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Liban

Les jeux du hasard, un fléau sournois

Société

Loterie, casino, paris sportifs, poker, jeux en ligne... Certaines personnes ne peuvent plus s’en passer, tombent dans la dépendance et se transforment en joueurs pathologiques. Dettes, isolement, perte d’emploi, dépression, crime, suicide... sont le lot du joueur excessif.


03/01/2019

S’adonner à des jeux de hasard et d’argent de temps en temps, et uniquement pour le plaisir, n’est pas nécessairement problématique. Par contre, il faut toujours garder à l’esprit que ces jeux sont des activités très risquées et qu’elles peuvent causer de sérieux problèmes.

« Mes premiers contacts avec le jeu étaient directement excessifs », se rappelle Salim, 43 ans. « Au cours de mes études supérieures, je passais déjà bien des soirées à jouer au poker avec des camarades ou sur des machines à sous. J’étudiais, je travaillais et je jouais... À l’occasion de mon mariage, j’ai pris la résolution de m’interdire de jouer. Puis, petit à petit, je retournais au jeu. Un soir, dépassé par l’émotion, j’accusais une perte sévère. Le lendemain, je prélevais une somme considérable sur mon livret d’épargne », révèle Salim. « Entre-temps, j’étais devenu responsable de l’octroi du crédit dans la banque où je travaillais. En une nuit de folie, je reperdais encore. Du fait de la grande confiance que me faisaient les épargnants, j’empruntais de l’argent à des clients de la banque. Ma vie était devenue un enfer… Évidemment, le détournement a fini par être découvert. C’était le moment de l’aveu ! Pour ne pas entamer l’honorabilité de la banque, j’ai été forcé à la démission. Ma femme m’a quitté. Aujourd’hui, au bout d’une longue thérapie psychiatrique, le jeu est loin de moi. Qui aurait dit qu’un jour je perdrais, à cause du jeu, ce que j’avais de plus cher au monde : ma femme, mon travail et bien plus encore, mon honneur ? » déplore- t-il.


Les jeux pathologiques largement répandus

Depuis l’avènement de l’internet et des nouvelles technologies, les jeux de hasard ne cessent de se multiplier. Ils sont de plus en plus accessibles partout sur les réseaux sociaux, dans les casinos, les centres d’amusement… « Les jeux pathologiques dénotent une forte dépendance comportementale aux jeux du hasard qui se développe progressivement et devient extrêmement grave », explique le professeur Sami Richa, chef du service de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de France : « Ce phénomène, ce fléau sournois n’est pas suffisamment abordé, alors qu’il touche de plus en plus de personnes, surtout des jeunes. Contrairement à la drogue et l’alcoolisme, ses signes sont insidieux et de ce fait, les parents moins alarmés. Une étude, la première du genre au Liban, menée par le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu, en collaboration avec les étudiants de la faculté de médecine de l’USJ, a révélé que la prévalence du jeu pathologique au sein du cercle des étudiants libanais est non négligeable, et incite à la mise en œuvre de programmes de prévention et de sensibilisation à cette maladie potentiellement destructrice. Des questionnaires ont été proposés à des étudiants des cinq grandes universités libanaises privées : NDU, LAU, AUB, USJ, USEK. Résultats : la prévalence du jeu pathologique chez les étudiants au Liban est de 5,87 %. Chiffre alarmant, dû à plusieurs raisons: nature du poker, argent rapide, sensations fortes, oubli des problèmes... »

Toutefois, jouer de manière excessive peut toucher tous les âges, classes sociales et sexes. Sachant que selon les statistiques, le jeu pathologique est plus fréquent chez les personnes de sexe masculin, au statut socio-économique plutôt modeste. Notons de plus que la cigarette, la drogue et l’alcoolisme vont généralement de pair avec le jeu, signale Dr Richa. Et de pointer du doigt une dérive dangereuse : « Plus grave encore est le jeu en ligne. Plus le délai entre la mise et le gain attendu est court, la réactivité rapide, et plus la possibilité de répétition de la séquence de jeu (l’impulsivité) est élevée, plus le risque d’addiction est grand. L’anonymat à l’abri de tout contrôle social, l’accessibilité nuit et jour, le paiement en ligne par carte bancaire et le confort sont également autant de critères favorables aux abus. » À la question de savoir comment on tombe dans la spirale de la dépendance, le professeur Richa met l’accent sur les premiers gains. « D’abord, c’est l’euphorie. Le joueur mise de plus en plus gros. Mais très vite, ses pertes vont être aussi de plus en plus importantes. Il continue alors à jouer dans l’espoir de se “refaire”. N’y parvenant pas, il peut en venir à utiliser tous les moyens, parfois même illégaux pour se procurer de l’argent. Les difficultés s’accumulent, il cède au désespoir et ne se contrôle plus. »

Par ailleurs, certains signaux d’alerte symptomatiques permettent de déterminer le degré de dépendance, poursuit le psychiatre : « Préoccupation par le jeu, avec des sommes d’argent croissantes, efforts répétés mais infructueux pour contrôler cette pratique, fuite dans le jeu pour échapper aux difficultés financières, familiales, professionnelles ; ou encore l’habitude de jouer de nouveau pour recouvrer ses pertes, mensonges pour cacher l’ampleur de ce comportement, ainsi que la mise en danger de sa vie personnelle, de couple, familiale, sociale ou professionnelle à cause du jeu… Les personnes ayant développé cette dépendance croient que cette activité les aide à oublier leurs problèmes. En fait, c’est tout le contraire. Le jeu n’est pas une solution mais une source de problèmes éventuels. Ceux qui en souffrent font l’expérience d’un bon nombre de conséquences négatives qui gâchent leur vie », avertit le psychiatre. « D’ailleurs, cela entraîne souvent une augmentation de la violence, de la délinquance et des actes criminels, la rupture des liens familiaux, des pertes d’amitié, des échecs scolaires, des difficultés financières et même la dépression ou le suicide », conclut Sami Richa.


Que dit la loi ?

« L’organisation des jeux de hasard relève d’un monopole d’État », explique le colonel Joseph Moussallem, des Forces de sécurité intérieure. « L’État a autorisé seulement le Casino du Liban à opérer sous licence. Autorisation renouvelée en 1995 pour une durée de 30 ans. Le poker fermé est lui, permis. La loi règlemente également l’ouverture de « centres d’amusement », sous certaines conditions permettant l’obtention de l’approbation. Elle punit l’organisateur de tournois clandestins d’une peine d’emprisonnement allant de trois mois à deux ans selon le délit, et le joueur d’une amende de 200 000 livres libanaises.


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Sarkis Serge Tateossian

Une situation qui broie les victimes avec leur familles.

À prendre au sérieux ce fléau car ce qui tracé dans cet article n'est nullement exagéré, il est plutôt très mesuré.

Ce sont autant de familles brisées, meurtries .... Dommage c'est si triste.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES FLEAUX RESPONSABLES DE LA CATASTROPHE DE TANT DE FAMILLES !

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