X

La Dernière

Amale Andraos : Le BeMA sera un « musée ouvert à la vie et à l’énergie de Beyrouth »

Architecture

L’architecte libanaise, sélectionnée pour concevoir le Beirut Museum of Art, décrit pour « L’Orient-Le Jour » son projet.

05/01/2019

C’est un musée d’une superficie de 12 000 mètres carrés et doté d’une « promenade verticale » de six étages enrobant la façade qui devrait voir le jour en 2023 à Beyrouth. Ce sous la direction de l’architecte libanaise Amale Andraos et de WORKac, la société qu’elle a cofondée en 2003 à New York avec son époux néerlandais Dan Wood. C’est le 19 décembre dernier que le Beirut Museum of Art (BeMA), nouvelle plateforme multidisciplinaire, a officiellement annoncé la sélection d’Amale Andraos et WORKac pour la conception de son futur écrin. L’annonce de cette nomination faisait suite à une polémique ayant opposé le board du BeMA et l’architecte Hala Wardé, lauréate originelle du concours pour la conception du musée mais finalement écartée du projet.

Le BeMA, dirigé par l’Association pour la promotion et l’exposition des arts au Liban (Apeal), une organisation à but non lucratif dédiée aux programmes artistiques internationaux de qualité soutenant l’art libanais, devra mettre en valeur l’art moderne et contemporain du Liban et de la région.

Dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour, Amale Andraos se dit « très heureuse et très honorée de contribuer à la vie artistique et culturelle de Beyrouth » et « absolument prête à accomplir cette mission ». « Le BeMa est un partenaire fantastique avec une mission en laquelle je crois. Nous étions inspirés par sa mission qui est de créer vraiment un dialogue. Nous avons donc proposé un musée ouvert qui permet à l’art et la ville de se rencontrer, de se mélanger et de créer des surfaces verticales publiques accessibles. C’est donc un musée ouvert à la vie et à l’énergie de la ville », ajoute-t-elle.

« Transformer la typologie du musée »
L’omniprésence du balcon méditerranéen pour transformer les murs du musée en espaces hybrides « intérieur-extérieur » où l’art se répand à l’extérieur du bâtiment principal interpellera un public varié à travers un gradient d’espaces publics. En créant une promenade verticale qui serpente jusqu’à la terrasse du café sur le toit, WORKac visualise un bâtiment avec un nouveau type d’espaces flexibles d’exposition et de programmation. La façade épaisse du musée propose des galeries, des salles communautaires et des jardins urbains modulables propices à de nouvelles projections et installations d’artistes. En brouillant les lignes entre l’intérieur et l’extérieur, la façade poreuse du design WORKac dissout le modèle de galeries de cubes blancs traditionnellement fermés, et invite le public à s’engager directement dans des espaces ouverts. « Je crois que l’innovation, c’est de transformer la typologie du musée. Les musées sont en général typiquement plus fermés, l’art est séparé de la ville. Or nous, nous voulions vraiment mélanger l’art et la ville. Le projet est d’inspiration méditerranéenne avec des balcons et l’épaisseur des façades typiquement méditerranéenne où le modernisme a été transformé pour vraiment négocier l’intérieur et l’extérieur, et négocier l’environnement. Cette épaisseur qui continue verticalement la structure et la composition de la ville est très belle », ponctue Amale Andraos. Sa vision ? « Beyrouth a toujours été une grande source d’inspiration pour moi, car la vie y prend toujours le dessus. Il y a une telle énergie, une telle créativité. Pour moi, l’architecture doit avoir cette même énergie, cette même créativité et pouvoir créer des espaces où les rencontres se font de façon nouvelle, » estime-t-elle.


(Pour mémoire : Amale Andraos, nouvelle architecte du BeMA)



Chef de file mondial du domaine architectural
Doyenne de la Graduate School of Architecture Planning and Preservation (GSAPP) de l’Université de Columbia, Amale Andraos, qui travaille en tandem avec Dan Wood, est avant tout un chef de file mondial dans le domaine architectural. Armée d’une solide réputation à New York, Harvard et Princeton, cette Libanaise spécialiste de l’architecture urbaine a vécu en Arabie saoudite, à Paris, Rotterdam et Montréal où elle a obtenu son diplôme d’architecture de l’Université McGill. Titulaire d’une maîtrise en architecture de Harvard, elle a enseigné notamment à l’école d’architecture de l’Université de Princeton, à la Graduate School of Design de Harvard et à l’AUB. Elle siège au conseil d’administration de la Ligue des architectes de New York, au comité consultatif international de la faculté d’ingénierie et d’architecture de l’AUB et au conseil consultatif du nouveau musée. Classée numéro un par Architect Magazine 2017, l’entreprise WORKac est dirigée par Dan Wood et dotée d’une vaste expérience dans la conduite de projets complexes à grande échelle aux États-Unis et dans le monde. Ce bureau d’architecture a acquis une renommée internationale pour des projets aux États-Unis et partout dans le monde et poursuit, entre autres, un projet de nouveau centre d’étudiants pour la Rhode Island School of Design, une bibliothèque publique à Boulder, au Colorado, un nouvel immeuble de bureaux à San Francisco et un projet de 60 villas en bord de mer au Liban.


Mention honorifique
« Le projet de WORKac a été présenté dans le cadre du concours du jury initial pour BeMA en 2016. Il avait reçu une mention honorifique du jury. La reconnaissance par le jury et son intérêt pour le projet ont été pris en considération pour la décision du musée d’aller de l’avant avec la conception architecturale de WORKac. L’annonce récente du nouveau plan de construction intervient après que le musée, l’USJ et WORkac ont signé un accord sur le projet. Le schéma reflète de légères adaptations par rapport à l’original soumis au concours, ce qui est une pratique courante pour des concours de cette nature », indique à L’Orient-Le Jour une source proche du projet. Site d’unification, le BeMA, qui sera situé sur un terrain appartenant à l’USJ, à la rue de Damas, entre le Musée national de Beyrouth, le MIM, Beit Beirut, l’Université Saint-Joseph et l’Institut culturel français, vise à s’intégrer au campus et au paysage urbain. Il ajoutera une nouvelle dynamique au « Museum Mile », le nouveau carré muséal de Beyrouth devenu un centre intellectuel et culturel. « Le BeMA abritera une collection d’œuvres modernes et contemporaines du ministère de la Culture, soit environ 2 400 pièces, qui sont en cours de restauration avec le soutient de l’ambassade d’Allemagne. Elle sera complétée également par deux autres collections privées et par une politique d’acquisitions », indique à L’Orient-Le Jour Sandra Abou Nader, une de deux « initiatrices » du projet.


Collaboration interculturelle
Rita Nammour, une des deux initiatrices du BeMa et présidente d’Apeal, estime que « le projet architectural représente vraiment ce que le BeMA avait en tête : à savoir un musée ouvert à tous. Avec ses façades et sa promenade verticale, ce musée attirera différentes parties de la population. C’est un musée convivial et démocratique à portée éducative et civique. » Joe Saddi, président exécutif du conseil d’administration, relève, à son tour, que le « BeMa se veut un centre culturel qui encourage la création artistique libanaise et favorise le dialogue ainsi que la collaboration interculturelle. Le musée ne sera pas une institution statique avec simplement une belle collection. Il sera un espace de rencontre public pour explorer l’art et l’expression créative en provenance du Liban et du Moyen-Orient. Il permettra de préserver et de promouvoir le patrimoine culturel, de favoriser le dialogue et de servir de source d’inspiration grâce à ses collections, ses programmes innovants et ses expositions… » Sandra Abou Nader salue aussi cette sélection, indiquant « qu’avec sa formation académique, Amale Andraos va pouvoir créer un genre de collaboration et une ouverture académique au sein de cette institution. Le BeMA a pour objectif d’impliquer toutes les institutions artistiques sur la scène locale pour un échange et une continuité dans ce qui a été déjà fait sur le terrain – et le BeMA vient aujourd’hui compléter et soutenir ces petites institutions qui peinent à aller de l’avant ».


Pour mémoire
Des architectures et une fierté 100 % libanaises

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

charles s gennaoui

Personnellement je trouve le projets de Madame Amale Andraos avec tout le respect que je lui doit,n’a aucun caractère correspondant au Liban, et pourrait être transporter dans n’importe quel autre pays. Quand au projet de Hala Warde il s’intégrait parfaitement et en totale symbiose avec l’architecture libanaise. C’est vraiment dommage et totalement regrettable.

Le point

Gagner un concours ne procure pas un droit au gagnant d'exécuter le travail. Le maître d'ouvrage reste comme son nom l'indique: maître de son budget et de la situation.

Si l'autre projet est très bon, elle pourra le faire naître sous d'autres cieux. Les différences culturelles s’estampent et ce qui est beau à Beyrouth peut l'être encore plus à Milan ou à NY.

Pourquoi personne ne nous présente le projet de Madame Warde?

Bacha Suzanne

Le Liban ayant un historique de dans de nombreux domaines d'etre a la limite de l'ethique, nous nous retrouvons devant des questions sans reponses qui pourraient indiquees un manque d'ethique.
Ce serait appreciable de comprendre pourquoi Hala Warde, architecte egalement de renommee internationale, a ete evincee de ce projet.

M.E

Je ne vois pas pourquoi il faudrait ouvrir un musée à l'énergie de Beyrouth dans la mesure où celle-ci se manifeste en pollution de l'air et en nuisances sonores. Étrange.

Bahout Joseph

« Rita Nammour, une des deux initiatrices du BeMa et présidente d’Apeal, estime que « le projet architectural représente vraiment ce que le BeMA avait en tête ».
Ah? Alors pourquoi ne pas avoir choisi ce projet-la depuis le début ?
Donc tout ce qu’avait, être temps, dit ce Board du BeMA sur le projet lauréat -le vrai- était complètement insincère ?
Ou alors, plus vraisemblablement, on ne sait pas « ce que parler veut dire »...

Ayache Elie

Il ne faut pas croire que la polémique entre Hala Wardé et le Board du BeMA se clôture avec le « musée ouvert » d’Amale Andraos. Car elle ne fait que commencer.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué