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Culture

Prix du musée Sursock 2018 : honneur aux dames !

Distinctions

Riche cuvée pour ce 33e Salon d’automne. Outre le principal prix qui vient couronner l’œuvre aussi esthétiquement intrigante que conceptuellement percutante de Lara Tabet, une artiste visuelle à la démarche scientifique, 5 autres distinctions ont été attribuées à de jeunes talents d’avenir, dont 4 femmes.

Zéna ZALZAL | OLJ
11/01/2019

C’est toujours avec la même impatiente curiosité qu’est attendue la divulgation des noms des lauréats du Salon d’automne du musée Sursock. Avec le secret espoir pour les visiteurs de l’exposition (qui s’est ouverte le 2 novembre dernier et se clôture ce lundi 14 janvier) que les artistes dont les œuvres auront retenu leur attention soient les heureux élus. D’autant que, depuis l’édition de 2016, le public participe, lui aussi, à l’attribution de l’un des trois prix : en l’occurrence, le bien nommé prix du public. Celui-ci, pour symbolique qu’il est (il n’est pas accompagné d’une somme d’argent), contribue, peu ou prou, à établir la renommée d’un artiste.

Pour ce 33e Salon d’automne, les amateurs d’art libanais contemporain ne seront pas déçus : la cuvée 2018 était particulièrement riche en jeunes talents… essentiellement féminins. En témoignent les cinq artistes (des six au total) primés par un jury d’experts, dont le souci d’exigence des membres était à la hauteur de leur désir d’équité. Et pour cause, s’ils n’ont retenu que 31 des 358 postulants au Salon, ils n’ont pas lésiné sur leur appréciation des artistes méritants. À l’issue d’une longue séance de délibérations, ils ont donc décidé de distinguer cinq artistes dont la pertinence du travail (souvent en lien avec les problématiques écologiques et sociales) mais aussi son innovation et, bien sûr, sa qualité ont remporté leurs suffrages. Ainsi, outre le prix du musée Sursock d’une valeur de 5 000 dollars, qui a été octroyé à l’artiste visuelle Lara Tabet pour son œuvre intitulée The River, le prix des jeunes talents, d’une valeur de 3 000 dollars offerts par Hind Sinno, membre du comité du musée, a été décerné, ex æquo, à Hala Ezzeddine (premier prix L’OLJ/SGBL de la saison 1 de Génération Orient) pour sa peinture Ahmad A. et Nour Sokhon pour sa vidéo Revisiting : Hold Your Breath. Et si le prix du public, basé donc sur le vote des visiteurs, est revenu à Maria Kassab pour Le naufrage, série, le jury a tenu à accorder deux mentions spéciales, l’une à Alain Vassoyan (Broken But Not Dead) et l’autre à Balsam Abo Zour (TimeX, DateY, PlaceZ).

La remise des prix a eu lieu hier soir au musée Sursock au cours d’une cérémonie qui a rassemblé, autour du président du musée Tarek Mitri et de la directrice de l’institution Zeina Arida, deux des cinq membres du jury, le président du syndicat des artistes du Liban Nizar Daher et la curatrice et fondatrice d’Ashkal Alwan Christine Tohmé, ainsi que plusieurs artistes, galeristes et personnalités du monde de l’art.

Les six lauréats :

- Lara Tabet, 35 ans, est photographe, mais aussi médecin. Spécialisée dans les pathologies cliniques, elle met dans son travail photographique une dose non négligeable de démarche scientifique. Car, au-delà d’une image lisse, elle mène à travers son art une recherche d’indices établissant une causalité sociale, anthropologique ou personnelle. Examiner au microscope les mutations des micro-organismes bactériens est un processus qu’elle maîtrise assurément. Au point qu’elle s’en est inspirée dans The River pour développer, à partir d’échantillons d’eau prélevés à différents points du fleuve de Beyrouth, une œuvre photographique imprimée sur textile et longue (737 x 60 cm) comme un lit de bactéries.

- Hala Ezzedine est née en 1989 à Ersal. À l’issue de ses études en beaux-arts de l’UL, elle a été découverte par L’Orient-Le Jour et a remporté le prix L’OLJ/SGBL de Génération Orient saison 1 en 2016. Peintre extrêmement douée, ses toiles à l’huile, toujours de grand format, dégagent un expressionnisme intense. Particulièrement dans les portraits (son genre de prédilection), toujours imprégnés d’un mélange de force et de sensibilité qui fait sa signature. Celui du jeune réfugié syrien Ahmad A., pour lequel elle a obtenu le prix du jeune talent, ne déroge pas à la règle. Tant il exprime à la fois toute la douleur et l’innocence du monde…

- Nour Sokhon, 26 ans, est une nouvelle venue sur la scène artistique locale. Cette jeune Libanaise qui a grandi à Dubaï et a suivi des études de réalisation et de design du son à la Glasgow School of Arts, aime créer des environnements sensoriels qui font réagir et interagir le public. Tirée d’une installation, intitulée The Inconvenience of Silence, qu’elle avait conçue en 2018 en collaboration avec Léa Kirdikian, Xavier Baghdadi et Ziad Moukarzel, son œuvre primée (Revisiting : Hold Your Breath) est une vidéo explorant la pollution, sonore aussi, des fonds marins et véhiculant un puissant message anticonsumériste.

- Balsam Abo Zour, 37 ans, est originaire de la Békaa-Est. Peintre à la touche sombrement surréaliste et d’un expressionnisme puissant, elle représente, inlassablement, dans ses toiles des êtres aux corps en dissolution. Un sentiment de finitude, une sorte de spleen, de désespoir ardent irrigue son travail, aux trompeuses couleurs claires. « Rien ne reste. Le corps humain se désagrège dans la nature, au point d’en devenir un élément. Et il ne reste plus aucune trace de l’être qui l’a habité. Le désir d’immortalité de l’être humain bute inexorablement sur son inéluctable effacement. Et toute ma peinture ne parle que de cela », confiait-elle à L’OLJ lors de sa précédente participation au Salon d’automne.

- Alain Vassoyan est diplômé en histoire de l’art et professeur à l’Alba. Cet artiste de 52 ans, qui privilégie l’installation et la sculpture, puise son inspiration aussi bien dans la statutaire antique que dans la mémoire de ses jeux d’enfant. Broken But Not Dead, la sculpture en résine polychrome qui lui a valu un prix spécial du jury, fait clairement référence à cet univers antico-ludique. Composée de neufs éléments démontables, elle raconte l’échange des corps entre humains et animaux. Et sous son aspect joueur, son travail artistique ne manque pas de réflexion critique.

- Maria Kassab, née en 1980, est photographe. Diplômée en graphic design et beaux-arts de la LAU, son travail s’appuie sur des photomontages pour traduire ses idées et illustrer ses émotions. Dans sa série Le naufrage, réalisée en 2018, elle réinterprète les images d’intérieurs et de vues marines, en les décontextualisant, pour les réassembler dans des associations exprimant l’interférence de la violence politique dans les univers personnels.

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