Photo d'archives AFP
La conversation téléphonique que Donald Trump a eue mi-décembre avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a joué un rôle déterminant dans sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie et, effet collatéral, dans la démission de son secrétaire à la Défense Jim Mattis, ont déclaré des sources à l'agence Reuters.
Le chef du Pentagone a démissionné de ses fonctions au lendemain de l'annonce de Trump après avoir échoué à le convaincre de revenir sur sa décision.
Dans sa lettre de démission publiée jeudi, l'ancien général issu du corps des Marines dit qu'il préfère laisser la place à un secrétaire à la Défense qui partagera davantage la vision du chef de la Maison blanche. Il expose en plein jour ses divergences avec Trump, et c'est une première en plusieurs décennies pour un chef du Pentagone.
Selon des sources interrogées par l'agence Reuters, Mattis avait déjà pris sa décision de quitter l'administration Trump.
Mais l'annonce d'un retrait des forces américaines de Syrie mercredi a servi de déclencheur. Et c'est là qu'intervient la discussion téléphonique que Trump et Erdogan ont eue le 14 décembre dernier.
D'après nos sources, ce contact téléphonique avait été arrangé par le secrétaire d'Etat Mike Pompeo à la suite des menaces d'Ankara de mener une offensive militaire contre les combattants kurdes soutenus par les Etats-Unis dans le nord-est de la Syrie, à l'est du fleuve Euphrate.
En prévision de cet entretien, Jim Mattis, Mike Pompeo et d'autres membres de l'administration ont préparé des notes qu'ils ont fait passer à Trump. Le président, selon un membre de l'administration qui a été informé de ces échanges, était supposé s'opposer au projet turc.
Lors de la discussion cependant, Erdogan a fait valoir que le groupe Etat islamique avait été vaincu et s'est plaint que le soutien américain aux miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) nuise à la sécurité de la Turquie, rapporte un responsable américain sous le sceau de l'anonymat.
Les propos du président turc ont trouvé un écho favorable en Trump, opposant de longue date à l'interventionnisme au nom de l'"America First". Ignorant les notes préparées par ses collaborateurs et les conseils de Mattis et Pompeo, il a répondu que les Etats-Unis ne souhaitaient pas être en Syrie avant de prendre la décision express d'en retirer ses troupes.
A la Maison blanche, un porte-parole contacté par Reuters a déclaré qu'il s'agissait d'une "version fausse des événements".
Erdogan a pour sa part annoncé vendredi le report de l'offensive de son armée contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie. Dans un discours à Istanbul, le président turc a ajouté qu'il accueillait "avec prudence" la décision de Trump de retirer les forces américaines de Syrie.


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