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Liban

Jérémie de Amchit : premier patriarche maronite à se rendre à Rome

Patrimoine
08/12/2018

Il est difficile d’habiter dans une localité qui se trouve face à l’immense mer bleue, et de ne pas penser à prendre le large. une tentation pour beaucoup de Libanais. Ce fut, à une époque cruciale de sa vie, celle du patriarche maronite Jérémie de Amchit (Irmiah al-Amchiti).

Selon l’historien Adib Lahoud, ce saint patriarche appartient à l’une des grandes familles de cette bourgade maritime, les Obeid. S’il est né Abdallah Khairallah Obeid, les moines et les prêtres, avant l’instauration de l’état civil, étaient désignés par leur prénom et le nom de leur village d’origine.

Dans son Histoire des trois familles de Amchit, publiée en 1954, l’historien mentionne l’existence de trois églises, Saint-Zakhia, Saint-Jean et Notre-Dame-des-Mers. Ces deux dernières, plus petites que l’église Mar Zakhia, ne sont pas ouvertes au public. En se basant sur des archives retrouvées dans ces églises et dans d’anciennes demeures de Amchit, Adib Lahoud a ainsi pu déterminer la généalogie du patriarche Jérémie, et le nom qu’il portait avant d’être ordonné prêtre.

Alors qu’il était encore jeune prêtre, Jérémie a vécu quelques années en ermite, dans un lieu reclus de Amchit aménagé avec l’aide de ses deux frères Daoud et Youssef. Il fut ensuite admis au monastère Notre-Dame de Mayfouk, avant d’être finalement élu évêque et patriarche de l’Église maronite en 1199, en pleine époque des croisades.

L’ermitage originel du patriarche Jérémie peut encore être visité aujourd’hui. Il se trouve dans le quartier de la petite église historique Saint-Zakhia, l’une des plus vieilles églises encore debout à Amchit. Cette église, rapporte la chronique, fut érigée au IVe siècle sur les restes d’un temple païen. En contrebas de la terrasse de cette église, on voit encore les cellules construites par les trois frères. On note que leur plafond en arcade est plus haut que les salles voûtées courantes à cette époque, ce qui laisse croire qu’elles étaient destinées à être habitées et non à être un lieu de stockage ou de réserve.


Le miracle de l’hostie

Longtemps « oubliée » par les historiens, la vie du patriarche Jérémie est un jalon très important de l’histoire de l’Église maronite. Œuvrant pour le raffermissement des relations avec le Saint-Siège, il se distingue historiquement comme étant le premier patriarche maronite à visiter Rome. Il y fut invité par le pape Innocent III, l’un des plus grands souverains pontifes du Moyen Âge, pour participer au célèbre IVe concile œcuménique du Latran. Il embarqua pour Rome à partir du port de Tripoli, alors comté latin sous influence croisée, gouverné par Bohémond IV de Poitiers, prince d’Antioche.

Le quatrième concile œcuménique du Latran fut le douzième de l’Église catholique. Il marque l’apogée de la chrétienté médiévale et de la papauté. Le concile débute le 11 novembre 1215 après une allocution du pape : 80 provinces ecclésiastiques sont représentées, soit 412 évêques, 800 abbés ou prieurs auxquels il faut rajouter de nombreux délégués d’évêques ou d’abbés empêchés de venir. Pour la première fois, des évêques d’Europe centrale et orientale (Bohême, Hongrie, pays baltes) assistent aux débats. Plusieurs prélats orientaux, notamment le patriarche des maronites, qui se voit d’ailleurs reconnaître pendant le concile le titre de patriarche d’Antioche, et la reine de Chypre sont présents.

Parmi les décisions du concile figurent la lutte contre les hérésies et le décret sur la croisade. Rendez-vous est donné aux croisés le 1er juin 1217 en Sicile, pour ceux qui partent par mer. Le concile ordonne la prédication de la nouvelle croisade dans toute la chrétienté. L’indulgence plénière est étendue à ceux qui contribuent à la construction de bateaux pour la croisade.

Le grand patriarche et historien de l’Église maronite Estephan Doueyhi précise que la présence au VIe concile du Latran du patriarche Jérémie de Amchit fut marquée par un signe extraordinaire : en effet, au cours d’une messe qu’il célébrait au Vatican en présence du pape Innocent III, et après l’élévation de l’hostie, le patriarche baisse ses mains et, miracle, l’hostie reste suspendue en l’air et une lumière en provient. Ce signe devait convaincre le pape de la catholicité de la foi maronite. C’est à la suite de ce signe qu’Innocent III confirma le patriarche sur le siège du patriarcat d’Antioche et ordonna que le souvenir de ce miracle soit gravé sur les murs de l’ancienne église Saint-Pierre.

De retour au Liban, le patriarche demeura à Yanouh, alors siège patriarcal maronite. Il décéda en 1230, après un long patriarcat de 31 ans, au monastère Sainte-Ilige à Mayfouk.

Il existe une représentation figurative et deux statues du patriarche Jérémie, l’une érigée au sein de la paroisse Saint-Zakhia, l’autre dans le jardin des Patriarches à Dimane. Ce saint reste l’une des figures mémorables de l’Église maronite et du patrimoine religieux de Amchit.

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Stes David

Article intéressant qui explique les liens de l'église maronite avec l'église occidentale ... Innocent III n'était-il pas le pâpe non plus de la croisade contre les albigeois, "la lutte contre le catharisme". Le courageux et valiant Pierre II d'Aragon dit « le Catholique » (en catalan Pere el Catòlic) mort le 14 septembre 1213 à la bataille de Muret (Toulouse) ou malheureusent pour la Couronne de Aragon Toulouse tomba dans les mains des français. Ce pâpe Innoncent III avait apparement des problèmes avec les catalans et la couronne d'Aragon alors à cette époque en conflit avec les français. En 1206, Pierre II réclama l'annulation de son mariage, afin d'épouser Marie de Montferrat, mais le pape Innocent III s'y opposa.

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