De longues files d’attente ont eu lieu hier lors du scrutin historique en RDCongo. Kenny Katombe/Reuters
Le dépouillement devait commencer tard hier soir en République démocratique du Congo où l’engouement pour des élections générales historiques trois fois reportées s’est confirmé tout au long de la journée. Les opérations de vote se sont prolongées d’ailleurs bien au-delà de l’heure limite dans des bureaux de vote à Kinshasa et Goma, à 2 000 km plus à l’est, ont rapporté des journalistes de l’AFP. Des bureaux de vote n’ont pu ouvrir à temps et d’autres ont subi les caprices de la machine à voter pour ce troisième scrutin présidentiel depuis 2006, le plus riche en intensité. Quelque 40 millions d’électeurs, dont beaucoup de jeunes, ont été appelés à désigner le successeur du président Joseph Kabila, contraint de ne pas briguer un troisième mandat interdit par la Constitution.
De bon matin, le président Kabila a voté en famille à Kinshasa, suivi de son dauphin, le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary.
« J’ai déjà gagné »
« J’ai déjà gagné. Je serai élu, c’est moi le président à partir de ce soir », a affirmé M. Ramazani Shadary en sortant du bureau de vote à Kinshasa. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’est pourtant donné une semaine jusqu’au 6 janvier pour la proclamation des résultats provisoires. Un sondage a donné cette semaine le dauphin perdant et ont prédit la victoire du candidat d’opposition Martin Fayulu. « Nous suivons pas à pas ce qui se passe. Si c’est fait dans le but de légitimer le candidat du pouvoir, nous ne l’accepterons pas », a prévenu l’un des deux candidats de l’opposition, Félix Tshisekedi, qui évoquait les incidents qui ont émaillé la journée électorale.
En début d’après-midi, la conférence épiscopale (Cenco) en a relevé 1 543 sur les 12 300 rapports de ses observateurs sur le terrain. Ces incidents portent sur des « dysfonctionnements de la machine à voter » (544), « interdiction d’accès ou expulsion des observateurs des bureaux de vote » (115), ou le même sort réservé aux « témoins » des candidats (96), détaille la Cenco. À Kinshasa, des électeurs ont hué le président de la CENI, Corneille Nangaa, venu en personne constater les problèmes au centre de vote Saint-Raphaël à Limete. Objet de toutes les polémiques depuis plus d’un an, la machine à voter a connu de nombreux couacs hier. Kinshasa a refusé toute aide logistique des Nations unies, présentes depuis 20 ans au Congo, de même que toute mission d’observation occidentale.
Le pouvoir a annoncé la fermeture de ses frontières terrestres, lacustres et fluviales le jour du vote avec ses neuf voisins, de Brazzaville à l’Angola en passant par le Rwanda. En revanche, internet n’était pas coupé, contrairement à ce qui se passe lors des journées de fortes tensions.
La campagne avait été rattrapée par la violence, avec une dizaine de morts, selon une association de défense des droits humains, ce que nie le pouvoir.
Samedi soir, les deux candidats de l’opposition ont refusé de signer un document destiné à prévenir les violences postélectorales, en claquant la porte d’une médiation conduite par des observateurs africains.
Source : AFP

