient égaux, au lieu d’avoir une partie dominante à cause de ses armes et d’autres se sentant effrayées ». Nadim Gemayel ajoute qu’il peut comprendre certaines accusations contre « le maronitisme politique » qui a, dans le passé, concentré beaucoup de pouvoirs au point de créer des frustrations. « Si on ne tient pas compte des frustrations, elles peuvent provoquer des guerres », lance-t-il.

Pour Nadim Gemayel, beaucoup de questions de fond n’ont jamais été soulevées, comme celle-ci : que représente le Parlement au Liban, les confessions, les régions ou les partis ? Lui préfère considérer que les députés représentent leurs régions respectives, car cela profiterait justement aux régions tout en contribuant à dépasser les considérations confessionnelles ou partisanes.

« Les Kataëb n’auraient pas dû s’allier à la société civile »
Prié de préciser ce qu’il entend par « une nouvelle conception de l’unité nationale », Nadim Gemayel répond que toutes les options peuvent être discutées. Mais auparavant, il faudrait commencer par appliquer l’accord de Taëf, notamment au niveau de la création du Sénat, de l’adoption de lois « civiles » et du désarmement des forces non étatiques. À ce sujet, il s’empresse d’ajouter que les déclarations ministérielles successives qui ont plus ou moins accepté « les armes de la résistance » ne donnent pas, à ses yeux, une légalité aux armes du Hezbollah.

Au sujet de ses relations avec le chef des Kataëb, Nadim Gemayel commence par dire qu’il aurait souhaité ne pas parler des questions internes du parti. Il dément toutefois les rumeurs sur l’existence d’un conflit avec Samy Gemayel. « Il faut reconnaître, ajoute-t-il, qu’il y a des lacunes dans le parti qui est aujourd’hui moins présent que par le passé, même s’il continue de faire partie de l’inconscient des chrétiens et même de nombreux Libanais. Il faut traiter ces lacunes pour renforcer la présence politique du parti et nous mettons tous nos efforts dans ce but. »

Compte-t-il lancer un mouvement de réforme en dehors du parti ? « Pas du tout. Je suis Kataëb. Je n’ai pas de problème avec Samy. Que ce soit clair ! Les questions internes seront réglées au sein du parti, qui doit revenir à sa place naturelle sur la scène politique, d’autant qu’il a longtemps été un baromètre de la vie politique libanaise. »

Se sent-il plus proche du chef des FL que de celui des Kataëb ? « Je ne suis pas FL, répond-il. Mais, à mes yeux, l’intérêt des Kataëb est d’avoir les meilleures relations avec tous et surtout avec les FL, d’autant que les deux partis ont beaucoup de points en commun, même s’ils ont des politiques différentes. » Il rappelle que le parti Kataëb a été le premier parti politique à avoir une vision sociale et à se faire l’écho des revendications populaires sur ce sujet, ajoutant que la société civile est encore plus divisée que la classe politique et les Kataëb ont commis une erreur en s’alliant avec elle lors des élections législatives.

En réponse à une question, Nadim Gemayel précise qu’il faudrait former un gouvernement au plus vite. Si ce n’est pas possible, il faudrait alors relancer le gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, car il y a des responsabilités à assumer. Il ajoute qu’il ne croit pas à une naissance rapide du gouvernement, surtout avec les conditions posées par le Hezbollah.

Pour clore, le député, un rien provocateur, rappelle aux présents qu’une loi a été adoptée il y a trois ans qui empêche de fumer dans les lieux publics. Certains membres du conseil de l’ordre se sont aussitôt cachés derrière les volutes de fumée de leurs cigarettes.


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