Le cardinal français Barbarin au tribunal, à Lyon, le 7 janvier 2019. REUTERS/Emmanuel Foudrot
Ils voulaient exposer les silences de l'Eglise sur la pédophilie. Quelle que soit l'issue du procès, les accusateurs du cardinal français Barbarin tiennent leur victoire, espérant avoir ouvert "une nouvelle ère".
Le tribunal correctionnel de Lyon (centre-est) rendra sa décision le 7 mars dans le procès contre Mgr Barbarin et cinq anciens membres du diocèse de Lyon, a annoncé jeudi la présidente Brigitte Vernay.
Mais d'ores et déjà, les victimes ont réussi à dire leurs souffrances. A la barre, les témoignages de ces anciens scouts de la paroisse Saint-Luc, près de Lyon, que le père Bernard Preynat a reconnu avoir agressés sexuellement avant 1991, ont été poignants.
Tous n'ont pas réussi à parler, comme François Devaux, pourtant cofondateur de l'association de victimes La Parole Libérée, à l'origine de la médiatisation de l'affaire. Sa "pudeur" l'a emporté: il regardait par terre en se grattant la tête.
Mais d'autres ont réussi à livrer "le petit secret" que le prêtre leur avait demandé de garder. Les paroles de Christian Burdet ont particulièrement marqué: "la main qui donnait l'eucharistie est la même que celle qui masturbait".
"Ma victoire, c'est d'avoir pu dire mon sentiment à M. Barbarin. Je l'ai interpellé deux fois, malheureusement, il ne m'a pas regardé. Pour moi ça veut dire qu'il savait et qu'il se terre dans son silence", a estimé son frère Didier Burdet, autre victime.
Le père Preynat, inculpé en 2016, pourrait être jugé cette année. Cette semaine à Lyon, six autres personnes, dont Philippe Barbarin, l'étaient pour ne pas l'avoir dénoncé à la justice quand ils ont été prévenus de ses agissements.
Les plaignants ont dénoncé une "omerta" remontant jusqu'au Vatican, dont un responsable avait été consulté par Mgr Barbarin au sujet du père Preynat. Rome a refusé qu'il comparaisse à Lyon.
"On est dans une tradition du silence, ça fait partie de l'histoire même de l'Eglise catholique", a lancé l'avocate Nadia Debbache pour les parties civiles. "Nous ne sommes pas ici pour faire le procès d'une responsabilité collective qui n'existe pas au plan pénal", a rétorqué Jérôme Chomel de Varagnes en défense.
Le père Preynat avait été dénoncé au cardinal Decourtray dès 1991 par les parents de M. Devaux. Ecarté temporairement à l'époque, le prêtre a pu exercer au contact d'enfants jusqu'en septembre 2015, date à laquelle le cardinal Barbarin lui a retiré tout ministère.
A l'audience, Mgr Barbarin a assuré avoir agi "à la seconde" quand un ancien scout, Alexandre Hezez, s'est confié à lui fin 2014. Mais pour ses accusateurs, l'archevêque savait depuis 2010 au moins, quand il convoqua le prêtre pour vérifier "des rumeurs". Il explique n'en avoir pas appris assez, alors, pour le dénoncer: "menteur", lui a répliqué Me Jean Boudot, avocat des parties civiles.
Prudente dans son réquisitoire, soulignant ne soutenir aucun camp, la procureure adjointe Charlotte Trabut a réclamé sans le dire une relaxe générale en excluant, chez les mis en cause, toute volonté d'entraver la justice sur la période non couverte par la prescription, c'est-à-dire depuis que M. Hezez s'est confié au diocèse.
Pour le parquet comme pour la défense, ce quadragénaire pouvait porter plainte - ce qu'il a fait au final. Dès lors, les mis en cause n'avaient pas à le faire à sa place - ils n'y ont d'ailleurs pas songé, de leur propre aveu.
"L'obligation de dénonciation s'applique si et seulement si la personne est mineure ou en situation de vulnérabilité", a plaidé Xavier Vahramian, un de leurs avocats.
La douleur des victimes, aussi bouleversante soit-elle, "ce n'est pas le droit", a martelé Jean-Félix Luciani, qui défend Mgr Barbarin.
En France en 2001 et en 2018, deux évêques ont déjà été condamnés dans des affaires similaires.
Mais pour les plaignants, l'issue du procès importe peu, l'essentiel étant que l'Eglise entre "dans une nouvelle ère". Jeudi, l'évêque auxiliaire de Lyon, Emmanuel Gobilliard, les a remerciés d'avoir "secoué" l'institution.


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