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Liban

A Beyrouth, un décret ministériel sauve 16 bâtiments de la destruction

Patrimoine

Il s’agit de demeures beyrouthines centenaires inscrites sur la liste du patrimoine à protéger.


May MAKAREM | OLJ
20/12/2018

Quelques jours, ou quelques heures, avant de quitter son poste, le ministre de la Culture Ghattas Khoury clôture son mandat par un coup d’éclat ! Seize constructions, datant d’un siècle ou plus, ont été inscrites sur la liste du patrimoine à protéger.

À L’Orient-Le Jour, le ministre indique que « ces biens immobiliers sont dans un bon état de conservation et ne comportent aucun ouvrage de rajout depuis leur phase de conception. Ils ont été sélectionnés sur base de leur intérêt architectural, par une commission d’architectes, et sur proposition de la Direction générale des antiquités (DGA) ». Le décret ministériel précise que lesdits bâtiments ne peuvent être l’objet d’un travail de restauration, de réparation ou de modification quelconque sans autorisation préalable de la DGA.

L’arrêté signé hier par le ministre Khoury sera publié dans le Journal officiel et distribué aux autorités concernées, à savoir le Conseil d’État, la Direction générale des cadastres, la direction générale du plan d’urbanisme, le mohafazat et la municipalité de la ville de Beyrouth et les Forces de sécurités intérieure. Les propriétaires des biens-fonds seront avisés de la décision par la municipalité.

Les bâtisses classées « protégées » et jugées « remarquables » datent d’il y a cent ans et parfois plus. Elles sont réparties entre les secteurs de Rmeil (parcelles n° 160, 404, 405 et 692) ; Saïfi (n° 207, 208 et 267) ; Aïn el-Mreissé, (n° 118, 295, 337) ; Minet el-Hosn (426, 1088), Mousseitbé, Zokak el-Blat et Ras Beyrouth.


(Voir le dossier du Commerce du Levant : Patrimoine : démolir ou préserver)


Toutefois, la décision ne va pas contenter tout le monde. Si elle va réjouir les associations mobilisées pour le patrimoine, elle est nécessairement contraignante pour les propriétaires des biens-fonds qui ne bénéficient pas de dotations financières par l’État. À ce propos, Ghattas Khoury souligne en substance que le projet de loi relatif à la sauvegarde du patrimoine, adopté en Conseil des ministres le 12 octobre 2017, et qui attend d’être débattu au Parlement, « prescrit des mesures compensatoires au bénéfice des propriétaires concernés, en transférant à autrui le coefficient d’exploitation de son terrain ». Pour donner un exemple, le propriétaire d’un terrain de 1 000 m2 dans lequel se trouve une bâtisse patrimoniale d’une superficie de 500 m2 dans un secteur où la surface bâtie peut atteindre 10 000 m2 sera en mesure de vendre des titres d’une valeur équivalant au prix de 9 500 m2 à un propriétaire d’un immeuble non classé. Signalons que le projet de loi proposé est depuis six mois sous étude à la commission parlementaire présidée par Yassine Jaber.

Prendre position sur l’opportunité de détruire ou de conserver est un vieux débat, animé par des intérêts très divergents. Mais au-delà de l’aspect esthétique, c’est la notion de transmission aux générations futures qui en justifie la sauvegarde. Chaque monument, chaque ville est le fruit d’une accumulation d’interventions. Pour garder sa mémoire, toute ville voit la juxtaposition harmonieuse de constructions d’époques différentes. Les anciens ont eux aussi été amenés à démolir pour bâtir, sans toutefois bouleverser l’unité de l’ensemble. La question est alors de déterminer à partir de quand les démolitions et transformations sont acceptables ou regrettables !


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Honneur et Patrie

Le destruction du Palais Tufenkdjian de sa partie arrière afin de percer la route Sahat-Debbas jusqu'à Mar-Nicolas, dans les années 1960, est impardonnable. Le Palais Tufenkdjian est la soeur-jumelle de Palais Bustros, aujourd'hui siège des "Affaires étrangères", les deux construits entre 1850 et 1860.
En dépit des interventions du grand avocat Anis Saleh et de l'ancien-ministre Khalil Hibri, les bulldozers d'un ministre ignorant n'ont pas épargné le tiers-arrière du Palais Tufenkjian. C'est un crime d'Etat envers les générations futures.

Bustros Mitri

Classements/declassements, un manège qui tourney depuis près de 23 ans, et qui a mené à l' abattage de centaines de vieilles demeures.....classées, dont il reste à peine quelques exemplaires, comme les pandas de Chine.
Et lycée Abdelkader, lui, il est classé ou pas?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BONNE INITIATIVE... OU QUOI ? CAR AVEC CETTE CONCEPTION DANS UNE TRENTAINE OU AU PLUS CINQUANTAINE D,ANNEES TOUS LES BATIMENTS DU PAYS SERAIENT DU PATRIMOINE A PROTEGER. A MA PAUVRE CONNAISSANCE LES BATIMENTS A PROTEGER DEVRAIENT AU MOINS AVOIR TROIS A CINQ CIECLES D,AGE...

Chaccal Marie Hélène

Bizarre ! Aucune bâtisse centenaire a classer et proteger a Achrafieh?

Cherif Bedran

Bravo à Ghattas Khoury !

Maintenant des mécènes libanais pour remettre en état ces joyaux de l’architecture « Beyroutine ». Inshalla

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